GUERRE AVEC LA HOLLANDE
par York et Coventry. « Nous avons agi aussi sagement que possible « , répliqua Croniwell aux réclamations irritées du Parlement, « sachant que si l'on n'agissait pas avec énergie, la guerre pourrait encore durer tout un hiver. « A Coventry, il se rendit compte de la position de Charles, et, faisant un détour par Evesham, il tomba sur Worcester, où le roi d'Ecosse s'était campé; lançant ses troupes à travers la rivière, Cromwell attaqua la ville de deux côtés à la fois, le jour anniversaire de la bataille de Dunbar (3 septembre 1651). Il commandait l'avant-garde en personne et « fut le premier à mettre le pied sur le terrain de l'ennemi r, . Lorsque Charles descendit de la tour de la cathédrale pour se jeter sur la division placée à l'est, Cromuell se précipita dans la rivière et se trouva bientôt au milieu de la mêlée. Pendant quatre ou cinq heures, « la lutte fut une des plus ardentes que j'aie jamais vues ^ , disait Cromuell. Les Ecossais, écrasés par le nombre et poursuivis jusque dans la ville, refusèrent obstinément de se rendre jusqu'à ce que la nuit vînt mettre fin au combat. La perte des vainqueurs fut insignifiante comme d'ordinaire; les vaincus, au contraire, perdirent six mille hommes, leurs bagages et leur artillerie; Leslie était parmi les prisonniers, Hamilton au nombre des morts.
Guerre avec la Hollande. — u Maintenant que le Roi est mort et son fils défait ) , dit gravement Cromuell en pleine Chambre des communes, ^ il est absolument urgent de régler les affaires publiques." Mais cette solution, réclamée depuis IVaseby, était aussi éloignée que jamais après Worcester. Le bill de dissolution du Parlement, demandé par Cromvvcll en personne, ne passa qu'à la majorité de deux voix et ne fut obtenu que par un compromis qui permettait à la Chambre de siéger encore pendant trois ans. Les affaires extérieures étaient dans une stagnation complète ; le Parlement nommait bien des commissions pour préparer des réformes ecclésiastiques et législatives , mais tout restait à l'état de projet; il se trouvait accablé par la niasse des affaires, confiscations, séquestrations, nominations aux différents emplois civils et militaires; enfin, par tous les détails de gouvernement que les troubles de la guerre civile avaient mis entre ses mains. Ajoutez à ces désordres et à cette confusion les scandales inévitables qui en découlaient : les accusations de malversation et de corruption étaient prodiguées aux membres des Communes; quelques-uns, comme Haselrig, étaient accusés de n'user du pouvoir que dans leur propre intérêt. A tout cela, il n'y avait qu'un seul remède, selon Cromuell et ses soldats ; une dissolution immédiate du Parlement et l'élection d'une nouvelle assemblée, où le pays tout entier serait représenté. C'est justement ce que le Parlement voulait éviter à tout prix. Vane le poussait à se livrer à une activité toute nouvellele bill d'amnistie fut enfin voté, article par article, et un grand comité, présidé par sir .Mathevv Haie, s'occupa de la réforme de la législation. On
se hâta de conclure Tunion avec l'Ecosse; huit commissaires anglais invitèrent les délégués des différents comtés et des villes du royaume à se réunir en convention à Edimbourg. Ils ratifièrent l'acte d'union, malgré une opposition enragée. Un bill voté par le Parlement confirma cette résolution, et l'on décida que des députés écossais seraient admis au prochain Parlement; un plan analogue fut proposé pour l'Irlande.
