MORT DE J E A IV
d’un des plus grands patriotes du temps, Guillaume le Maréchal. Dès que le petit roi eut prêté serment à la Grande Charte, à la cérémonie de son couronnement , les barons quittèrent en foule le camp du prince français qu’ils détestaient instinctivement comme étranger et soupçonnaient de mauvaise foi ; ils se joignirent aux partisans de cet enfant royal si faible, si abandonné, et vers lequel ils se sentaient attirés, émus de pitié à la pensée qu’il pourrait avoir à expier les iniquités de son père.
Le comte Maréchal, jiar un coup hardi, décida de l’issue de la lutte : il fond sur une armée anglo-française commandée par le comte du Perche et par Robert Fitz-Walter, qui avaient mis le siège devant Lincoln ; cernés dans les rues étroites de la ville et vigoureusement attaqués par le comte et la garnison, les Français sont mis en complète déroute; le comte du Perche succombe sur le champ de bataille, et Robert Fitz-Walter est fait prisonnier. Mais une défaite plus terrible encore anéantit à jamais les espérances de Louis. Une flotte immense, partie de Dieppe pour venir à son secours, escortée par Eustache le Moine, l’un des plus terribles corsaires de la Manche, fut attaquée en queue par l’audacieux Hubert de Bourg. Les détails de ce combat font admirablement comprendre la stratégie de cette époque. Du pont des vaisseaux anglais, les archers de Philippe d’Aubeny décochaient leurs flèches sur les masses compactes des troupes françaises, d’autres lançaient de la chaux vive à la tête de leurs ennemis, tandis que leurs navires broyaient les flancs des vaisseaux français en y enfonçant leurs proues armées d’éperons. Grâce aux marins des Cinq Ports, la fortune tourna du côté des Anglais, et la flotte d’ Eustache le Moine fut entièrement détruite. Londres fut immédiatement bloquée par le comte Maréchal ; mais la lutte ne pouvait continuer plus longtemps. Par le traité de Lambeth, Louis promit de se retirer, à condition qu’on lui payerait une indemnité ; ses partisans furent réintégrés dans leurs domaines, les prisonniers des deux camps immédiatement relâchés ; Londres et les principales villes du royaume virent enfin leurs libertés définitivement confirmées. Ces conditions si modérées montrent la noblesse et la grandeur de caractère du régent ; l’expulsion de l’étranger laissait l’Angleterre heureuse et paisible sous la domination bienfaisante d’un homme d’Etat qui aimait la Grande Charte comme sa propre œuvre.
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