‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 92 sur 205 · LA GRA\DE AI.LIAXCE · texte numérisé non relu

LA GRA\DE AI.LIAXCE

Ce massacre, qui devait plus tard exciter tant d'horreur, ne fut <]uère connu au premier moment que de Dalrymple et de quelques affidés. La pacification des Hautes Terres permit au gouvernement d'Edimbourg de commencer l'œuvre de réorganisation du royaume, en acceptant la Revendication des droits, qui supprimait Tépiscopat. Guillaume avait rétabli en fait l'Eglise presbytérienne, qui choisit pour base de sa foi l'ancienne Confession de Westminster , et un vote du Parlement abolit le patronage des laïques. La Chambre écossaise se montrait opposée à VEdit de tolérance proposé parle Roi, mais Guillaume fit preuve d'autant de fermeté que le Parlement, et déclara ^ que tant qu'il régnerait, la liberté de conscience serait absolue " . « Xous ne serons jamais de ceux qui prétendent n , ajoutait-il noblement, « que la violence puisse être favorable à la vraie religion, et nous ne voulons pas que notre autorité serve d'instrument aux passions déréglées de n'importe quel parli. ^

La révolte irlandaise. — , Ce n'était pas en Ecosse, mais en Irlande, que Jacques et Louis XIV espéraient arrêter les progrès de Guillaume III. Au milieu de son règne, Jacques avait résolu, comme nous l'apprend l'ambassadeur de France, de mettre ses coreligionnaires à l'abri des persécutions d'un successeur protestant, en donnant à l'Irlande une autonomie qui pût on faire un lieu de refuge pour ses sujets catholicjues. Le gouvernement de l'île fut enlevé à lord Clarendon et donné aux catholiques. Lord Tyrconneil , le nouveau gouverneur, créé duc, se mit brutalement à l'oeuvre. Tous les Anglais furent destitués. Les fonctions de jngos, de conseillers privés, de maires et de conseillers municipaux furent réservées aux Irlandais et aux catholiques. Les soldats protestants furent chassés de l'armée. On mit à sa tète des officiers catholiques, et on la porta à 50,000 hommes. En peu de mois la prépondérance des Anglais fut anéantie, la vie et la fortune des colons furent à la merci de ceux qu'ils foulaient aux pieds depuis Cromuell. La fuite du Roi et la fermentation qui s'empara des Irlandais à cette nouvelle répandirent la terreur dans l'île. On crut à un prochain massacre; quinze cents familles protestantes, établies pour la plupart au sud de l'Irlande, s'enfuirent au delà des mers, tandis que les protestants du Nord se concentraient à Enniskillen et Londonderry, et se mettaient sur la défensive.

La lutte fut cependant encore différée, et pendant deux mois Tyrconneil négocia avec le gouvernement de Guillaume ; mais son unique but était de gagner du temps. Il invitait en secret Jacques à revenir en Irlande; à la nouvelle qu'il arrivait avec des officiers, des munitions et des subsides du roi de France, Tyrconneil jeta le masque. Un étendard fut hissé sur le château do Dublin avec ces mois brorlés dans ses plis : '-^ Maintenant ou jamais. ^ C'était le signal altendu par les catholiques. Los Irlandais affolés se ruèrent sur tout ce que leurs maîtres avaient laissé derrière eux, et

