‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 58 sur 205 · LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION

La Restauration. — Ce n'est qu'en étudiant les tendances générales de l'esprit anglais que nous pouvons comprendre l'histoire du pays pendant la période qui suivit la Restauration, Lorsque Charles II entra à Whitehall, l'œuvre du Parlement semblait à jamais détruite ; la monarchie se trouvait rétablie, sans conditions ni restrictions d'aucune sorte, et des deux grandes influences qui avaient jusqu'alors tenu en échec le pouvoir royal, " la première, celle du puritanisme, était devenue odieuse à la majorité de la nation, et la seconde, la tradition de liberté constitutionnelle " , avait été discréditée par les tristes résultats de la guerre civile; mais, au milieu des bruyantes démonstrations de loyalisme, la u grande révolution du dix-septième siècle v , comme on l'appelle à si juste titre, n'avait pas arrêté sa marche progressive. Le pouvoir suprême passait insensiblement de la couronne à la Chambre des communes. Peu à peu, le Parlement se rapprochait de la solution du problème qui avait si longtemps déjoué tous ses efforts, celui de diriger l'administration sans se substituer à elle.

Les premiers actes du nouveau gouvernement montrèrent que, quelle que fût la sincérité du loyalisme de la nation, il ne ressemblait en rien au

' Sources : Le récit que nous a fait Clarcndon de son ministère , dans son Autobiographie ; le Register and Clironicle (1600-1662) de l'évèquc Kennet, qui a écrit aussi les Vies de Charles II et de Jacques III; la vivante Histoire de mon temps de Burnet, sont nos principales sources d'information. La Vie de Jacques II, tirée des Papiers originaux de Macpherson, est d'une haute valeur pour cette période et la suivante, mais demande à être consultée avec précaution. Pour les rapports de l'Eglise avec les dissidents, lire l'Histoire des puritains de Neal, \es Mémoires des iiiinistres expulsés de Calamy, la Vie de William Penn de M. Dixon, XAutobiogropliie de Baxter, et enfin les récits de ses souffrances faits par Bunyan dans ses différents ouvrages. La vie sociale de ce temps est admirablement décrite par Pepys dans ses Mémoires et par ceux du comle de Grammont, par Hamilton, et nous trouvons dans la judicieuse Histoire constitutionnelle d'Hallam une mine inépuisable de précieuses informations sur le règne de Charles IL Le Calendar of State Papers, pour le règne de Charles II, publié par mademoiselle Green, va jusqu'en 1667.

LACOMVE\TIOM. 181

dévouement aveugle des cavaliers. Les presbytériens avaient joué le principal rôle dans la Restauration et étaient encore en possession de presque tous les sièges de la magistrature et de l'autorité locale ; aussi Charles II, en formant son premier ministère, chercha-t-il à donner des gages de son esprit de conciliation. Le chef de cabinet, sir Edward Hyde, très-influent auprès du Roi, dont il avait été le principal conseiller pendant l'exil, devint comte de Clarendon et lord chancelier ; un royaliste convaincu, lord Southampton, accepta le poste de lord trésorier, et le dévouement de lord Ormond fut récompensé par le « titre de duc et la dignité de grand maître de la maison du Roi » . Les presbytériens eurent cependant la part du lion : Monk resta lord général et devint duc d'Albemarle; le frère du Roi, Jacques, duc d'York, fut, il est vrai, nommé lord amiral, mais le commandement de la flotte se trouvait réellement entre les mains d'un des partisans de Cromwcll, Montagu, récemment créé comte de Sandwich ; lord Saye et Sele fut nommé lord du sceau privé, et l'on éleva sir Ashley Cooper, en retour de ses services, au rang de baron et à la charge de chancelier de l'Échiquier; enûn, des deux secrétaires d'Etat, l'un, Nicholas, était un ardent royaliste, et l'autre, Morice, un presbytérien convaincu. Parmi les trente membres du conseil privé, douze avaient porté les armes contre le Roi ; il était évident qu'un pareil ministère ne se prêterait pas volontiers à une politique de réaction, et ses membres les plus dévoués aux Stuarts, tels que Clarendon et Southampton, étaient royalistes constitutionnels.

