JACQUES II ET L'ÉGLISE
eiithousiasme monarchique. La Cliaiiihre des communes, à la majorité «l'une seule voix, renvoya le vole des subsides après le redressement des griefs, et demanda, dans son adresse au trône, la suppression des brevets illégaux; les lords se montrèrent encore plus hardis, et la protestation des évêques contre toute infraction à VAcfe du 7'ie5/ fut soutenue par Halifax dans un éloquent discours. Le Roi prononça la prorogation immédiate des deux Chambres et résolut d'obtenir de la magistrature ce qu'il ne pouvait obtenir du Parlement. Il épura la Cour du Banc du Iloi en expulsant quatre juges qui refusaient de se prêter à ses desseins; leurs successeurs décidèrent, cà propos de sir Edward Haies, nommé officier de l'armée royale bien qu'il fût catholique, qu'une dispense du souverain pouvait exempter du serment du Tes/. Ce nouveau principe était une sorte de revendication du droit de la couronne de se mettre au-dessus de la loi, et fut appliqué par Jacques avec aussi peu de convenance que de modération. Les catholiques furent admis aux emplois civils et militaires sans \c moindre scrupule, et quatre pairs catholiques prêtèrent serment comme membres du conseil privé. Les lois qui interdisaient la présence dans le royaume des prêtres catholiques et l'exercice public de leur culte furent ouvertement violées. Une magnifique chapelle fut ouverte dans le palais de Saint-James pour l'usage particulier du Roi ; enfin des Carmes, des Bénédictins, des Franciscains parurent dans les rues de Londres avec le costume de leur Ordre, et les Jésuites fondèrent une école importante dans le quartier du palais de Savoie.
Jacques II et l'Eglise. — Un homme plus sage et plus prudent que Jacques II aurait été frappé du mécontentement que ces mesures avaient excité presque partout, mais le Roi se faisait gloire de son obstination. Une émeute qui éclata à l'inauguration d'une nouvelle chapelle catholique dans la Cité, fut immédiatement suivie de la création d'un camp de treize mille hommes à Hounslow, pour intimider la capitale; le Roi se montrait aussi résolu en Ecosse et en Irlande qu'en Angleterre. Dans le royaume héréditaire des Stuarts, il se conduisait en vrai despote. Le gouvernement fut confié <à lord Melfort et à lord Perth, qui venaient d'embrasser le catholicisme, et le château d'Edimbourg fut confié à un gouverneur papiste. Sous Charles H, le Parlement n'avait été que l'humble serviteur de la couronne; mais, malgré leur servilité, les députés finirent par regimber. Lorsque Jacques eut la hardiesse de leur demander un acte de tolérance pour les catholiques, ils s'y refusèrent. En vain le Roi essayat-il de les séduire en leur offrant une entière liberté de commerce avec l'Angleterre : <: Croyez-vous que nous vendons notre Dieu? y. lui fut-il répondu avec indignation. Jacques ordonna aussitôt aux magistrats écossais de considérer toutes les lois contre les catholiques comme nulleset non avenues , et les magistrats n'osèrent lui résister.
■238 LA SECONDE TYRAMMIE (l CS-2 1688).
En Irlande, il se passa même de toute apparence de légalité : les papistes furent admis, sur l'ordre du Roi, au conseil et aux emplois civils. Un catholique, lord Tyrconnell, placé <à la tète de l'armée, la réorganisa entièrement, en cassant les officiers protestants et en admettant juscju'à deux mille Irlandais catholiques dans ses rangs. Pendant ce temps, Jacques commençait une guerre systématique et hardie contre l'Eglise établie. Il considérait comme une bénédiction providentielle de pouvoir se servir de sa suprématie ecclésiastique pour défaire l'œuvre de ses prédécesseurs. Henri VIII et Elisabeth s'étaient efforcés de transformer l'Eglise d'Angleterre, de catholique qu'elle était, en Eglise protestante; Jacques employait les mêmes moyens pour la faire rentrer dans le giron de l'Eglise de Horne. Au mépris d'un décret spécial du Long Parlement confirmé plus tard par la première Chambre de la Restauration, qui déclarait illégal le rétablissement de la Haute (ïour, sept commissaires, Jcffreys en tête, furent chargés en I68G de la direction des affaires ecclésiastiques. Leur premier soin fut de frapper révêcjuede Londres. Jacques avait défendu au clergé d'attaquer le papisme du haut de la chaire; un ministre ayant bravé cet ordre, il signifia à l'évêque Compton qu'il eût <à le suspendre immédiatemeni de ses fonctions; sur son refus, l'évêque fut immédiatement destitué. Cette pression exercée par la commission ne fit que pousser le clergé à prendre une attitude plus hostile à l'égard du Roi. Les chaires retentissaient de sermons contre la superstition, et les deux plus célèbres théologiens de ce temps, Tillotson et Stillingfleet , se mirent à la tête d'une armée de controversistes qui inondaient le royaume de brochures et de traités religieux.