Il fallait, pour l'accomplissement des projets de Vane, non-seulement que les Communes fissent preuve d'énergie, mais aussi qu'elles s'affranchissent du contrôle de l'armée; h cet effet, il essaya de faire de la marine anglaise un corps militaire dévoué au Parlement et capable d'éclipser la gloire de Dunbar et de VVorcester par de plus grands triomphes sur mer. Aussi entretenait-on avec soin les hostilités contre la Hollande; un acte de navigation ne permettant aux navires étrangers d'importer en Angleterre que des marchandises originaires du pays auquel ils appartenaient, portait un coup fatal au commerce de transit qui était une source de prospérité pour les Hollandais. Les Anglais allèrent même jusqu'à exiger que leurs navires dans la Manche fussent salués partons les vaisseaux des puissances du continent. Les deux flottes, anglaise et hollandaise, se rencontrèrent devant Douvres. Van Tromp, l'amiral hollandais, ne répondit aux sommations de Blake, qui lui ordonnait de baisser le pavillon des Pays-Bas, qu'en tirant une bordée de coups de canon (mai 1G52). Les États Généraux prétendirent que la collision avait été l'effet du hasard et offrirent de rappeler Van Tromp ; mais les prétentions de l'Angleterre devinrent tellement exorbitantes que la guerre fut désormais inévitable.
Dissolution du Parlement. — L'armée n'avait pas eu besoin de savoir qu'on discutait un bill de licenciement pour comprendre la politique du Parlement. Tout en votant sa propre dissolution, la Chambre des communes n'avait préparé aucune loi électorale pour la nomination d'une nouvelle assemblée. Cette omission était significative ; aussi, à peine la guerre entre la Hollande et l'Angleterre était-elle déclarée, que l'armée, abandonnant la politique d'inaction qu'elle avait adoptée depuis le commencement de la République, déposa une pétition réclamant non-seulement la réforme de l'Eglise et de l'État, mais une promesse formelle de la Chambre de terminer ses travaux le plus tôt possible. Cette pétition obligea la Chambre à discuter une nouvelle loi électorale; au cours du débat, les membres déclarèrent qu'ils continueraient à siéger au nouveau Parlement sans être soumis à une réélection. Les officiers, irrités d'une prétention aussi exorbitante, demandèrent à plusieurs reprises la dissolution immédiate; la Chambre s'y refusa énergiquement. Cromweli soutint la protestation de l'armée en termes menaçants : « L'armée commence à prendre le Parlement en dégoût, et cela à bon droit. « a Elle n'avait que trop de raisons, faisait-il remarquer, pour montrer du
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mécontentement, en voyant l'avidité des députés, les scandales de la vie de plusieurs d'entre eux, leur partialité comme juges, les violations de la loi inspirées par des intérêts privés, les lenteurs infinies apportées h la réforme judiciaire, et surtout leur intention manifeste de perpétuer leur propre pouvoir. II y a peu d'espoir n , concluait-il, revenant à son idée fixe, li que ces gens-lcà organisent un gouvernement. ^
La crise fut momentanément éloignée par la guerre contre les Hollandais. Une effroyable tempête sépara les deux flottes au moment où elles allaient en venir aux mains dans les parages des Orcades ; mais Ruyter et Blake se rencontrèrent de nouveau dans la Manche; et, après un combat acharné, les Hollandais furent obligés de se retirer à la faveur de la nuit. Depuis la décadence de l'Espagne, la Hollande était devenue la première puissance navale de l'Europe ; aussi sut-elle facilement se relever de cette première défaite : on fit d'immenses sacrifices pour augmenter la flotte, et le vétéran Van Tromp, qui avait été replacé à sa tête, parut dans la Manche avec soixante-treize vaisseaux de guerre. lUake ne pouvait lui en opposer que la moitié, mais il accepta le défi, et le combat dura jusqu'à la nuit ; la flotte anglaise fut obligée enfin de se retirer à moitié détruite dans la Tamise (30 novembre 1652). Tromp parcourut la Manche en vainqueur, un balai attaché au grand màt du navire amiral; le Parlement, à la suite de cette défaite, se montra moins intraitable que par le passé. Un compromis était sur le point d'être conclu entre les deux partis, et un nouveau bill électoral allait être voté, sur la promesse de Cromuell de ne pas s'opposer à une réduction de l'armée, à la condition que le Parlement se séparerait en novembre (février 1653), quand de nouveaux succès sur mer rendirent au Parlement son énergie.