La Convention. — La politique du nouveau gouvernement s'accordait assez bien avec l'esprit de la Convention qui, après s'être constituée en Parlement, procéda à l'examen des mesures nécessaires à l'organisation du pays. La Convention se trouvait avoir été élue sous le régime des ordonnances qui enlevaient le droit de voter aux royalistes dits malintentionnés (malignauts) ; aussi la majorité se trouvait-elle presbytérienne de sympathie, sincèrement royaliste, mais aussi opposée au despotisme que le Long Parlement lui-même. Pendant la première session, un de ses membres fut sévèrement rappelé à l'ordre par le président, pour avoir prétendu que ceux qui avaient combattu contre le Roi étaient aussi coupables que ceux qui l'avaient décapité. La Chambre vota tout d'abord le bill (F indemnité et d'oubli pour tous les crimes commis pendant les derniers troubles, et donna ainsi, dès les premiers jours, des gages de modération. Pour châtier les régicides, il est vrai, les presbytériens auraient pu se montrer aussi zélés que les cavaliers. Malgré la proclamation publiée peu après son retour, oii il promettait implicitement le' pardon à tous les juges du dernier roi qui se présenteraient eux-mêmes à la justice, Charles II se montrait avide de se venger de ceux qu'il regardait comme les meurtriers de son père, et les lords se rallièrent avec empressement au projet du Roi.

182 LA KESTAURATION (l 660-1 66-;).

Les Communes, en cette occasion, surent, il faut le reconnaître, résister énergiquement à cette soif de sang. A l'origine, sept seulement des régicides survivants avaient été exclus de l'amnistie dans le ///// d'indemnité et d'oubli; bientôt après, dans la première ferveur royaliste qui se manifesta pendant les trois mois que dura la discussion du bill, la Chambre se vit contrainte d'abandonner tous les régicides à la justice ; mais comme elle exigea un acte spécial du Parlement pour l'exécution de ceux qui s'étaient livrés sur la foi de la proclamation, la plupart d'entre eux eurent la vie sauve. Vingt-huit des juges du Roi avaient été mis en accusation, mais treize seulement furent exécutés, parmi lesquels le colonel Harrison avait seul joué un rôle important dans la guerre civile. Vingt autres, qui s'étaient mêlés activement de ce qu'on appelait maintenant les troubles des dernières années, furent déclarés incapables d'occuper aucune fonction publique; et, par une injustice inqualiOable, on ajouta, avant l'adoption définitive de l'acte du Parlement, une clause particulière qui excluait de l'amnistie sir Harry Vane et le général Lambert, bien qu'ils n'eussent pris aucune part à la condamnation de Charles I".

En abordant les' questions de propriété relatives aux conOscations et cessions de domaines pendant les guerres civiles, la Convention se trouva en face de difficultés bien plus grandes encore ; elle ne fit aucune opposition à ce que l'Ktat reprît toutes les terres de la couronne, mais elle exprima le désir de protéger dans leurs droits ceux qui avaient acheté les biens de l'Kglise et les possesseurs actuels des propriétés privées confisquées par le Long Parlement et par Cromvvell. Grâce aux manœuvres de Hyde, les bills préparés à cette intention furent retardés, et, à la fin de la session, les évèques et les royalistes évincés rentrèrent tranquillement en possession de leurs anciens domaines. Mais les royalistes étaient loin d'être satisfaits de cette confiscation sommaire ; les amendes et les mises sous séquestre avaient appauvri les plus fermes partisans du pouvoir royal et forcé un grand nombre d'entre eux à vendre leurs domaines à vil prix ; aussi demanda-t-on des compensations pour ces pertes et l'annulation de ces ventes ; « sans quoi >' , disaient les cavaliers fanatiques, " cet acte serait un bill d'indemnité pour les ennemis du Roi et d'oubli pour ses amis n . Mais, sur ce point, la Convention resta inébranlable. Toute cession de propriétés par vente fut reconnue valide, et toutes les demandes de compensation pour les pertes éprouvées à la suite de mise sous séquestre furent repoussées.

