‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 211 sur 255 · L’ARCHEVEQUE PARKER. SES REFORMES · texte numérisé non relu

L’ARCHEVEQUE PARKER. SES REFORMES

tels avaient été détruits. L’irréligion faisait naturellement de grands progrès parmi le peuple, qui n’allait à l’église que pour s’amuser, « comme aux jeux du mois de mai » .

Aux difficultés sans nombre que lui suscitaient les réformés et leurs adversaires, s’ajoutaient, pour Parker, les ennuis causés par les frasques de la Reine. Sans convictions religieuses, mais non sans opinions personnelles, Élisabeth ne pouvait s’habituer à la froideur du culte protestant, et surtout aux mariages des prêtres : « Taisez-vous , criait-elle un jour de la tribune royale au doyen Noivell, qui dénonçait publiquement .l’adoration des images; * à votre texte, maître doyen, à votre texte! » Parker cependant n’hésita pas à s’opposer énergiquement à l’introduction du crucifix dans les églises et au rétablissement du célibat des prêtres. Élisabeth se vengea en insultant sa femme. A cette époque, toutes les dames de qualité s’appelaient madame, toutes les demoiselles mistress ; un jour que madame Parker, après une magnifique réception au palais épiscopal de Lambeth, s’approchait pour prendre congé de la Reine, Élisabeth feignit d’hésiter un moment : a Je ne puis vous appeler madame, et cela me déplaît de vous dire mistress; néanmoins je vous remercie de votre bon accueil. »

Ces boutades n’avaient heureusement aucune influence réelle sur la politique de la Reine et ne l’empêchaient pas de soutenir énergiquement le primat dans son œuvre de réforme et de pacification. Des hommes distingués et instruits occupèrent dès lors presque tous les sièges demeurés vacants ; on mit un terme aux spoliations de l’Église par la noblesse, et l’Angleterre se pacifiait peu à peu, lorsqu’un bref de la cour de Rome interdit aux catholiques d’assister aux cérémonies du nouveau culte ( 1 561). On obéit, mais Élisabeth regarda l’obéissance à cet ordre comme un défi jeté à sa puissance. Aussi remplit-elle les coffres du Trésor royal en imposant des amendes considérables [fines for recusancij) à ceux qui refusaient d’assister au service divin.

Pendant ce temps, Parker travaillait à établir l’unité de culte et de foi parmi le clergé. Sur les quarante-deux articles d’Edouard VI, il en rétablit trente-neuf comme règles de foi (1566), et une commission se réunit à Lambeth, par ordre de la Reine, sous la présidence du primat, afin de faire rigoureusement exécuter 1 ' Acte d* uniformité , dans tous les détails du culte public. A ce moment critique (156 4), les protestants les plus ar- . dents prirent peur; certains marguilliers à Londres refusèrent de fournir des surplis, et l’on sévit obligé de suspendre momentanément quelques-uns des pasteurs les plus récalcitrants. La résistance fut de courte durée, on sentait trop vivement la nécessité de ces réformes; on toléra les prédications calvinistes, et l’ordre et la décence se rétablirent peu à peu dans les formes du culte.

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