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Parlement qui auraient pour objet de la garantir à ses sujets. La Convention était en grande majorité presbytérienne, mais il devint bientôt évident que le système purement presbytérien était devenu impossible, i^ La plupart des Anglais » , écrivait de Londres un sagace observateur écossais, u ne rêvent qu'épiscopat et Frayer Book. » La Convention espérait qu'en se contentant de modifier le système épiseopal, la masse du parti puritain pourrait rester dans l'Eglise. Beaucoup de membres du clergé étaient alors, il est vrai, des indépendants qui n'admettaient aucun compromis avec l'épiscopat; mais la majorité se composait de presbytériens modérés tout prêts à se soumettre, « crainte de pis » , au projet de gouvernement ecclésiastique proposé par l'arcbevêque Usber : l'évêque devait être simplement président du conseil diocésain des pasteurs ; la liturgie anglicane serait acceptée avec quelques modifications et la suppression « de quelques pratiques superstitieuses « . Cbarles II lui-même, au début de son règne, penchait pour un compromis de ce genre, et une proclamation royale avait approuvé les demandes des puritains ; mais un bill, présenté par sir Matheiv Haie, pour transformer cette proclamation en loi, fut rejeté par l'oppositiom de Hyde et sur la promesse d'un conciliabule. Les membres encore vivants de l'ancien clergé anglican rentrèrent dans leurs cures, les évêques reprirent possession de leurs diocèses, et la dissolution du Parlement-Convention fit évanouir les derniers espoirs d'une entente sur le terrain ecclésiastique.
L'enthousiasme royaliste n'avait fait que grandir pendant la session, comme on put le voir par une des dernières résolutions de la Chambre. Les corps de Cromivell, de Bradshaw et d'Ireton furent arrachés de leurs tombes par son ordre et pendus aux gibets de Tyburn, tandis que ceux de Pym et de Blake étaient jetés hors de l'abbaye de Westminster et enterrés au cimetière de Sainte-Marguerite. Le fanatisme royaliste et épiseopal qui animait les membres du nouveau Parlement détruisit les dernières espérances d'entente et de modération. Les nouveaux élus étaient, pour la plupart, des jeunes gens, « et les garçons les plus impies, les plus blasphémateurs qu'on put imaginer « , écrivait un puritain, Samuel Pepys. Les presbytériens se trouvèrent réduits à une cinquantaine de membres. Le dévouement de la nouvelle Chambre à la personne royale avait un caractère beaucoup plus exalté que celui de Clarendon lui-même : bien qu'elle ne fit en général que donner sa sanction aux actes delà Convention, elle eut de la peine à consentir à l'acte d'amnistie. Les Communes demandèrent qu'on mît sir Hcrry Vane en accusation (1661); Vane se trouvait protégé à la fois par la loi et par la promesse du Roi à la Convention de ne jamais permettre qu'il fut condamné à mort, même s'il était convaincu de trahison. Il fut cependant cité à comparaître devant un tribunal, sous la charge de haute trahison envers le Roi, « que des traîtres et des rebelles avaient tenu éloigné du gouvernement r, ; l'éloquence de sa dé-
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fense servit d'excuse à son exécution : « C'est un homme trop dangereux pour que nous le laissions vivre " , écrivait froidement Charles, " si nous pouvons nous en débarrasser sans danger. »
Les nouveaux députés étaient encore plus dévoués à l'Eglise qu'à la personne royale. Des souffrances communes avaient uni la noblesse provinciale au clergé anglican, et, pour la première fois, les propriétaires ruraux se montrèrent pleins de zèle pour l'Eglise. .\ l'ouverture de la session, tons les membres prirent la communion, et le Covenant fut solennellement brûlé par la main du bourreau dans la cour du palais. Les évêques reprirent possession de leurs sièges à la Chambre des lords. La conférence au palais de Savoie entre épiscopaux et presbytériens se sépara sans avoir produit d'autre résultat qu'une violente irritation chez tous ses membres ; les quelques changements que l'on avaft consenti à faire à la liturgie étaient plutôt de nature à éloigner qu'à concilier le parti puritain. Celui-ci comptait surtout des adhérents dans les corporations des petites villes, et l'on essaya de les en chasser par une sévère ordonnance, d'après laquelle toutes les personnes désirant être admises aux fonctions municipales devaient recevoir la communion selon les rites anglicans, renier le Covenant et déclarer illégale toute tentative de révolte contre le Koi. Le renouvellement du bili d'uniformité porta un coup plus terrible encore au parti puritain ; non-seulement l'usage du Prayer Book, et du Proyer Book seul, était imposé à tous les cultes publics, mais on exigeait de tous les ministres de l'Eglise de donner une pleine et entière adhésion à tous les articles de foi qu'il contient ; enOn, pour Ja première fois depuis la Réformation, toutes les ordinations qui n'avaient pas été conférées par les évêques se trouvaient également annulées ; c'est en vain qu'Ashley Cooper s'opposa énergiquement au vote de ce bill à la Chambre des lords, et que Clarendon lui-même, convaincu que l'honneur de Charles II y était engagé, insista pour qu'on insérât deux clauses laissant à la couronne la latitude d'accorder certaines dispenses; le Koi, qui voulait assurer la tolérance aux catholiques en faisant sentir aux presbytériens qu'ils étaient sous le coup d'une persécution, sanctionna ce bill, tout en se promettant d'en suspendre l'exécution en faisant usage de sa prérogative royale.