La déclaration d'indulgence. — En vain la grande masse de la petite noblesse catholique se tenait-ello à l'écart, prédisant une inévitable réaction; en vain la cour de Rome elle-même lui recommandait-elle une plus grande modération (1687), Jacques était de plus en plus enivré par le succès apparent de ses entreprises. Il attribuait l'opposition à ses projets à l'influence des tories de la Haute Eglise restés au pouvoir depuis la réaction de 1681, et il se décida à les châtier. Le duc de Queensbury, chef des tories d'Ecosse, fut destitué. Tyrconnell fut opposé à Ormond en Irlande. En Angleterre, il voulut montrer au monde que les liens les plus étroits du sang n'étaient rien lorsqu'ils entraient en conflit avec les devoirs de la foi. Son premier mariage avec Anne Hyde, fille de Clarendon, avait attaché tous les fils du chancelier à sa fortune. Dès son avènement, il avait envoyé l'aîné de ses beaux-frères, Edouard, comte de Clarendon, en Irlande, en qualité de lord gouverneur, et élevé le plus jeune, Laurence, comte de Rochester, au poste de lord de la Trésorerie ; mais celui-ci fut averti que le Roi ne pouvait confier une charge aussi importante à un homme qui ne partageait pas sa foi religieuse; sur son refus d'abjurer, il fut révoqué, et son frère Clarendon le suivit dans la retraite. Un
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catholique, lord Bellasys, devint premier lord de la Trésorerie (organisée en commission après le renvoi de Uochesler) ; un autre catholique, lord Arundell, devint gardien du sceau privé ; enfin un Jésuite, Petre, fut appelé au conseil. Tous les officiers qui refusaient d'approuver Tahrogation du Test étaient successivement destitués. Au mépris des lois, le nonce du Pape était reçu k Windsor, en grande cérémonie.
Jacques ne put plus bientôt se faire d'illusions sur le mécontentement public. Les grands seigneurs tories, malgré leur attachement à la personne royale, étaient aussi ardents dans leur haine de la tyrannie que les uhigs eux-mêmes. En allant à la messe, Jacques avait chargé un jour le duc de Norfolk de porter devant lui l'épée d'État : le duc s'arrêta à la porte de la chapelle : « Votre père aurait été plus loin » , lui dit le Koi. — « Le père de Votre Majesté valait mieux que nous, il ne serait pas allé plus loin, n Le jeune duc de Somerset reçut l'ordre d'introduire le nonce dans la salle d'audience des ambassadeurs : " Je ne peux obéir à Voire Majesté sans violer la loi ^ , répondit-il. — ^ Xe savez-vous pas » , lui dit Jacques avec colère, ^ que je suis au-dessus de la loi? » — " Votre Majesté peut-être, mais non pas moi » , répliqua le duc. Cette réponse le fit aussitôt destituer, mais le mouvement de résistance ne fit que s'accentuer de plus en plus. Malgré les lettres du Roi, les directeurs de la Charter Hoiise, qui comptaient parmi eux quelques-uns des plus grands seigneurs de l'Angleterre, refusèrent d'admettre un catholique à participer aux bienfaits de cette fondation. Les plus fidèles partisans du Roi commençaient à murmurer, lorsque Jacques exigea d'eux l'apostasie comme preuve de leur loyalisme. Désespérant de soumettre l'Eglise et les tories cà sa volonté, il se tourna, à l'exemple de Charles II, vers les non-conformistes et publia en 1687 wne Déclaration d'indulgence qui annulait toutes les lois pénales portées contre les catholiques et contre les dissidents, et abrogeait tous les décrets imposant le serment du Test à ceux qui aspiraient à remplir une charge quelconque dans l'Eglise ou dans l'Etat. Cette offre était tentante pour les protestants dissidents, cruellement persécutés depuis la chute de Shaftesbury, et l'on ne peut guère s'étonner qu'ils aient paru hésiter pendant un moment et aient envoyé à Jacques de nombreuses adresses de remercîment. Mais la plupart d'entre eux, et surtout les chefs vénérés du parti, tels que Baxter, Howe, Bunyan, refusèrent cet Acte d'indulgence, qui ne pouvait être acheté qu'au prix d'une violation de la loi. Il était évident que la tentative de Jacques de diviser les forces du protestantisme avait complètement échoué, et que le seul moyen d'arriver à ses fins était d'obtenir du Parlement lui-même le rejet de l'acte du Test.
Jacques et les Universités. — Les Chambres restaient absolument hostiles aux projets du Roi. 11 renvoya le Parlement et en convoqua un nouveau. Mais il savait qu'un Parlement librement élu ne consentirait