CHAPITRE VIII
La Grande Alliance. — La maladresse commise par Louis XIV en choisissant l’Allemagne comme point d’attaque au lieu de la Hollande, fut bien atténuée par ses brillants succès au début de la guerre. Toute la rive gauche du Rhin tomba bientôt entre ses mains ; ses armées étaient maîtresses du Palatinat et pénétrèrent jusqu’en Wurtemberg. Il se croyait assuré du succès quand l’arrivée de Jacques à Saint-Germain vint renverser tous ses projets. Il fut immédiatement obligé de se mettre sur la défensive, et les épouvantables ravages qui marquèrent sa retraite sur le Rhin révélèrent la profondeur de la blessure faite à son orgueil. Le Palatinat fut changé en un véritable désert; le palais imposant de l’Electeur à Heidelberg, les tombes vénérées des empereurs à Spire, ainsi que les villes commerçantes et les buttes des vignerons, tout fut également détruit de fond en comble. De pareils excès ne pouvaient que faciliter la tâche de son redoutable rival. En acceptant le trône d’Angleterre, le stathouder Guillaume avait uni les deux grandes puissances protestantes dont les flottes dominaient les mers, et sa diplomatie avait su rapprocher les uns des autres tous les Etats allemands, un an auparavant, parle traité d’Augsbourg. Mais il y avait encore loin de ces accords à une coalition européenne contre la France; les deux branches de la maison d'Autriche, en Espagne et en Autriche, hésitaient à s'allier à des princes protestants contre un roi catholique; l’Angleterre ne se souciait pas de faire la guerre à la France au profit des libertés du continent. Toute hésitation disparut, dès que la réception de Jacques à Saint-Germain en qualité de roi d’Angleterre vint justifier la déclaration de guerre de l’Angleterre; la Hollande suivit, et les deux pays s’entendirent pour lutter énergiquement contre la France. L'adhésion de la cour de Vienne et de l’Espagne compléta enfin, en 1689, cette Grande Alliance dont Guillaume III était l'inspirateur. La Savoie entra aussi dans la coalition, et la France se trouva ainsi entourée de
1 Sou?'ces : Comme précédemment.
toutes parts, excepté du côté de la Suisse, par un cercle d’ennemis; les royaumes Scandinaves restèrent à l’écart, mais dans une sorte de neutralité hostile à l’égard de la France.
Louis XIV n’avait plus pour alliée que la Turquie; mais grâce à son énergie et à la rapidité merveilleuse de ses mouvements, que facilitait la centralisation extrême du pouvoir en France, les chances restèrent à peu près égales des deux côtés. L’Empire était lent à se mettre en campagne, l’Autriche sans cesse inquiétée par les Turcs, et l’Espagne réduite à l’impuissance; la Hollande et l’Angleterre seules mirent tout leur cœur dans la lutte, et encore cette dernière n’était-elle pas en état de contribuer largement à la guerre. Une brigade anglaise, formée des régiments levés par Jacques, ayant rejoint l’armée hollandaise sur la Sambre, se distingua, il est vrai, dans une escarmouche près de Walcourt, sous les ordres de Churchill, (fui avait été récompensé de sa trahison par le titre de duc de Mariborough. Mais Guillaume avait encore à faire en Angleterre même.
Guillaume et l’Écosse. — A la révolution de 1G88, personne n’avait tiré l’épée en faveur de Jacques II, mais la chute de son gouvernement fut plus rapide et plus éclatante encore en Ecosse , au moins dans les liasses Terres, où le despotisme s’était fait sentir plus lourdement que partout ailleurs. A peine Jacques II avait-il rappelé ses troupes dans le Sud pour combattre l’invasion de Guillaume, qu’ Edimbourg leva l’étendard de la révolte. Les paysans de l’Ouest prirent les armes, et le clergé épiscopal, qui avait été l’instrument de la tyrannie des Stuarts depuis la restauration, fut hué par la populace et chassé de tous ses presbytères. La nouvelle de ces désordres obligea Guillaume à intervenir, quoiqu’il n’eût pas encore l’ombre d’une autorité légale en Ecosse ; sur l’avis des lords écossais présents à Londres, il prit sur lui de convoquer une Convention dans le genre de celle d’Angleterre, et de ne tenir aucun compte des lois qui excluaient les presbytériens du Parlement d’Ecosse. Cette Convention proclama la déchéance de Jacques II comme tyran, et offrit la couronne à Guillaume et Marie. Cette offre était accompagnée d’une Revendication , dans le genre de la Déclaration des droits déjà acceptée en Angleterre; elle se terminait par la demande de l’abolition de l’épiscopat. Guillaume accepta la couronne et la revendication; l’arrivée des régiments écossais, que le prince d’Orange ramenait de Hollande, affermit encore le gouvernement.
Sa force devait bientôt être mise aune rude épreuve. John Graliam, de Claverhouse, dont les cruautés contre les covenantaires des comtés de l’Ouest avaient été récompensées par le titre de vicomte Dundee, quitta Edimbourg, se retira avec une poignée d’hommes dans les Hautes Terres, et appela les clans à la révolte. Les liighlanders n’avaient jamais ressenti les effets du mauvais gouvernement des Stuarts; pour eux, la révolution