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en quelques semaines commirent de tels ravages, disait l'ambassadeur de France à Louis XIV, « qu'il faudrait des années " pour les réparer. Pendant ce temps Jacques faisait voile pour l'Irlande et débarquait à Kinsale. Son but était d'envahir l'Angleterre avec les cinquante mille honunes dont Tyrconnell croyait pouvoir disposer. Mais ses plans furent réduits à néant par la guerre de races qui avait éclaté. Ni Tyrconnell ni les chefs irlandais ne voulaient rien entendre aux plans du Roi. Ils voulaient garder l'Irlande pour les Irlandais, et leur premier soin fut d'écraser les Anglais concentrés dans l'Ulster. La moitié de l'armée de Tyrconnell marcha contre Londonderry, où la plus grande partie des fugitifs protestants avaient trouvé refuge derrière de faibles murailles défendues seulement par quelques vieux canons. L'insuffisance des remparts de la ville fut largement compensée par l'héroïque défense de ces sept mille Anglais réduits au désespoir. Ils attaquèrent même les ennemis avec une telle furie dans plusieurs sorties successives, et les pertes des catholiques furent si considérables, que Hamilton, général en chef des troupes de Jacques II, changea le siège en blocus. Les protestants mouraient dans les rues, épuisés, par la faim et par la fièvre qu'elle provoque, mais le cri général continuait à èlre : <^ Pas de capitulation ! » Le siège dura cent cinq jours, et il ne restait de provisions que pour deux jours, lorsque, le 28 juillet, un navire anglais força la ligne des vaisseaux ennemis à l'entrée de la rivière, et les assiégeants furent obligés de se retirer.

Leur défaite devint une véritable déroute, grâce aux hommes d'Enniskillen, qui eurent le courage de traverser un marais pour charger une troupe irlandaise deux fois plus considérable que la leur, à Xeatown- Butler. Ils chassèrent devant eux cavaliers et fantassins, et la panique s'empara bientôt de toute l'armée de Hamilton, Les soldats en déroute se replièrent sur Dublin, où Jacques se trouvait aux abois entre les mains de catholiques exaltés. Le Parlement qu'il avait réuni dans cette capitale se composait uniquement d'Irlandais et de papistes, dont le seul but était d'enlever leurs terres aux colons anglais et de rendre l'Irlande aux Irlandais. La loi constitutionnelle sur laquelle reposaient tous les titres de propriété fut immédiatement abrogée, malgré la répugnance du Roi, et l'on comprit trois mille protestants riches et de grande famille dans le plus formidable bill d'allaimier que le monde ait jamais vu. Rien que Jacques eut promis la liberté religieuse, le clergé protestant fut chassé de toutes les cures ; on mit les fellows et professeurs à la porte de Trinity Collège, et l'ambassadeur français, le comte d'Avaux, eut l'audace de proposer un massacre général des protestants qui étaient restés dans les provinces soumises à Jacques II, au cas où il y aurait soulèvement à l'arrivée des Anglais. Il faut dire, à l'éloge du Roi, qu'il repoussa avec horreur une pareille proposition : ;< Je n'aurais jamais la cruauté ", disait-il, ^ d'égorger ceux qui vivent paisiblement sou.s ma domination. >i — <■■■ Se mon-

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trer indulgent pour les protestants '^ , répliqua froidement son interlocuteur, u c'est être cruel pour les catholiques. "

L'Angleterre et la Révolution. — Guillaume fut obligé d'assister impuissant à la longue agonie de Londonderry, aux proscriptions et aux massacres ordonnes par le nouveau gouvernement irlandais. Les meilleures troupes, qui avaient été réunies à Hounslow, se trouvaient en ce moment sur la Sambre avec Marlborough; les embarras politiques augmentaient chaque jour, et il devenait impossible de se priver d'un seul des soldats restés en Angleterre. On peut dire* cependant que, malgré la confusion et les intrigues qui suivirent la révolution, elle avait atteint son but. IVhigs et tories s'entendaient parfaitement sur les questions de liberté civile. La Déclaration des droits avait été transformée en nn Bill des droits, et l'adoption de cette mesure en 1689 rendit à la monarchie le caractère qu'elle avait perdu sous les Tudors et les Stuarts. Le droit du peuple de déposer le Roi, de changer l'ordie de succession et de mettre qui bon lui semblait sur le trône, par l'entremise de ses représentants, fut à jamais proclamé; et l'on abrogea toute prétention au droit divin ou à un droit héréditaire indépendant de la loi, par l'élection de Guillaume et de Marie. Depuis lors, aucun souverain anglais n'a osé revendiquer d'autres droits à la couronne que ceux qu'il doit à un acte du Parlement. Guillaume, Marie et Anne montèrent sur le trône exclusivement en vertu du Bill des droits, et ce n'est qu'à VActe d'orf/anisatioii (Act of scttlemcnt) que Georges 1" et ses successeurs ont dû d'hériter de la couronne d'Angleterre. Le monarque anglais est aussi soumis de nos jours au Parlement que le plus petit percepteur du royaume. On rétablit non-seulement le caractère primitif de la royauté, mais l'ancienne constitution elle-même. L'Angleterre avait appris par une amère expérience la nécessité de rendre au Parlement la libre disposition des impôts. La concession que l'on avait faite aux deux derniers rois de leur accorder à l'avance une pension pour la vie entière expliquait leur politique antinationale; aussi le premier acte de la nouvelle Chambre fut-il de décider que le vote des revenus de la couronne ne serait valable que pour une période de quatre années. Guillaume se sentit profondément blessé : « Les gentilshommes d'Angleterre " , disait-il, « avaient conGance dans le roi Jacques, qui était pourtant un ennemi des lois et de la religion, et ils ne veulent pas se fier à moi qui ai sauvé leur religion et leurs lois. " Cet accès de colère royale n'eut d'autre résultat que de décider le vote annuel des subsides, disposition qui, en dépit des légères modifications introduites plus tard par le premier parlement tory, a été maintenue jusqu'à nos joui*s.

