LA RÉVOLTE DES PAYSANS
Le manoir anglais. — La révolution religieuse dont nous venons de parler donna naissance à une révolution plus importante encore et qui devait changer entièrement la face du pays. Le système seigneurial, sur lequel reposait l’organisation même des populations rurales en Angleterre, avait divisé le sol, pour assurer l’ordre public et favoriser la bonne culture des terres, en un certain nombre de grandes propriétés. Le quart du sol environ appartenait directement au seigneur du manoir comme son domaine particulier, tandis que le reste était distribué, à l’époque où nous sommes arrivés, à des tenanciers soumis à certains services obligatoires envers leur maître. Nous n’avons que des renseignements très-rares et incomplets sur les changements graduels par lesquels durent passer les serfs laboureurs des premiers conquérants de l’Angleterre avant de se transformer en francs tenanciers. Le servage, cependant, n’avait pas entièrement disparu, bien que Je nombre des serfs fût peu considérable en comparaison des autres cultivateurs du sol. Ils étaient encore la propriété de leurs maîtres, au sens strict du mot, restaient attachés à la glèbe et payaient en espèces sonnantes le droit de se transporter d’une propriété à l’autre pour travailler à gages ou chercher à faire un petit commerce; le refus de revenir à l’appel du maître entraînait la mise hors la loi et la poursuite du fugitif. Mais cette classe même avait Gni par acquérir des droits positifs; et, bien que nous trouvions des exemples de ventes de serfs
1 Sourcks : History of Prices, par le professeur Thorold Rogers; le Domesday Book de Saint-Paul pour l’année 1392 ( Registrum de visitatione maneriorum per Rober tum decanum. Camden Society), avec une précieuse introduction de l’archidiacre Haie. A consulter aussi pour la condition de l’agriculture et des paysans au moyen âge et en particulier au quatorzième siècle : The english village community, par M. Seebohm, et le beau livre de M. Th. Rogers : Historg of agriculture and prices ; pour la peste noire, les Essais de M. Seebohm dans la Forlnig/itlg Review (1805), et le chapitre viii de Six centuries of work and wages par M. Th. Rogers. Ivnygliton et Yl/alsingham sont les plus complets et les plus importants parmi les chroniqueurs. On peut lire aussi les Ordonnances des travailleurs dans les Rôles du Parlement.