OXFORD
Universités où 1 on trouvait une si admirable réunion de professeurs. Au milieu de ce monde où dominait encore la force brutale, une force nouvelle était née. On vit des professeurs pauvres et même de basse extraction, salués du nom de maîtres par les auditeurs qui se pressaient dans les cloîtres, pour suivre leur enseignement. Abélard, en France, méritait d’attirer sur sa tête les menaces des conciles et les foudres de l’Église. Il suffisait en Angleterre « que le Roi apprit par hasard qu’un Lombard donnait des leçons à l’Université », pour qu’il fermât le collège où il enseignait. Lorsque Vacarius, probablement pendant son séjour chez l’archevêque Théobald, où Becket et Salisbury étudiaient le droit, ouvrit un cours de droit romain, il fut immédiatement réduit au silence par le roi Etienne, alors en lutte avec l’Église et jaloux de l’influence croissante du clergé au milieu de l’anarchie et de la ruine du pouvoir royal.
Oxford. — A l’époque de la visite de Vacarius, Oxford était déjà une des principales villes du royaume. C’était une agglomération de maisons au-dessus desquelles on voyait s’élever l’église de Saint-Martin et qu’entourait un formidable mur d’enceinte. Elle était bâtie en amont du confluent de la Clierwell et de la Tamise. A l’est et à l’ouest, le terrain descendait en pente douce des deux côtés du fleuve, puis s’abaissant brusquement vers le sud, conduisait à travers des prairies marécageuses jusqu’au pont de la ville : tout autour on n’apercevait que d’immenses plaines boisées complètement incultes; la Tamise est bordée, dans cette partie de son cours, par les landes de Cowley et de Bullingdon , tandis qu’à l’horizon l’on aperçoit au sud et à l’est les grandes forêts de Shotover et de lîaglej . Oxford était fortifiée par d’épaisses murailles et par les deux énormes tours de sa forteresse normande qui commandaient la vallée de la Tamise, l’une des principales artères du commerce anglais ; mais c’était là sa moindre protection : elle était surtout protégée par les marécages qui bordent la Clierwell, et par ce réseau inextricable de petits cours d’eau que forme l’Isis en allant se perdre dans les prairies d’Osney. C’est là que s’élevait autrefois l’abbaye des chanoines augustins, ainsi que le prieuré de Saint-Frideswide, qui donnait à la ville une certaine importance ecclésiastique.
Elle joua aussi un rôle politique, car son château était la résidence d’un comte. Les rois y firent de fréquents séjours, et plusieurs Parlements y furent tenus dans des circonstances importantes. Une des plus riches colonies juives de l’Angleterre était alors entièrement établie au centre même de la ville. La présence de cette colonie est une preuve de l’activité commerciale d’Oxford. Les habitants se vantaient d’être aussi libres que les bourgeois de Londres, dont l’alliance et l’amitié assuraient à la ville universitaire une influence presque égale à celle de la capitale sur les destinées de l’Angleterre. Aucune autre cité n’offre un exemple aussi frap-
LES UNIVERSITÉS
pant des changements survenus dans le pays après la conquête, pendant la domination des rois normands. On y voit naître l’industrie, le commerce se développer tout à coup et la richesse s’accroître rapidement.
A l’ouest de la ville s’élevait un des plus imposants châteaux forts de l’Angletere, et plus loin au-dessous, au milieu des prairies, se trouvait l’abbaye d’Osney, presque aussi imposante. Le dernier des rois normands avait fait construire au nord le palais de Beaumont; et, tandis que les chanoines de Saint-Frideswide bâtissaient l’église qui sert encore de cathédrale diocésaine, les châtelains normands réparaient, dans un clan de piété, toutes les églises paroissiales et fondaient, dans l’enceinte même de leur forteresse, l’église des chanoines de Saint-Georges.
Quelles furent les raisons qui firent d’Oxford un centre où affluaient élèves et professeurs? On l’ignore absolument; il est vraisemblable que là comme ailleurs, les nouveaux maîtres ne firent que renouveler d’anciennes institutions, et que des écoles existant déjà dans les cloîtres d’Osney et de Saint-Frideswide avaient pris un très-rapide développement sous l’influence bienfaisante de Vacarius. Mais la réputation d’Oxford pâlissait encore devant l’éclatante célébrité de Paris, où l’on trouvait des Anglais en grand nombre parmi les auditeurs de Guillaume de Champeaux et d’Abélard ; car l’Angleterre faisait partie des « nations « de l’Université. Jean de Salisbury \ devint fameux comme professeur, et Bccket, au sortir de Merton, n’eut rien de plus pressé que de se rendre à Paris.
Sous le règne pacifique de Henri II, Oxford vit croître peu à peu sa renommée et le nombre de ses élèves. Quarante ans après la visite de Vacarius, sa réputation, comme Université, n’était plus à faire. Giraud de Barri prétend qu’à l’époque où il fit devant ses élèves la lecture de son amusante Topographie d’Irlande, les membres les plus illustres et les plus savants du clergé anglais se trouvaient réunis à l’Université. Au commencement du treizième siècle, Oxford était sans rivale en Angleterre, et pouvait lutter avec les plus grandes Universités de l’Europe occidentale.
Pour avoir une idée nette et précise de l’Oxford du moyen âge, il faut oublier la ville moderne avec ses collèges aux façades élégantes, ses magnifiques promenades plantées d’ormes centenaires qu’admire l’étranger qui arpente High Street pour la première fois, ou contemple Oxford du haut des galeries de Sainte-Marie; il faut nous transporter parla pensée dans la ville du moyen âge, aux ruelles étroites et sales, pleines d’étudiants entassés dans de misérables garnis, et serrés autour de professeurs aussi pauvres qu’eux, sous les porches des maisons et des églises ; ce n’était entre eux que buveries et querelles; on les voyait jouer aux dés et même mendier aux coins des rues. Le chancelier s’efforcait en vain de s’entendre avec les autorités municipales pour calmer l’effervescence de cette jeunesse emportée et batailleuse ; que pouvaient-ils faire contre les serviteurs des jeunes nobles qui vidaient dans la rue, l’épée à la main, les