Une autre réforme non moins importante fut l'établissement du contrôle des Chambres sur l'armée; la iiaine qu'excitait déjà du temps de Cromwell l'armée permanente n'avait fait que s'accroître sous Jacques II; mais la

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guerre continentale rendait son existence absolument nécessaire. Jusqu'alors, toutefois, l'armée permanente n'avait aucune existence légale. Le soldat était un simple sujet; il n'y avait aucun moyen de punir les fautes purement militaires, ou d'assurer le maintien de la discipline; le droit que s'arrogeaient les officiers de faire loger les troupes dans les mai-, sons particulières avait été supprimé par la loi. Le hill contre les séditions trancha cette difficulté. Le Parlement conféra aux officiers les pouvoirs acquis pour maintenir la discipline dans l'armée, et prit des mesures en vue du payement régulier de leur solde; mais argent et autorité n'étaient accordés que pour une seule aunée. h' Acte de sédition (Mutiny Act) ainsi que le vote des subsides sont restés annuellement renouvelables depuis la révolution, et comme l'Etat ne peut pas plus exister sans argent que l'armée sans discipline et sans solde, la réunion annuelle du Parlement est devenue une nécessité absolue : c'est ainsi que le plus grand cbangement constitutionnel de l'histoire anglaise s'est effectué d'une manière indirecte, il est vrai, mais très-efficace.

Quant aux dangers qui venaient du Parlement même, on ne sut pas les combattre avec autant d'adresse. Sous Charles II, l'Angleterre vit une Chambre, nommée dans un moment de réaction, siéger pendant dix-huit ans sans élections nouvelles. Un bill triennal qui limitait à trois ans la durée du Parlement passa presque sans opposition et n'échoua tout à fait que devant la répugnance invincible et le veto absolu de Guillaume III. Mais on eut plus de peine à trouver un moyen de contre-balancer l'influence qu'un roi pourrait prendre sur les Communes en les remplissant de fonctionnaires. Un bill sur les incompatibilités (Place bill) excluant du Parlement toute personne au service de l'État, fut repoussé, avec raison, par la Chambre des lords. L'usage actuel de fermer l'entrée de la Chambre cà tous les fonctionnaires subalternes et de garder un certain contrôle sur les affaires de l'État en y admettant les grands officiers de la couronne, cette idée semble n'être venue alors à l'esprit de personne. On ne peut s'empêcher aussi de s'étonner que, tout en réclamant le droit du Parlement de surveiller l'armée et les revenus publics, le ///// des droits ait laissé le contrôle du commerce à la couronne. Ce n'est que plus tard, dans les discussions au sujet des privilèges accordés à la Compagnie des Indes orientales, que les Chambres revendiquèrent et obtinrent sans peine le droit de régler le commerce anglais.