Après avoir réorganisé le pays, la Convention s'occupa de régler les rapports entre la couronne et la nation. L'œuvre du Long Parlement était si loin d'être détruite, que ses plus importantes réformes furent prises comme base du gouvernement futur ; pas. une seule voix ne se fil entendre pour demander le rétablissement de la Chambre étoilée, des monopoles ou de la haute cour ecclésiastique ; personne ne songea à discuter l'aboli-

LE PARLEMENT CAVALIER. 18-î

tion de la taxe des vaisseaux (ship-moiiey) et le droit exclusif du Parlement d'accorder des subsides h la couronne. La milice, il est vrai, fut placée entre les mains du souverain; mais bien que Cbarles II eût obtenu de conserver quelques régiments pour sa garde personnelle, la Convention prononça le licenciement de l'armée. Le revenu annuel du Roi avait été fixé à 1,200,000 livres (30 millions de francs), sa vie durant; une pareille attribution aurait pu être dangereuse pour la liberté, si le revenu des taxes destinées cà y pourvoir n'avait été constamment inférieur aux prévisions, tandis que les dépenses courantes de la maison royale, même en temps de paix, les dépassaient de beaucoup. Le Parlement fit d'ailleurs aclieter fort cber au Koi la liste civile qu'il lui accordait. Quoique les droits de la couronne sur les fiefs militaires (c'est-à-dire sur la plus grande partie des propriétés anglaises) ne fussent plus la source de revenus importants, ils étaient indirectement une source d'influence et de puissance. Le droit de garde et de mariage permettait au souverain d'exercer une véritable tyrannie sur les relations sociales et les affaires privées des propriétaires fonciers. Sous Elisabeth, on s'était servi des droits de garde pour élever les catholiques orphelins et mineurs dans la foi protestante ; plus tard, sous Jacques I" et son successeur, des héritières et des mineures avaient été accordées à des favoris du Roi ou vendues ouvertement au plus offrant. Ces droits avaient une importance plus grande encore pour la couronne, en lui permettant d'exercer une véritable pression politique sur toute la petite noblesse provinciale. Un propriétaire était naturellement très-désireux d'acheter là bienveillance île ce souverain, qui pouvait être un jour le tuteur de sa fille et l'administrateur de ses biens. Mais les mêmes motifs qui portaient le Roi à tenir à sa prérogative rendaient le Parlement très-désireux de la supprimer.

Ses efforts pour opérer cette réforme sous Jacques I" avaient échoué par suite de la résistance opiniâtre du Roi, mais le long intervalle des guerres civiles avait rendu le rétablissement de ces droits presque impossible au moment de la Restauration; aussi l'un des premiers actes de la Convention fut-il d'affranchir la petite noblesse provinciale, en abolissant tous ces droits de relief, de garde, de provision et de préemption, et en convertissant les fiefs militaires en simples tonures. Charles II fit le sacrifice de ses droits moyennant 1,000,000 de livres (25 millions de francs) de revenu annuel, somme qui, à l'origine, devait être fournie par une taxe sur les terres désormais exemptées de toute redevance féodale ; on finit par la tirer moins équitablement des contributions indirectes ou excise.

Le Parlement cavalier. — La Convention, qui avait su réorganiser les affaires politiques, fut moins heureuse dans les questions d'Église. Dans sa proclamation de Bréda, Charles II avait promis de respecter la liberté de conscience et de donner son approbation à tous les actes du

Page 1