RÉVOLTE NATIONALE
mark, Suénon, se préparait à disputer T Angleterre aux Normands; dès que sa flotte parut à l'embouchure de l’Humber, toute la nation se leva comme un seul homme. Edgard l’Æthcling, avec une troupe de nobles exilés qui s’étaient réfugiés en Ecosse, vint se joindre aux Danois. Dans l’ouest les hommes du Devon, du Somerset et du Dorsct s’étaient réunis pour attaquer Exeter et Montacute (1069), et sur la frontière galloise Je soulèvement ne rencontrait de résistance que dans le nouveau château normand de Shrewsbury.
La révolte avait été combinée si habilement que Guillaume fut pris par surprise. Il était à chasser dans sa forêt de Dean, quand il apprit la reddition d’York et le massacre des trois cents Normands qui formaient la garnison. Furieux, il jura « par la splendeur de Dieu » qu’il se vengerait de la Northumbrie. Mais la violence de sa colère ne diminuait en rien sa clairvoyance politique. D’un coup d’œil, il vit que le centre de la résistance était la flotte danoise; et, marchant rapidement vers l’Humber avec une poignée de cavaliers, il tomba sur l’ennemi et le réduisit a l’impuissance et à la fuite. Puis, laissant York de côté, il se retourna vers l’ouest avec les troupes qui s’étaient groupées autour de lui et balaya la frontière galloise jusqu’à Shrewsbury. Exeter avait été délivrée par Guillaume Fitz-Osbern, et le Roi était libre d’aller dans le nord accomplir son œuvre de vengeance. Après avoir été longtemps arrêté par le débordement de l’Aire, il entra dans York et mit toute la contrée jusqu’à la Tees à feu et à sang. Les villes et les villages furent brûlés et saccagés, leurs habitants massacrés ou chassés au delà des frontières d’Ecosse. La côte surtout fut dévastée, afin que pas un abri ne restât où pût venir aborder la flotte danoise. Les moissons, le bétail et même les outils de labourage furent détruits sans merci. La famine qui suivit enleva, dit-on, plus de cent mille victimes. Cinquante ans après le pays était encore désolé, sans culture et inhabité, sur un espace de soixante milles au nord d’York.
A peine Guillaume avait-il accompli cette œuvre de destruction qu’il ramena son armée de la Tees à York et de là à Chester et dans l’ouest. Jamais l’énergie de son caractère ne s’est montrée plus grande que dans cette terrible marche. L’hiver était rigoureux, les routes étaient envahies par les neiges ou défoncées par des torrents. Les provisions manquaient, et l’armée, trempée par la pluie et obligée de tuer les chevaux pour se nourrir, commença à se révolter quand elle reçut l’ordre de marcher a travers la contrée déserte et froide qui séparait York de l’Ouest. Les mercenaires que Guillaume avait amenés d’Anjou et de Bretagne demandèrent à être relevés de leur service ; il leur accorda leur demande avec mépris. A la tête des troupes demeurées fidèles, le Roi se fraya à pied un passage à travers des sentiers inaccessibles aux chevaux, aidant souvent de ses propres mains à déblayer la route. A son arrivée à Chester, la cause des Anglais était perdue. Il resta seul maître du pays conquis, et son premier soin fut de