‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 212 sur 255 · ELISABETH · texte numérisé non relu

ELISABETH

L’Écosse (1388-1559). - — La question religieuse était toutefois le moins pressant des soucis d’Elisabeth lorsqu’elle monta sur le trône. Le pays était épuisé par la guerre ; il ne pouvait retrouver la paix et se débarrasser de l’alliance onéreuse de l’Espagne qu’en renonçant définitivement à Calais. Bien qu’Élisabeth se fût résignée à ce sacrifice, la France restait hostile. Marie Stuart et son mari François 11 avaient pris les armes et le litre de roi et de reine d’Angleterre, et la présence permanente d’une armée française en Ecosse donnait à leurs prétentions un caractère menaçant. Pour bien comprendre la situation respective des deux pays, passons rapidement en revue l’histoire d’Ecosse pendant les deux derniers siècles> c’est-à-dire depuis que l’Angleterre avait renoncé au vain espoir de la soumettre. Bien n’était plus triste que la situation de ce pays, fatalement enchaîné à la France par la crainte perpétuelle de voir se renouveler les agressions de l’Angleterre. Entraînés par suite de l’alliance française dans le tourbillon de la guerre de Cent ans, les Ecossais essuyèrent de plus une sanglante défaite à Neville’s Cross (1388), où leur roi David Bruce tomba aux mains des Anglais -, dès lors ce ne fut qu’ineursions et pillages de voisin à voisin, et des batailles sans importance entre les seigneurs des marches écossaises et anglaises, telles que celles d’Olterburn et de Homildon-Hill (1402). La ballade de Chcvy Chase nous révèle l’ardeur de la lutte, cet esprit d’audace et d’aventure qui faisait tressaillir le cœur de Sidney a comme le son d’un clairon1 » ; mais les résultats de cette lutte furent désastreux pour l’Ecosse, dont le développement intérieur se trouva momentanément arreté. Les maisons de Douglas et de Mardi, devenues toutes-puissantes, ne faisaient trêve à leurs perpétuelles incursions en Angleterre qu’en luttant avec fureur l’une contre l’autre ou contre le souverain lui-même. Le pouvoir royal fut complètement annulé par l’aristocratie féodale sous les premiers rois de la famille Stuart qui était montée sur le trône par l’extinction de Ja descendance male de Robert Bruce. Ces perpétuelles invasions et ce s guerres civiles non-seulement empêchaient le pays de prospérer, mais faillirent même le faire retomber dans la barbarie ; partout régnaient, le désordre et l’anarchie, le paysan et le commerçant étaient en butte aux violences de la noblesse féodale, surtout sur les frontières d’Ecosse, où régnaient sans frein le brigandage et la force brutale. En royaume déchiré ainsi par les factions semblait devoir être la proie du premier ennemi venu; aussi les clans des Hautes-Terres se réunirent-ils pour fondre sur l’Ecosse : le sentiment du danger commun mit trêve pour un temps aux querelles des grands seigneurs, et la victoire de Harlaw sauva les Basses-Terres de la domination des Celtes (1411).

1 Plus exactement <i plus que le son du clairon » , allusion à un passage de la Défense de la poésie de sir Philippe Sidney, où il parie avec enthousiasme de cette belle ballade de Chevy Chase' ou Cheviot Chase de Richard. Shealc, retouchée par une main inconnue au commencement du règne de Jacquesler.

Un grand roi succéda enfin à une suite de souverains incapables. Mûri avant U âge par une longue captivité en Angleterre, Jacques Ier retourna dans son royaume (1424), et devint le meilleur de ses législateurs comme il était déjà le premier de ses poêles. Dans les douze années de son. règne trop court, il déploya une activité merveilleuse, rétablit pour un temps l’ordre et la justice, organisa son parlement sur le modèle de celui d’Angleterre; enfin les clans des Hautes-Terres attaqués dans leurs retraites furent contraints de se soumettre au a roi saxon » . Jacques 1er voulut ensuite se retourner contre les grandes maisons féodales ; mais elles étaient encore trop puissantes pour que la loi pût les dompter. Quelques misérables firent irruption dans la chambre du ltoi et le laissèrent inanimé, percé de seize coups de poignard (1436). Cette mort fut le signal d’une lutte ouverte entre les Douglas et les Stuart, qui dura un demisiècle.

L’ordre se rétablit peu à peu, l’exil des Douglas laissa les rois d’Ecosse maîtres des Basses-Terres, et leur domination dans le Nord se trouva assurée par la ruine des lords des Iles. La lutte contre l’Angleterre cessa à l’avéncrnent des Tudor par le mariage de Jacques IV avec Marguerite, fille de Henri VII. Cette entente lut cependant troublée par les prétentions de Henri VIII à la suprématie sur l’Ecosse et par les intrigues de Wolsey. La guerre éclata de nouveau (1513), et la terrible défaite de Jacques IV à Flodden, où il fut tué, plongea l’Ecosse pour la troisième fois dans les désordres et les troubles d’une minorité.

