‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 46 sur 205 · LA CHLTE DU P L RIT A X I S M E · texte numérisé non relu

LA CHLTE DU P L RIT A X I S M E

La Convention puritaine. — La dissolution simultanée du Parlement et de la commission executive laissa l'Angleterre sans gouvernement, car les pouvoirs de tous les fonctionnaires expiraient avec l'assemblée même qui les leur avait conGés. Cromwell, capitaine général de l'armée, se trouvait, en fait, seul responsable du maintien de l'ordre public; mais les actes du général et de l'armée ne permettaient pas de les accuser de préparer une tyrannie militaire. Us ne considéraient d'ailleurs nullement leur position comme révolutionnaire; bien que du reste aucun texte de loi ne pût être cité pour justiûer leur conduite, il faut reconnaître qu'ils avaient eu pour but de défendre l'ancienne constitution, et que la nation s'accordait avec eux pour demander un corps législatif complet et pour résister aux projets du Parlement Croupion qui auraient privé la moitié des Anglais de leurs droits électoraux. Ce n'est qu'à bout d'arguments et pour prévenir de plus grands malbeurs que les soldats s'étaient décidés à cbasser les coupables. « C'est vous n , s'écria Cromwell en expulsant les membres de la Cbambre des communes, " qui m'avez obligé à le faire. J'ai supplié Dieu jour et nuit qu'il me fît mourir plutôt que de me forcer à accomplir un pareil acte. » Il avait fait violence aux députés, mais il les avait ainsi empêchés de violer les droits constitutionnels de la nation tout entière. Le peuple se montrait généralement mécontent de l'état des affaires publiques; aussi approuva-t-il l'expulsion du Parlement Croupion : « Xous n'avons pas entendu un seul chien grogner en les voyant partir», disait le Protecteur plusieurs années plus tard. La crainte qu'on avait pu ressentir un instant d'être soumis au a régime du sabre "

' Sources : Plusieurs des ouvrages menlionaés plus haut sont encore à consulter pour cette période; mais la véritable clef de l'histoire du Protectorat est, sans contredit, le tome III des Lettres et discours de Cromwell, publiés par Carlyle. Les State Papers de Thurloe fournissent une masse énorme de documents. Pour le second Parlement du Protecteur, consultez le Diary, de Burton; Cromwell et la République, de Guizot, le meilleur des livres modernes que l'on puisse lire sur celle époque, surtout pour l'histoire diplomatique. Pour la Restauration, voir : Richard Cromwell et la Restauration,àeGu\zol;les Mémoires deLuà\o\i:, V Autobiographie de Daxter (1615-1685), et les Clarendon's State Papers, ainsi que le récit exact et minutieux de Glarendoa lui-même.

fut pioniptement dissipée par la proclamation des officiers. Ils déclaraient (1 ne désirer en aucune manière s'emparer de rautorité ni confier le pouvoir à l'axmée, pas même pour un jour n , et promettaient « de mettre à la tète du gouvernement des hommes d'une probité reconnue et d'un dévouement éprouvé n. C'est alors que fut créé le nouveau conseil d'Elat, con)posé de huit officiers de haut rang et de quatre fonctionnaires civils, Cromwell en tête. On offrit un siège à Vane, qui le refusa.