La tolérance et l'Église. — Les résultats religieux de la révolution ne furent pas moins importants que ses résultats politiques. Dans cette lutte en commun contre le catholicisme, les partisans de l'Église et les dissidents avaient agi tout à fait d'accord; aussi les projets d'union étaientils devenus tout à coup populaires. Mais la chute de .lacques II vint mettre brusquement fin à ses espérances, et la fondation en Ecosse d'une Église

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presbytérienne, ainsi que la persécution contre les ministres de l'Église épiscopale dans les comtés de l'Ouest, réveillèrent la vieille animosité du clergé contre les dissidents. L'assemblée du clergé rejeta le projet des latitudinariens de modiGer le Praijer Book, pour faciliter le retour des non-conformistes, et un Bill d'union présenté au Parlement échoua, malgré l'énergique appui du roi Guillaume. Celui-ci tenta aussi, sans succès, d'admettre les dissidents à l'égalité civile en obtenant l'abrogation de ÏActe sur les corporations. Du moins l'adoption d'un Acle de tolérance (1689) assura en pratique la liberté des cultes. Si l'on peut regretter au point de vue religieux l'écbec de la ])r()position des latitudinariens, cet échec eut les plus heureuses conséquences politiques. Jamais l'Église ne s'était trouvée à la fois aussi puissante et aussi populaire qu'au moment de la révolution, et un rapprochement avec les non-conformistes aurait doublé son influence. On se demande si le clergé, qui a montré tant de répugnance pendant ces deux derniers siècles pour toute espèce de progrès politique, aurait été plus libéral si un pareil changement avait pu s'effectuer; mais il est évident que sa force d'opposition s'en serait énormément accrue. Quoi qu'il en soit, VActe de tolérance forma un groupe de congrégations religieuses que leur opposition à l'Église obligeait à soutenir les mesures libérales qu'elle combattait. L'Angleterre, partagée entre deux puissants partis religieux, a évité ce (|ui fut un écueil pour tant de nations, chez lesquelles la religion s'est identiflée avec la réaction politique. Une scission dans le sein même de l'Kglise anglicane l'affaiblil plus encore. La doctrine du droit divin était encore très-répandue dans le clergé, mais il avait abandonné celle de l'obéissance passive; le serment d'allégeance au nouveau souverain, exigé de tous ceux qui occupaient des fonctions publiques, fut considéré comme une iniquité par presque tous les ecclésiastiques. Sancroft, archevêque de Canterbury, ainsi qu'un petit nombre d'évèques et plusieurs membres du haut clergé, refusèrent de prêter serment et traitèrent de « schismatiques ^ ceux qui y avaient consenti; déposés par un acte du Parlement en tant que ■- non jureurs -> , ils se regardaient, eux et leurs adhérents, comme les seuls véritables membres de l'Kglise d'Angleterre. La majorité du clergé se soumit par nécessité; mais son irritation contre le gouvernement fut portée à son comble par la prétention du Parlement d'être le maître de l'Eglise, et par la déposition des évêques en vertu d'un acte des Chambres. Les nouveaux prélats, Tillotson, qui devint archevêque de Canterbury, et Burnet, évêque de Salisbury, étaient des hommes savants et pieux; mais ce ne fut que parmi les whigs et les latitudinaires que Guillaume et ses successeurs purent trouver des partisans; aussi est-ce à eux seuls qu'ils donnaient les plus hauts offices de l'Kglise. La rupture qui en résulta entre le haut et le bas clergé brisa la puissance de l'Église, et, jusqu'au temps de George, elle fut minée par des querelles intestines. L'irrita-

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tion causée par ces mesures ajouta beaucoup aux difflcultés de Guillaume.

