JACQUES ET LE PARLEMEXT
lis trouvèrent un allié inattendu dans la magistrature, qui, jalouse depuis longtemps des cours ecclésiastiques, profita de l'indignation générale contre les usurpations du clergé pour attaquer la Haute Commission. Une série d'arrêts en appel restreignit sévèrement la juridiction du tribunal jusque-là illimitée, et réduisit la Commission à ne plus prononcer de peine d'emprisonnement qu'en cas de schisme ou d'hérésie. Mais la magistrature n'était pas de force à lutter contre la Couronne, et Jacques était résolu à soutenir les évèques. Heureusement que sa prodigalité avait déjà, en quelques années, malgré la paix, doublé la dette laissée par Elisabeth après quinze années de guerres continuelles, et son système de taxes illégales était loin de suppléer au déficit du Trésor. Sa première grande innovation constitutionnelle avait été de mettre des droits énormes sur toutes les marchandises d'importation et d'exportation. Ce fait n'était pas sans précédent : Marie avait déjà établi, à une ou deux reprises, de nouveaux droits sur les marchandises importées, et Elisabeth les avait étendus aux vins et aux raisins de Corinthe. Cette taxe, peu importante au reste, n'avait pas été augmentée et n'était considérée que comme une mesure financière tout à fait exceptionnelle. Si Elisabeth avait voulu étendre encore ces droits, elle s'y serait prise sans doute avec ménagement et les aurait introduits peu à peu, pour éviter des remontrances publiques. Mais Jacques était un fanatique du pouvoir royal, et il était aussi désireux d'affirmer son autorité absolue que de remplir son trésor. A l'occasion de je ne sais quelle affaire portée devant la Chambre de l'Echiquier, le tribunal déclara solennellement que le souverain avait le droit d'établir toutes les taxes commerciales qu'il lui plairait : « Puisque les droits de douane sont la conséquence naturelle des échanges entre les négociants des différents pays et dépendent, pour toutes les affaires et les traités commerciaux avec l'étranger, du pouvoir absolu du souverain, celui qui est maître des causes doit aussi l'être des effets. "
Jacques comprit immédiatement l'importance d'une décision qui débarrasserait la Couronne de l'obligation d'avoir recours au Parlement. Le commerceanglais prenaitun rapide développement, et les négociants se frayaient un chemin jusqu'aux îles des Epices (Moluques, 1608) ; ils établirent des comptoirs même dans l'empire du Grand Mogol. Le jugement de l'Echiquier donnait à Jacques le moyen d'augmenter rapidement ses revenus ; il en profita sans tarder. Un décret royal établit tout un système de droits d'importation et d'exportation. Mais les taxes n'augmentaient pas aussi vite que le déficit du Trésor ; aussi le Roi se vit-il forcé de rappeler le Parlement. Il défendit aux Communes d'aborder le sujet des nouveaux impôts; mais le langage des représentants de la nation n'en fut pas moins énergique. «Ayant constaté» , dirent-ils, « que Votre Majesté a définitivement établi, sans l'avis et conseil du Parlement, et en pleine paix, des impôts plus nombreux et plus lourds que ceux de vos prédécesseurs en
temps de guerre, nous la supplions d'abolir et supprimer toutes les taxes prélevées sans le consentement des deux Chambres, et de faire une nouvelle loi par laquelle tout impôt établi sur votre peuple, sur ses biens et ses marchandises sans l'avis du Parlement, sera nul et de nul effet (1610). i Puis, attaquant de front la question des réformes ecclésiastiques, la Chambre demanda qu'on s'occupât, avant de voter les subsides réclamés par la Couronne, de limiter et de régulariser la juridiction de la Haute Commission par une loi; en d'autres termes, que les affairesde l'Eglise fussent reconnues comme étant du ressort du Parlement et que l'on autorisât les puritains h recommencer leurs prédications interdites. Quelles que fussent les concessions que Jacques était disposé à faire au sujet de son système douanier, il ne voulait permettre à personne d'usurper sur ses prérogatives ecclésiasti([ues ; aussi le Parlement fut-il dissous, et quatre ans se passèrent avant que les embarras financiers du gouvernement obligeassent Jacques à réunir de nouveau les deux Chambres. Jamais élections n'excitèrent à un aussi haut degré les passions populaires que celles de 1614; partout où cela fut possible, on fit échouer les candidats de la Couronne; tous les' principaux représentants, c'est-à-dire les chefs de l'opposition, rentrèrent en triomphe à Westminster. Trois cents députés environ étaient des hommes nouveaux, et parmi eux nous voyons pour la première fois les noms des grands chefs libéraux qui se distinguèrent plus fard dans la lutte contre la Couronne : le Yorkshire réélut Thomas U'eutivortli ; le bourg de Saint-Germain, John Kliot. L'agitation des os|)rits était si grande que, pour la première fois depuis l'origine du gouvernement parlementaire, des sifflets et des acclamations se firent entendre dans les séances de la nouvelle Chambre. Elle resta fidèle d'ailleurs à la politique des précédents Parlements. Les Communes refusèrent de voter des subsides tant qu'on n'aurait pas fait droit aux plus sérieux griefs, et tout d'abord aboli les taxes illégales. Malheureusement, la majorité de la nouvelle Chambre était trop inexpérimentée; elle se laissa entraîner <à de mesquines querelles avec la Chambre des lords sur des questions de privilège, et le Roi, effrayé de la violence de langage du Parlement, s'empressa de saisir cette occasion pour le dissoudre et envoyer quatre des principaux représentants à la Tour.
Le despotisme royal (1614-1621). — Irrité et terrifié de ces désordres, Jacques I" résolut dès lors de gouverner sans Parlement, et poursuivit avec une folle obstination, pendant sept ans, un système absolutiste, sans songer au passé et sans s'inquiéter de l'avenir. Tous les abus signalés à chaque session législative furent maintenus et même aggravés, comme pour jeter un défi à l'opinion publique, et la commission ecclésiastique se sentit encouragée à continuer les persécutions. Jacques avait reconnu l'illégalité des décrets royaux, mais il continua à en accroître le nombre.