La Saint-Barthélémy de 1662. — Les évêques de 16G2 étaient cependant résolus à exécuter la nouvelle loi ; aussi en 1G02 (24 août), le jour de la Saiut-Barthélemy, dernier délai accordé aux récalcitrants, près de deux mille recteurs et curés (c'est-à-dire un cinquième du clergé anglais) furent chassés de leurs paroisses comme non conformistes. Jamais on n'avait vu de changement aussi complet dans l'Eglise ; les modiGcations apportées à l'organisation de l'Église par la Réforme avaient peu modifié le personnel du clergé ; la sévérité outrée de la haute commission sous Elisabeth n'avait abouti qu'à l'expulsion de quelques centaines de
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prêtres. Si Laud avait énergiquement travaillé à chasser des chaires tous les puritains, il avait été arrêté dans ses projets par les prescriptions de la loi et par le développement de l'esprit puritain dans la masse du clergé. La guerre civile avait amené de bien plus grands changements, mais ils avaient été graduels et avaient eu des causes politiques plutôt que religieuses. Les pasteurs destitués avaient été expulsés comme royalistes ou bien à cause de leur paresse, de leur inconduite ou de leur peu de talent oratoire.
Le coup d'Etat de la Saint-Barthélémy (16G2) fut essentiellement religieux ; radical et très-inattendu, il reste unique en son genre. Les recteurs et vicaires qui avaient été chassés étaient les hommes les plus actifs de leur ordre; les bénéfices les plus importants du royaume se trouvaient entre leurs mains ; parmi eux se trouvaient les chefs du clergé de Londres, que l'on considérait comme le premier du royaume ; ils occupaient aussi les postes les plus importants des deux Universités. Aucun prédicateur anglais, à l'exception de Jérémie Taylor, ne pouvait rivaliser avec Howe ; aucun controversisle n'était aussi célèbre que Baxter, et jamais on ne vit prêtre de paroisse plus infatigable. Derrière ces hommes se trouvaient des prêtres dont le zèle et l'activité avaient fait pénétrer dans le pays des sentiments de piété inconnus jusque-là ; leur expulsion était pour l'Eglise une perte bien plus sensible que celle de leurs services individuels ; c'était la disparition définitive d'un grand parti, du parti qui avait montré le plus d'activité dans l'Eglise et qui avait exercé le plus d'influence sur le peuple; c'était surtout la fin des efforts faits depuis Elisabeth pour rapprocher l'Eglise anglicane des communions protestantes du continent, et pour la mettre en harmonie j)lus complète avec les instincts religieux de la nation tout entière. L'Eglise d'Angleterre resta dès lors complètement isolée parmi les Eglises du monde chrétien : la Béforme l'avait séparée à jamais de celles qui étaient restées attachées au Saint-Siège, et le bill d'uniformité, en rejetant toutes les ordinations non épiscopales, la séparait complètement des Eglises protestantes, soit luthériennes, soit calvinistes. Privée de toute communication avec le monde extérieur, elle tomba dans l'immobilité spirituelle; avec l'expulsion du clergé puritain, disparut tout progrès, toute tentative de réformes; le développement religieux national s'arrêta, et, depuis cette époque jusqu'à la nôtre, l'Eglise épiscopale s'est montrée incapable de modifier son culte et sa forme de gouvernement, pour se plier aux besoins spirituels de ses fidèles ; seule, parmi toutes les congrégations religieuses de l'Occident, elle n'a rien changé, pendant deux cents ans, à sa forme, à son culte et à ses prières.
Si la Saint-Barthélémy fut fatale au développement de l'Eglise anglicane, elle favorisa beaucoup la cause de la liberté religieuse. A la Bestauration, elle semblait de nouveau perdue; quelques indépendants et un petit nombre de sectes méprisées, telles que les quakers, soutenaient le
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droit de chaque individu d'adorer Dieu selon sa conscience. La «jrande masse du parti puritain, ayant à sa tête les presbytériens, était d'accord avec ses adversaires pour désirer l'unité de culte, sinon de foi, dans toute l'étendue des trois royaumes ; si les deux grands partis de l'Église étaient restés d'accord, toute résistance eût été vaine. Heureusement, le coup d'Etat de la Saint-lJarthélemy de 1G62, en chassant les presbytériens de l'Kglise k laquelle ils appartenaient, les força à s'unir à des sectes qu'ils avaient délestées jusfju'alors presque autant que les évoques eux-mêmes. Cette commune persécution unit très-étroilement tous les non-conformistes ; elle se trouva d'ailleurs impuissante à lutter contre le nombre, les richesses et l'influence politique des nouveaux sectaires, et l'Eglise trouva, pour la première fois, en face d'elle, un groupe organisé de dissidents. L'impossibilité d'écraser un corps aussi puissant arracha aux hommes d'Etat anglais ïédit de tolérance, le premier acte de reconnaissance légale de la liberté des cultes ; la rapide multiplication des dissidents a dépouillé peu à peu l'Église établie de presque tous les privilèges dont elle jouissait exclusivement, et elle menace aujourd'hui de briser son union officielle avec l'Etat. Mais nous n'avons pas à nous occuper ici de ces conséquences éloignées ; il suffit de remarquer qu'avec l'acte d'uniformité et l'expulsion du clergé puritain, un nouvel élément entre dans l'histoire politique et religieuse, l'influence des dissidents ou non-conformistes.