L'amnistie. — L'espril général du Parlement n'était pas la moindre de toutes. Dans les Communes, la majorité se composait de whigs, qui ne pensèrent tout d'abord qu'cà redresser les injustices dont le parti whig avait souffert pendant les deux derniers règnes. On cassa le jugement de lord Russell , ainsi que ceux de Sidney, de Cornish et d'Alice Lisle. Les lords refusèrent de réhabiliter Titus Oates, malgré l'avis des juges, qui déclaraient sa condamnation contraire à la loi; mais Oates reçut cependant sa grâce et une pension. Les whigs ne se contentèrent pas de redresser leurs griefs, mais exigèrent aussi le châtiment de leurs ennemis. Whigs et tories, il est vrai, s'étaient unis contre le despotisme de Jacques et avaient pris part ensemble à la révolution ; aussi Guillaume s'efforça-t-il de prolonger cette union en faisant siéger, les uns à côté des autres, les chefs des deux partis dans son premier ministère. Il nomma le tory Danby lord président, fit du uhig Shrevvsbury un secrétaire d'État, et confia le sceau privé à Halifax, qui formait comme un trait d'union entre ses deux collègues. Mais, sauf dans les moments d'oppression et de commun danger, cette union était impossible. Les whigs demandaient à grands cris le châtiment des tories qui s'étaient joints à Charles et à Jacques dans leurs actes illégaux, et refusèrent de voler le ///// d'amnistie générale que Guillaume leur proposait.

Le Koi était décidé h empêcher que la révolution qui l'avait placé sur le trône coûtât une goutte de sang et fui suivie de proscriptions. La persécution sous toutes ses formes lui était odieuse ; il ne se sentait de sympathies pour aucun des deux partis en présence, et voyait surtout qu'une lutte à l'intérieur du royaume compromettrait le succès de la guerre. Pendant que les soucis de sa nouvelle dignité l'enchaînaient en Angleterre, la ligue dont il était l'tàme se montrait trop lente dans ses mouvements et trop peu unie pour tenir tête aux armées françaises, si promptes, au contraire, et si résolues dans leurs opérations.

Les troupes de Louis XIV s'étaient repliées sur leurs frontières, mais pour se défendre désespérément. Les flotles anglaise et hollandaise, malgré leur jonction, ne purent s'assurer l'empire des mers. La corruption des services publics, la nonchalance et l'incapacité de l'amiral Herbert paralysaient la marine anglaise. Herbert, créé comte de Torrington et nommé commandant de la flotte pour ses services rendus pendant la révolution, laissa, par son indolence, les corsaires français parcourir les mers sans rencontrer aucune opposition. Enfin un combat indécis contre l'escadre française, dans la baie de Bantry, prouva son peu d'expérience. Pendant ce temps, Louis XIV mettait tout en œuvre pour s'emparer de la Manche ; les arsenaux IVançais équipaient navire sur navire, et les galères

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de la Méditerranée étaient amenées à Brest pour renforcer la flotte. Une victoire des Français sur la côte anglaise aurait été le signal de graves complications politiques, car une réaction en lavfeur de Jacques commençait à se produire dans le peuple à la suite de la guerre, du surcroît (riinpôts et de l'expulsion des non jureurs. Ajoutez à cela la panique des tories devant les cris de vengeance des whigs, et surtout la présence de Jacques en Irlande.

Les jacobites, ou partisans de Jacques, commençaient à se rapprocher les uns des autres, et l'on pouvait craindre à chaque instant une insurrection jacobite à l'approche d'une flotte française. Guillaume jugea, avec raison, qu'en cet état de choses, sa cause serait perdue s'il se laissait entraîner à céder aux rancunes des whigs. Il prononça la dissolution du Parlement qui avait repoussé le bill d'amnistie, et en convoqua un nouveau pour mars 1690. Le résultat dos élections prouva qu'il avait bien deviné l'opinion de la majorité. Les bourgs étaient irrités contre les wighs à cause du refus du bill d'amnistie et de leurs efforts pour devenir maîtres des corporations; dans les comtés, tous les pasteurs conduisirent leurs troupeaux au scrutin. pour voter contre les uhigs. Le nouveau Parlement ramena les tories en grande majorité. Guillaume accepta la démission des plus violents parmi les conseillers wighs, et mit Danby à la tête des affaires. Au mois de mai, les Chambres votèrent l'amnistie. Ce brusque revirement avait pour but d'assurer aux factions anglaises une trêve momentanée qui lui permettrait d'écraser l'insurrection irlandaise. Tant que Jacques serait à Dublin, la trahison ne pourrait être vaincue à l'intérieur : le danger était imminent, et chaque moment si précieux que Guillaume ne pouvait se Ger qu'à lui-même pour mener à bien aussi rapidement que possible cette difflcile entreprise.

