‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 94 sur 205 · LA GRA\DE ALLIANCE · texte numérisé non relu

LA GRA\DE ALLIANCE

LaHougue. — Hussell, quel que fût le but de ses intrigues, n'était pas un Herbert : « Ne croyez pas que je laisse triompher les Français dans nos propres mers " , écrit-il d'avance à ses correspondants jacobites; » si je les rencontre, je les combattrai, quand même leroiJacqucs en personne serait à bord, r liOrsquc les deux flottes se trouvèrent en présence à la hauteur de Barfleur, l'attaque énergique de Russell montra qu'il était fidèle à sa parole. Les cinquante vaisseaux de Tourville ne se trouvèrent pas de force à lutter contre les quatre-vingt-dix navires des alliés, et après cinq heures de combat acharné, les Français se virent obligés de fuir le long des côtes rocheuses du Cotentin. Vingt-deuxdeleursvaisseaux alteignirentSaint- Malo, treize étaient à l'ancre avec Tourville dans les baies de Cherbourg et de Saint-Vaast la Hougue ; mais leurs ennemis les eurent bientôt rejoints, et une attaque hardie des Anglais leur permit de brûler navire après navire sous les yeux mêmes de l'armée française. Toute crainte d'invasion disparut après cette victoire, et le trône de Guillaume se trouva raffermi par la découverte en Angleterre et la répression d'une conspiration jacobite, que l'invasion était destinée à soutenir.

La ruine des espérances jacobites fut le moindre résultat de la victoire de la Hougue; la France cessa dès lors (l'exister comme grande puissance maritime; car bien que la flotle eût bientôt complètement réparé ses pertes, les marins avaient perdu confiance, et Tourville lui-même ne risqua plus une seule bataille rangée. L'espérance commençait ci renaître parmi les membres de la Grande Alliance, le charme était désormais rompu, les Français avaient été vaincus. Namur, il est vrai, se rendit à Louis XIV, et le duc de Luxembourg maintint le renom des armées françaises par sa victoire de Steinkerque sur Guillaume (1G92); mais cette bataille ne fut qu'une inutile boucherie, où les vainqueurs perdirent autant d'hommes que les vaincus. Dès lors, la France se sentit épuisée et découragée par un si gigantesque effort. La misère publique était extrême, a Le. pays » , écrivait ouvertement Fénelon à Louis XIV, « est un immense hôpital, r En 1693, la campagne de Louis dans les Pays-Bas n'eut aucun résultat. Luxembourg ne repoussa qu'avec peine l'attaque de Guillaume -à Neerœinde. Pour la première fois dans sa longue et triomphante carrière, Louis s'humilia et demanda la paix, offrant de faire le sacrifice de ses conquêtes- Cette tentative resta sans effet, mais elle prouva que les ambitieuses visées de la France étaient évanouies, et que l'œuvre de la Grande Alliance était accomplie.

Le premier ministère anglais. — H semble au premier abord que la révolution de 1688 n'avait fait que transporter la souveraineté de l'Angleterre de Jacques à Guillaume et Marie; en fait, elle avait été transportée du Uoi à la Chambre des communes. Dès que le Bill des droits eut établi qu'elle avait seule le droit d'établir des impôts et qu'elle eut résolu

Page 1