A peine Jacques V avait-il atteint sa majorité que Somerset, le Protecteur, profita de l’entente du jeune roi avec les catholiques anglais pour rouvrir les hostilités. Complètement défait à Sohvay Moss (1542), Jacques V mourut de chagrin. Comme on lui apportait sur son lit de mort la nouvelle de la naissance de Marie Stuart : a Par fille 1 la couronne nous .est venue « , dit-il, a et par fille elle s’en ira. ^

Dès lors l’Angleterre et la France se disputèrent la main de la petite princesse ; si Marie Stuart avait été mariée à Edouard VI, comme le voulait Somerset, quel changement dans lès destinées de l’Europe, par suite de l’union des deux royaumes ! Mais la récente défaite avait mortellement irrité les Ecossais, et la manière impérieuse dont les hommes d’Etat anglais voulaient imposer leur projet de mariage acheva de les aliéner. L’invasion de l’Ecosse par Somerset et sa victoire à Pinkie Cleugli décida les États d’Écosse, sur la demande de la régente Marie de Guise, veuve de Jacques V, à unir la petite reine avec l’héritier du trône de France, le dauphin François. Dès lors les prétentions de la reine d’Ecosse

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1 Robert II, premier roi de la ligue des Stuart, était issu de Marjorie Bruce, Hile du libérateur de l’Ecosse, et de Walter Lord Iligli Steward, c est-a-dirc Lord Grand Chambellan ; de là le nom patronymique de Stewart, Stuart.

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au trône d’Angleterre devinrent si menaçantes pour Marie Tudor, qu’elles contribuèrent à hâter la conclusion de son mariage avec Philippe d’Espagne ; le danger s’accrut encore à P avènement d’Elisabeth, dont aucun catholique ne reconnaissait la légitimité, surtout lorsque l’attitude de la nouvelle reine dans les luttes religieuses sembla devoir jeter les papistes anglais dans les bras de sa rivale.

Élisabeth et l’Écosse (1560). — Bien que la paix eût été signée entre la France et l’Angleterre, François et Marie continuaient à faire valoir leurs prétentions; Leith était occupée par des troupes françaises qui se grossirent peu à peu grâce à la connivence (le Marie de Guise. On espérait ainsi provoquer un soulèvement des catholiques anglais. Mais la crainte de la France liait encore Philippe II à Elisabeth, et cette alliance maintenait les catholiques dans le devoir. D’ailleurs, la Reine les entretenait dans l’espoir d’un retour à l’ancien culte eu parlant de conversion au catholicisme, en introduisant le crucifix dans sa chapelle, et en faisant croire à un projet de mariage entre elle et un prince catholique et autrichien. Pendant ce temps, elle parait le coup qu’on voulait lui porter •en Ecosse eu encourageant les Lords de la Congrégation , c’est-à-dire les seigneurs protestants, à se soulever contre la régente. Élisabeth gagna ainsi un an en négociations, et elle employa cette année avec une infatigable activité à parer au plus pressé. L’ordre fut rétabli dans toute l’étendue du royaume ; on paya les dettes de la couronne, le Trésor se remplit de nouveau, enfin la Reine créa une flotte, et elle avait des troupes prêtes à marcher vers le IVord, lorsque la défaite de ses alliés d’Ecosse. la força à jeter le masque. Elle était seule, d’ailleurs, à croire au triomphe de sa cause. L’Espagne, son alliée, la regardait comme battue à l’avance; la France ne témoignait qu’une indifférence pleine de mépris pour ses préparatifs ; son propre conseil enfin était au désespoir; Cecil lui-même, le plus jeune, le plus audacieux de ses ministres, le seul en qui elle eût réellement confiance, tremblait que la fortune ne lui fût contraire. Mais maintenant qu’il ne s’agissait plus de mentir et d’hésiter, la Reine montra brillamment son énergie et sa ténacité.

Wyn 1er, amiral anglais, parut tout à coup sur le Forth, et obligea le commandant français, d’Oysel, à battre en retraite sur Leith au moment où il allait anéantir les Lords de la Congrégation. Cette attaque si inattendue surprit les Français, qui n’étaient pas en mesure d’y faire face et entrèrent en négociation ; mais Élisabeth refusa de s’arranger avec eux s’ils ne retiraient pas leurs troupes d’Ecosse et si Marie Stuart n’abandonnait pus ses prétentions à la couronne d’Angleterre. Sur le refus de la France, lord Grey s’avança à la tête de huit mille hommes jusqu’aux frontières pour soutenir les Lords de la Congrégation qui faisaient le siège de Leith. Les Ecossais restaient indifférents; Philippe, jaloux des succès

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