Bataille de la Boyne (1"-11 juillet 1690). — En automne 1689, le maréchal de Schomberg, un réfugié huguenot qui avait suivi Guillaume en Angleterre, débarqua dans l'Ulster à la tête de quelques troupes ; mais ce débarquement ne fit que surexciter le fanatisme des Irlandais catholiques; ils s'engagèrent en masse dans l'armée de Jacques II, qui se trouva bientôt en mesure de tenir tête au duc, à Drogheda, avec des forces doubles des siennes. Schomberg, dont les troupes n'étaient composées que de recrues très-inexpérimentées avec lesquelles il eût été dangereux de courir le risque d'une bataille, se retrancha à Dundalk , dans un camp où des maladies épidémiques lui enlevèrent la moitié de ses hommes, jusqu'au moment où l'hiver obligea les deux armées à se séparer. Pendant les six mois suivants, Jacques, se trouvant à bout de ressources, fit frapper à son usage de la monnaie de cuivre", et les soldats ne vécurent que de pillage. Guillaume, pendant ce temps, luttait avec énergie, de l'autre côté du détroit, pour arriver à mettre enfin un terme à cette guerre d'Irlande. Schom-

BATAILLE 'DE LA BOYiVE (l*"'-!! JL'ILLET 1690). 2G5

boig reçut dans le courant de l'iiiver des vivres et des munitions, et, au printemps, se vit à la tête d'une trentaine de mille hommes. Louis XIV comprit l'importance de la lutte qui allait s'enga;jer, et envoya à Jacques un renlort de sept mille hommes d'élite, sous les ordres du comte de Lauzun. A peine étaient-ils arrives en Irlande, que Guillaume débarqua lui-même k Carrickferjus et avança rapidement vers le Sud. Kientôt il fut en face de l'armée irlandaise, et prit position derrière la Boyne : -^ Je suis ravi de vous voir, messieurs" ,s'écria-t-ildans un véritable élan de joie, « et si vous m'échappez, ce sera bien ma faute. ii Dès le lendemain matin, 1" juillet (a. s. 11 n.s.) 1690, l'armée anglaise se précipita dans la rivière; à cette vue, l'infanterie irlandaise, saisie d'une panique soudaine, se disperse honteusement; mais la cavalerie résiste avec tant de bravoure que Schomberg tombe en repoussant une de ses attaques, et le centre anglais est tenu pendant quelque temps en échec. L'arrivée de Guillaume à la tête de l'aile gauche décida de la journée. Jacques, qui s'était plus occupé de protéger la retraite que de faire face à Guillaume, abandonne ses troupes pendant qu'elles se replient sur Dublin, et s'embarque à K insale pour la France.

Rien que l'armée jacobite eût été forcée d'abandonner la capitale au vainqueur, elle était toujours acharnée à la lutte. L'incapacité du roi stuart excita le mépris chez ses partisans eux-mêmes : « Changez de roi avec nous" , répliquait un officier irlandais aux Anglais qui le raillaient sur la panique de la Boyne; « changez de roi, et vous verrez si nous ne vous battons pas à notre tour. » Ils furent plus heureux d'ailleurs, dès que Jacques eut quitté l'Irlande. Les Français abandonnèrent avec mépris l'armée en déroute, restée à l'abri derrière les murs de Limerick: «Vous appelez cela des remparts » , disait Lauzun en ricanant; t: les Anglais n'auront pas besoin d'employer le canon, ils pourront les renverser avec des pommes cuites, n Vingt mille hommes restaient à Sarsfield, brave et habile officier, qui avait déjà servi en Angleterre et sur le continent. L'audacieuse surprise d'un convoi de munitions pour l'armée anglaise, l'échec d'un effort désespéré pour prendre Limerick d'assaut, enfin l'approche de l'hiver, obligèrent Guillaume h lever le siège. La tournure que prenait la guerre sur le continent le rappelait en Angleterre, et il laissait lo soin d'achever sa tcàche en Irlande à un homme qui se révélait peu à peu comme un maître dans l'art militaire. Churchill, créé comte de Mariborough, revint de Flandre pour se charger du commandement d'une division qui avait débarqué dans le sud de l'Irlande. Il ne restait que quelques jours avant l'hiver qui allait suspendre les opérations, mais ces quelques jours furent bien employés. Cork, défendue par cinq mille hommes, tut prise en quarante-huit heures, et Kinsale partagea peu après le sort de Cork. L'hiver laissa le Connaught et la plus grande partie du comté de Munster aux mains des Irlandais; les troupes françaises restaient intactes, et l'arrivée