Blake avait réussi à reprendre la mer peu de mois après sa défaite, et bien que Tromp eût été assez habile pour sauver les transports qu'il convoyait, les Anglais étaient restés vainqueurs après quatre jours de combat. La Chambre, à cette nouvelle, résolut de garder le pouvoir. Nonseulement ses membres devaient continuer à siéger dans le nouveau Parlement, au grand dommage des villes qu'ils représentaient, mais ils devaient constituer un comité de révision chargé d'examiner la validité de chaque élection et la capacité des nouveaux députés. Une conférence eut lieu entre les chefs des Communes et les officiers de l'armée, qui demandèrent avec instance que l'on ne s'arrêtât pas à ces conditions, que le Parlement prononçât à l'instant même sa dissolution et chargeât le conseil d'État de procéder à de nouvelles élections. " Nos fonctions ne peuvent être transmises à qui que ce soit » , répliqua Haselrig. La conférence fut ajournée au lendemain, sur la promesse qu'on ne prendrait aucune résolution définitive. A peine était-elle réunie de nouveau, que Cromwell s'aperçut de l'absence des principaux chefs des Communes, et apprit que Vaue était à la Chambre, essayant de faire passer la nouvelle loi électorale.
a C'est contraire à la plus vulgaire honnêteté ! d s'écria Cromwell avec colère; et, se levant, il quitta Whiteliall et donna ordre à une compagnie de mousquetaires de le suivre à la porte des Communes. Il s'assit tranquillement à sa place, vêtu de grossiers habits gris et de mauvais bas de laine de même couleur, et écouta le discours véhément de Harry Vane. a Je suis venu )i , dit-il à son voisin Suint-John, a pour faire une chose qui me navre le cœur. » Mais il resta immobile pendant que Vane pressait la Chambre de laisser de côté les formalités habituelles et de faire passer le bill sans retard : " Le moment est venu n , dit Cromwell à Harrison. — " Prenez garde » , répondit celui-ci, « c'est un jeu dangereux. » Il attendit encore un quart d'heure, écoutant les discussions. Au moment oii l'on mit le bill aux voix, il se leva enûn et répéta ses accusations habituelles contre l'injustice, l'égoisme et les lenteurs des députés. « Votre heure a sonné n , dit-il en concluant, « le Seigneur en a fini avec vous. » Les représentants se lèvent en masse, protestant avec colère, u C'est bon, c'est bon, assez de tout cela ;> , dit Croniuell, et, marchant à grands pas dans la salle, il enfonce son chapeau sur sa lête et s'écrie : u Je vais mettre un terme à votre bavardage! n Au milieu du tumulte qui suivit, on entendit des éclats de voix et des lambeaux de phrases : « Vous n'êtes pas dignes de siéger plus longtemps ici ! Vous devez laisser la place à de meilleurs que vous ! Vous n'êtes pas un Parlement ! "
Trente mousquetaires entrèrent sur un signe de leur chef. Les cinquante membres présents se précipitèrent vers la porte. « Ivrogne! r> cria Cromwell à VVentuorth qui passait près de lui, et il lança à Martin une épithète plus grossière encore. Vane, resté impassible, lui dit simplement u qu'il avait agi contrairement aux droits et à l'honneur ». — " Ah! sir Harry Vane, sir Harry Vane ! » répliqua Croniuell avec une violente indignation, à la pensée du tour qu'il lui avait joué; « vous auriez pu empêciier tout cela; mais vous êtes un charlatan ; vous n'avez pas la moindre honnêteté. Seigneur, délivre-moi désir Harry Vane! d Le président refusa de quitter son fauteuil jusqu'à ce que Harrison lui eût offert de l'aider à descendre. Cromwell souleva la masse sur la table : « Qu'allons-nous faire de ce joujou? Emportez-le ! » La porte fut fermée au verrou, et quelques heures après, le conseil d'Etat subit le même sort. Cromwell en personne somma les membres de se retirer : « Nous savons ce que vous avez fait ce matin à la Chambre '■ , dit John Bradshaw, « et dans quelques heures toute l'Angleterre l'apprendra; mais vous vous trompez, monsieur, si vous vous imaginez que le Parlement est dissous. Aucun pouvoir au monde ne peut le dissoudre que lui-même, sachez-le bien. » (30 avril 1653.)