CHAPITRE IV
Les premiers bourgs anglais. — Reposons-nous un moment de ces scènes de carnage et de violence pour étudier la vie même du peuple anglais et le paisible développement de ses institutions.
Sous le règne des trois Edouard, se produisirent deux révolutions qui, presque ignorées des historiens anglais, devaient insensiblement changer la physionomie de la société. Nous parlerons plus tard de la première de ces révolutions, de la formation d’une classe nouvelle de fermiers tenanciers, en racontant la grande révolte agraire de Wat Tyler; la seconde, la victoire des artisans sur la vieille bourgeoisie et leur accession aux affaires, est sans contredit l’événement le plus important de la période à laquelle nous sommes arrivés.
Nous avons déjà dit un mot de la formation des bourgs. A l’exception de Londres, toutes les villes anglaises ont eu la même origine : le besoin de mutuelle protection ou les nécessités commerciales avaient aggloméré la population sur certains territoires qui se trouvaient être soumis soit à la domination du Roi, soit à celle de quelque membre du clergé ou de la haute noblesse. De là l’immense différence qui distingue les villes anglaises des cités italiennes et provençales, où les institutions romaines étaient restées vivaces, des villes allemandes fondées par Henri l’Oiseleur
1 Sou R ck s : Pour Phistoirc générale de Londres, voir le Liber Albus (Livre Blanc) ou le Liber Custumarum (Livre des Coutumes) dans les Script. B rit. ver., et les Historical Charters of the citrj of London (188^); pour la révolution communale, le Liber de antiquis legibus (Livre sur les anciennes lois), édité par M. Stapleton pour la Camden Society ; pour Guillaume Longue-Barbe, la Chronique de Guillaume de Newboroug h. Consulter 1* Essai sur l'histoire municipale en Angleterre de j\I. Thompson (1867) pour ce qui concerne les rapports de la ville de Leicester avec ses comtes. Oa trouve aussi nombre de documents dans les Charter Rolls publiés par la Commission des Archives, dans l’ouvrage de Brady sur les Bourgs anglais, enfin dans V History of boroughs and corporations de Stevens et Alcrewether. Les seules études vraiment scientifiques des anciennes institutions municipales, ou plutôt d’un des côtés les plus importants de ces institutions, se trouvent dans l’Essai du I)r Brentano qui sert de préface aux Ordinances of En g lis h Gilds , publiées par Y Early English Text Society , et dans la thèse de M. Gross : Gilda ?nercatoria .