*>6G LA GHAA^DE ALLIAXCE (1089-1634).

d'un nouveau général l'rançais, Saint-Ruth, avec armes et munitions, ^incourageait les insurgés; mais, dès les premiers jours de l'été de 1691, Ginkell, général anglais, en s'emparant d'Athlone, obligea les troupes françaises et irlandaises à lui livrer bataille à Aughrim. Saint-Ruth fut tué et son armée complètement dispersée.

Cette défaite laissa Limerick tout à fait isolé; enfin Sarsfield lui-même se vit contraint de se soumettre à une capitulation (octobre 1091). Deux traités furent conclus entre les généraux anglais et irlandais; par le premier, il était stipulé que les catholiques d'Irlande jouiraient, dans l'exercice de leur culte, de toute la liberté compatible avec les lois; on en reviendrait au régime du temps de Charles II. La couronne promettait de convoquer un parlement le plus tôt possible et de protéger les catholiques romains contre toute persécution pour cause de religion. En outre, une convention militaire permettait aux soldats de Sarsfield de le suivre en France, et les dix mille hommes qui composaient son armée préférèrent s'exiler à vivre dans un pays où tout espoir de liberté nationale était à jamais perdu. Lorsque le cri de désespoir des femmes qui assistaient à leur départ se fut éteint, un silence de mort régna sur l'Irlande. Pendant un siècle entier personne ne bougea, mais c'était le calme du désespoir. La plus terrible tyrannie légale dont jamais pays ait souffert vengea l'insurrection qui avait eu lieu sous Tyrconnell. Les vaincus devinrent, suivant l'amère expression de Swift, les fendeurs de bois et les porteurs d'eau de leurs vainqueurs. Bien que les Anglais eussent toujours à redouter des soulèvements locaux, jusqu'à la veille de la Révolution française l'Irlande cessa d'être une cause de danger politique pour l'Angleterre.

Les complots jacobites. — La guerre d'Irlande, malgré son peu de durée, avait été favorable à Louis XIV, car pendant que Guillaume III combattait à la Boyne, une série de brillants succès relevaient la fortune de la France. En Flandre, le duc de Luxembourg remportait la victoire de Fleurus et le maréchal Catinat battait le duc de Savoie en Italie. Une victoire d'une plus grande importance encore, le dernier avantage que la France devait remporter sur mer, mit un moment en danger le trône même de Guillaume 111. Guillaume n'avait jamais montré plus de sang-froid que lorsqu'il quitta l'Angleterre pour lutter en Irlande contre Jacques II, au moment où les jacobites attendaient avec impatience l'apparition de la flotte française sur les côtes pour lever l'étendard de la révolte. En effet, à peine s'était-il éloigné, que l'amiral français Tourville prenait la mer avec l'ordre formel de livrer bataille. Il rencontra l'escadre anglo-hollandaise à Beachy Head (juillet 1690), et la division hollandaise fut immédiatement engagée. 'Bien qu'accablée par le nombre, elle lutta énergiquemeut dans l'espoir que Herbert lui viendrait en aide; mais l'amiral anglais, soit lâcheté, soit trahison, assista sans bouger à l'écrase-

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