Le premier devoir de ce conseil était de convoquer sans tarder une nouvelle Chambre et de lui remettre ses pouvoirs; mais le bill de réforme se trouvait annulé par suite de l'expulsion du Parlement Croupion; et le conseil d'Elat, bien que peu disposé à composer le nouveau Parlement d'après l'ancienne loi, reculait devant la responsabilité de changer lui-même le système électoral. C'est alors qu'on décida la réunion d'une Convention constituante. Cromwell raconta plus tard l'histoire de cette malheureuse assemblée avec une amusante franchise : « Voyez où m'ont conduit ma propre faiblesse et ma folie ! Et cependant j'ai agi en toute simplicité, je vous assure... Il semblait alors que des hommes comme nous, vieux routiers de guerre et qui étions tous du même avis sur ce sujet... eh! sûrement, ces hommes-là pourront toucher juste ; ils pourront faire dans une occasion comme celle-ci tout ce qu'on peut désirer; nous le croyions; du moins, je le croyais... je n'en suis que plus coupable. » Parmi les cent cinquante-six hommes fidèles et craignant Dieu, purs de tout soupçon de cupidité, choisis par le conseil d'Etat et sur des listes présentées par les églises congrégationalistes, la plupart, comme Ashley Cooper, par exemple, étaient de bonne famille et grands propriétaires, et le reste appartenait à la bourgeoisie, tel que le négociant en cuirs, Louez-Dieu Barebones, qui devait plus tard donner son nom au Parlement dont il faisait partie. C'était à peu près la composition des anciens Parlements; mais les conditions mêmes dans lesquelles ils avaient été élus influèrent fatalement sur le caractère de cette assemblée. Cromwell lui-même, dans son discours d'ouverture (juillet 1G53), s'écria dans un accès d'enthousiasme, avec cotte rude éloquence qui lui était familière : '- Montrez à la nation que si des hommes craignant Dieu l'ont délivrée de la servitude sous la monarchie, des hommes pieux sauront bien aussi la gouverner dans la crainte de l'Eternel... Suivez votre vocation, car elle vient de Dieu! C'est une chose merveilleuse et à laquelle nous ne nous serions certes pas attendus. Y a-t-il jamais eu un gouvernement aussi pénétré de l'esprit de Dieu et aussi visiblement béni que le nôtre? -n

La Convention se montra encore plus fanatique que lui, et cela dès les débuts de la session. La démission de Cromwell et du conseil d'État laissait dans ses mains l'autori-té suprême; mais l'acte qui la convoquait stipulait expressément que l'autorité devait être transmise au bout de quinze mois à une autre assemblée, élue d'après la loi électorale qu'elle

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allait élaborer. C'était, en somme, une assemblée constituante, préparant les voies à un Parlement vraiment national; mais la Convention prit sa mission dans le sens le plus large et entreprit liardinient de remanier la constitution tout entière. On nomma des comités cbargés d'examiner les besoins de l'Église et de la nation. Un désir universel de sagesse et d'économie s'empara de l'assemblée : elle le montra bien en redressant les abus de l'administration civile et en établissant l'assiette de l'impôt sur de plus justes bases ; elle voulut même entreprendre une quantité de réformes dont l'Angleterre attend encore de nos jours la réalisation. La Cour de chancellerie était, pour ainsi dire, un nid d'abus de toutes sortes : plus de vingt-trois mille causes n'avaient jamais été jugées; mais le Long Parlement n'avait pas osé toucber à cette vénérable institution. La Convention proposa sa suppression; on reprit l'œuvre entreprise par un comité du Long Parlement, sous la présidence de sir Mattbevv Haie, en vue de la rédaction d'un Code unique.

Ces mesures hardies alarmaient la magistrature, et surtout le clergé, qui se voyait menacé de perdre une partie de ses revenus par l'établissement du mariage civil et par la substitution des libres contributions des congrégationalistes aux dîmes ecclésiastiques. Les propriétaires fonciers s'indignaient aussi que la Convention songeât à abolir le patronage des laïques sur les églises, et prédisaient une ère de désordre et de spoliation. Le Parlement Décharné [Barehones Parliameut, ainsi qu'on l'appelait par dérision) était accusé de vouloir détruire la propriété, l'Église et la magistrature, de haïr l'instruction et d'être imbu d'un fanatisme aveugle et grossier. Cromwell partageait le malaise général, car il avait plutôt la tête d'un administrateur que celle d'un homme d'État; il ne comprenait rien aux spéculations politiques, ne s'occupait que de l'avenir et se montrait conservateur et éminemment pratique. Il s'apercevait bien de la nécessité d'une réforme administrative dans l'Église et dans l'État, mais il n'éprouvait aucune sympathie pour les théories révolutionnaires qui flottaient dans l'air; il voulait un gouvernement aussi semblable que possible à l'ancien ordre de choses. Bien que la monarchie eût disparu dans les troubles des guerres civiles, sa longue expérience politique l'avait confirmé dans l'idée qu'un pouvoir exécutif du même genre et indépendant des Chambres était essentiel à la liberté. Il avait conquis la liberté de conscience à la pointe de l'épée et tenait beaucoup à la conserver, mais il se montrait partisan d'une Église officielle, du système paroissial et d'un clergé entretenu par des dîmes. Ses tendances sociales étaient celles de la classe à laquelle il appartenait : « Je suis né gentilhomme « , disaitil plus tard au Parlement, et, dans ses projets de reconstitution de la société, il regardait les distinctions entre les nobles, les gentilshommes et les cultivateurs libres comme nécessaires à l'existence et aux intérêts d'un grand royaume. 11 détestait le principe égalitaire, qui tend à abaisser toutes

