‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 73 sur 255 · THOMAS DE LONDRES · texte numérisé non relu

THOMAS DE LONDRES

L’Angleterre et l’Église. — Ce furent les efforts de l’Église qui firent sortir l’Angleterre du chaos désordonné où elle était tombée après la mort de Henri. Au commencement du règne d’Etienne, son frère Henri, évêque de Winchester, agissant comme légat du Pape dans le royaume, avait essayé de suppléer à l’absence de toute autorité royale ou nationale en réunissant un synode. Il y affirma le droit moral de l’Église à déclarer, le cas échéant, un souverain indigne du trône.

Le pacte conclu entre le Roi et le peuple avait bien été adopté comme loi constitutionnelle dans la charte de Henri, mais ce furent ces conciles ecclésiastiques qui en firent ressortir la conséquence logique et qui établirent la responsabilité de la couronne dans l’exécution du traité. Ils prononcèrent successivement les dépositions d’Etienne et de Mathilde, plus tard celles d’Edouard et de Richard, et ce furent eux qui, par un acte solennel, changèrent la succession au trône en faveur de Jacques Stuart. Quelque exagérés et illégaux que nous paraissent ces actes, ils exprimaient le droit qu’a toute nation d’avoir un bon gouvernement.

Cependant, Henri de Winchester, à demi moine, à demi soldat, comme on disait, possédait trop peu d’influence religieuse pour avoir jamais un vrai pouvoir spirituel. Ce ne fut qu’à la fin du règne d’Étienne que la nation trouva un guide moral dans Tliéobald, l’archevêque de Canterbury. « C’est à l’Eglise que Henri II doit sa couronne et l’Angleterre sa délivrance » , disait plus tard Thomas avec la conscience d’avoir été le bras droit de Théobakl. Ce Thomas était le fils de Gilbert Becket, le portreevc de Londres. Il habitait une maison dans Chcapside dont l’emplacement est encore indiqué par la chapelle des Merciers. Sa mère Rose était le type de la femme pieuse de son temps. Chaque année, au jour de naissance de son fils, elle le pesait et donnait aux pauvres un poids égal d’argent, d’habits et de provisions.

Thomas de Londres. — Thomas grandit au milieu des barons et des clercs normands qui fréquentaient la maison de son père. L’énergie native de son caractère était tempérée par la culture normande. 11 passa de l’Ecole de Merton à l’Université de Paris et revint se jeter dans la vie des jeunes nobles de son temps. Grand, beau, les yeux brillants, vif d’esprit et prompt à la parole, nature ferme et énergique jusque dans ses amusements. Pour sauver un faucon tombé dans l’eau, il se jeta un jour dans un torrent près d’un moulin et faillit être écrasé par la roue. Son père ayant perdu sa fortune, Thomas alla à la cour de l’archevêque Tliéobald et devient bientôt le confident des plans du primat pour le salut de l’Angleterre. Henri, le fils de Mathilde et de Geoffroy, était, par la mort de son père, devenu maître de la Normandie et de l’Anjou, et, par son mariage avec Éléonore de Poitou, il avait ajouté à ses Etats l’Aquitaine. Thomas, envoyé par Tliéobald, invita Henri à venir en Angleterre, et, à l’arrivée du duc, l’archevêque

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