La persécution. — Cette expulsion jeta tout d'abord les puritains dans un profond désespoir. Plusieurs d'entre eux voulaient se retirer en Hollande, d'autres proposaient de fuir dans la Nouvelle-Angleterre et les colonies américaines. Charles cependant était très-désireux de se servir des dissidents pour réaliser ses projets xle tolérance à l'égard des Catholiques ; de nouvelles espérances de protection furent réveillées par une proclamation royale, qui exprimait le désir du souverain d'exempter des pénalités dont les menaçait l'édit a tous les citoyens paisibles qui ne s'y conformaient pas, par scrupule et excès de délicatesse d'une conscience aveuglée, et qui remplissaient leurs devoirs religieux à leur manière sans tapage et sans scandale » . Charles promit de présenter une motion dans ce sens à la prochaine session ; ce bill aurait permis au Roi de dispenser ses sujets non-seulement des prescriptions du bill d'uniformité, mais de toutes les lois et ordonnances imposant la conformité du culte et des serments religieux (1663). Le but en était si évident et si inconstitutionnel que les non-conformistes eux-mêmes refusèrent de soutenir cette proposition; Ashiey, seul parmi les chefs du parti puritain, entreprit de la défendre. L'attitude menaçante de la Chambre des communes obligea le Roi h. la retirer ; mais cette tentative avait suffi pour exciter la colère des chefs de l'Église établie, et la méfiance qu'ils conçu-
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rent des secrets projets du Roi en aviva leur haine contre les dissidents. Les Chambres arrachèrent à Charles un décret de bannissement contre les prêtres catholiques (1664), et, par un Ac/e sur les conventicules, voté l'année suivante, elles frappèrent d'amendes et condamnèrent à l'emprisonnement et à la transportation à la seconde récidive tous ceux qui se réuniraient au nombre de plus de cinq personnes pour d'autres actes du culte que la prière commune. L'acte des Cinq milles, un an plus tard (1665), compléta ce code de persécution, d'après lequel tout pasteur chassé parle Inll d'uniformité était obligé de prêter serment que, « sous aucun prétexte, il ne prendrait les armes contre le Roi et ne souffrirait de changement dans l'Église ou l'État « . En cas de refus, il lui était interdit de s'approcher à plus de cinq milles dli bourg ou de l'endroit quelconque où il avait exercé son ministère. Comme la plupart des non-conformistes appartenaient aux classes urbaines et commerçantes, le résultat de ces mesures fut déplorable ; les dissidents se trouvaient ainsi privés de tout enseignement religieux.
Heureusement, le zèle des fanatiques se calmait peu à peu, et la proposition de faire jurer fidélité à l'édit des Cinq milles par tous les Anglais fut repoussée, dans la même session, à la majorité de six voix. Les souffrances des non-conformistes ne pouvaient manquer d'éveiller les sympathies du peuple anglais ; la soif de vengeance qu'avait excitée la tyrannie des presbytériens victorieux s'était apaisée depuis leur défaite : la vue de ces pieux et savants pasteurs, chassés de leurs foyers, séparés de leurs troupeaux, de ces réunions religieuses sans cesse interrompues par les agents de la police, de ces prédicateurs assis au banc des prévenus, à côté de voleurs et de bandits, des prisons où l'on entassait ces honnêtes fanatiques dont la piété était le seul crime, plaidait plus éloquemment pour la tolérance religieuse que tous les raisonnements du monde. Nous pouvons nous faire une idée du degré de violence de la persécution par les renseignements que nous possédons sur une seule <ie ces sectes. Les quakers avaient excité une certaine inquiétude par l'excentricité de leurs manières et par leur refus de prêter serment et de se soumettre au service militaire ; aussi flt-on passer une loi particulière contre eux. Rien qu'ils fussent beaucoup moins nombreux que les autres sectes non conformistes, on en emprisonna plus de quatre mille, dont cinq cents à Londres seulement; ce nombre, déjà considérable, s'accrut rapidement, et la Déclaration d'indulgence, publiée douze ans plus tard par le Roi, délivra douze mille quakers qui gémissaient en prison. Un des pasteurs expulsés, Richard Raxter, nous a laissé un récit des souffrances qu'ils curent à endurer : u Plusieurs centaines d'entre eux, avec femmes et enfants, n'avaient ni logis ni pain; c'est tout au plus si leurs troupeaux pouvaient subvenir à leurs besoins, et les aider à sortir de prison ou veiller à leur entretien pendant qu'ils subissaient leur peine. Quoique d'une frugalité extrême, ils avaient beau-