les classes au même niveau. ^ Dans quel but? n disait-il avec une amusante franchise. " Tout simplement pour rendre le tenancier aussi libre par sa fortune que son propriétaire. ;)

La nouvelle constitution (déc. 1653). — Pour un homme aussi pratique, les réformes théoriques de la Convention étaient aussi odieuses qu'aux magistrats et au clergé menacés dans leurs privilèges. « Ces gens » , disait Cromwell, « ne songent qu'à une seule chose, bouleverser, bouleverser, toujours bouleverser. » Mais il fut bientôt délivré de cette inquiétude, grâce aux dissensions intestines de l'Assemblée elle-même. Le lendemain du jour où l'on avait supprimé la dîme, les députés les plus conservateurs arrachèrent par surprise le vote d'une proposition par laquelle la Convention déclarait « que la prolongation de ses pouvoirs , sous la forme actuelle, ne serait pas bonne pour la République, et qu'il est urgent de remettre ses pouvoirs au lord général, de qui nous les avons reçus ^- . (Déc. 1G63.) Le président, en effet, remit leur démission collective à Cromucll, et cet acte fut ensuite approuvé par la majorité des membres de la Convention. Cette dissolution remettait les choses au point oii elles en étaient auparavant ; mais on désirait toujours ardemment substituer un gouvernement légal au régime du sabre. La Convention avait nommé, pendant sa session, un nouveau conseil d'Etat, qui ût, sous le nom d'instrument du gouvernement, une remarquable constitution, adoptée par le conseil des officiers. Ceux-ci se trouvèrent aussi obligés par la nécessité d'accepter ce qu'ils avaient tant hésité à faire, c'est-à-dire de convoquer un Parlement sur de nouvelles bases électorales. La Chambre se composait de quatre cents députés pour l'Angleterre, trente pour l'Ecosse et trente pour l'Irlande ; les sièges réservés jusqu'ici aux petites villes et aux bourgs pourris furent transportés à des circonscriptions électorales plus importantes, et surtout aux comtés. On supprima toute espèce de privilèges électoraux, et on les remplaça par un droit universel de suffrage, basé sur une fortune mobilière et immobilière qui devait être au moins de deux cents livres. Les catholiques et ^ malintentionnés « (»?«lignants), ainsi qu'on appelait ceux qui avaient pris part à la guerre civile dans les rangs de l'armée royale, furent seuls exclus des listes électorales.

Au point de vue strictement constitutionnel, l'organisation complète du nouveau gouvernement aurait dû être laissée à la nouvelle Chambre; mais la crainte des désordres qui pourraient éclater avant les élections, ainsi qu'un ardent désir de stabilité, engagèrent le conseil à achever son œuvre, en insistant auprès de Cromwell pour qu'il acceptât la charge et le titre de Protecteur : " On m'a fait comprendre ;' , disait-il, u que si je ne me mettais pas à la tête du gouvernement, la tranquillité et la stabilité du royaume seraient sans cesse troublées par des émeutes, et que l'on verrait le sang couler dans les rues. » Il ne se décida à accepter cette proposition,

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