‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 103 sur 187 · GUILLAUME ET L’ÉCOSSE · texte numérisé non relu

GUILLAUME ET L’ÉCOSSE

ne signifiait qu’une chose, la restauration (le la maison d’Argyle et la restitution des terres qui leur avaient été données à la condamnation du comte. Les Macdonald, les Maclean, les Cameron se tenaient prêts à se joindre à Dundee pour combattre leurs anciens oppresseurs, les Campbell, et le gouvernement qui les soutenait, comme ils s’étaient levés quarante années auparavant, pour se rallier autour de Montrose, dans des circonstances semblables. Ils furent bientôt en armes. Au moment où les troupes écossaises de Guillaume, commandées par le général Mackay, passaient le défilé de Killiecrankie (27 juillet 1689), Dundee les chargea à la tête de trois mille montagnards, les mit en déroute et les refoula jusque dans la vallée. Mais sa mort, à l’heure du triomphe, brisa le lien qui retenait ses soldats ensemble, et en quelques semaines l’armée qui avait jeté la terreur dans les Basses Terres se fondit comme la neige. L’été suivant, Mackay pût construire le fort Guillaume, citadelle placée au centre même de l’insurrection ; la promesse du pardon et l’offre de secours en argent suffirent à amener la soumission de tous les clans.

Sir John Dalrymple, gouverneur de Stair, qui était en même temps chef du pouvoir central en Ecosse , avait espéré que des refus nombreux du serment d’allégeance lui permettraient de faire une guerre d’extermination, et d’affranchir ainsi l’Ecosse de la terreur que lui causaient les highlanders ; il avait même pris d’avance des mesures d’une sévérité excessive : « Vos troupes « , écrivait-il au principal des chefs de l’armée, a devront entièrement dévaster tous le pays de Lochaber, les terres de Locheil, de Keppoch, de Glengarry et de Glencoe. Vos pouvoirs seront aussi étendus que possible, et j’espère que vos troupes n’embarrasseront pas le gouvernement de prisonniers. » Mais son espoir fut déçu par l’empressement des clans à accepter les offres de la couronne ; tous firent leur soumission, à l’exception de Macdonald de Glencoe, qui, par orgueil, ne put se décider à prêter serment que six jours après le délai fixé par la proclamation. Dalrymple saisit avec empressement ce prétexte pour ordonner « l’extirpation de cette race de brigands » . Cet ordre fut soumis à Guillaume, approuvé et sigué par lui. » L’exécution doit être inattendue et secrète » , écrivait le maître de Stair au colonel llamilton qui devait la diriger. Les soldats choisis dans le clan des Campbell, ennemis mortels du clan de Glencoe, logèrent paisiblement pendant une dizaine de jours au milieu des Macdonald jusqu’à ce que tout soupçon sur leur mission eût disparu. Le 13 février 1692, dès l’aube, ils se jetèrent sur leurs hôtes, dont trente furent en peu d’instants étendus morts sur la neige; les autres, à la faveur d’un orage, s’enfuirent dans les montagnes et périrent pour la plupart de froid et de faim. « Je ne regrette qu’une seule chose » , disait le maître de Stair en apprenant la nouvelle, « c’est qu’il en soit échappé un seul. »

Ce massacre, qui devait plus tard exciter tant d’horreur, ne fut guère connu au premier moment que de Dalrymple et de quelques affidés. La pacification des Hautes Terres permit au gouvernement d’Edimbourg de commencer l’œuvre de réorganisation du royaume, en acceptant la Revendication des droits, qui supprimait l’épiscopat. Guillaume avait rétabli en fait l’Eglise presbytérienne, qui choisit pour base de sa foi l’ancienne Confession de Westminster , et un vote du Parlement abolit le patronage des laïques. La Chambre écossaise se montrait opposée à Y Edit de tolérance proposé parle Roi, mais Guillaume fit preuve d’autant de fermeté que le Parlement, et déclara ^ que tant qu’il régnerait, la liberté de conscience serait absolue » . « Nous ne serons jamais de ceux qui prétendent » , ajoutait-il noblement, « que la violence puisse être favorable à la vraie religion, et nous ne voulons pas que notre autorité serve d’instrument aux passions déréglées de n’importe quel parti. *

La révolte irlandaise. — Ce n’était pas en Ecosse, mais en Irlande, que Jacques et Louis XIV espéraient arrêter les progrès de Guillaume 111. Au milieu de son règne, Jacques avait résolu, comme nous l’apprend l’ambassadeur de France, de mettre ses coreligionnaires à l’abri des persécutions d’un successeur protestant, en donnant à l’Irlande une autonomie qui put en faire un lieu de refuge pour ses sujets catholiques. Le gouvernement de l’ile fut enlevé à lord Clarendon et donné aux catholiques. Lord Tyrconnell , le nouveau gouverneur, créé duc, se mit brutalement à l’œuvre. Tous les Anglais furent destitués. Les fonctions de juges, de conseillers privés, de maires et de conseillers municipaux furent réservées aux Irlandais et aux catholiques. Les soldats protestants furent chassés de l’armée. On mit à sa tête des officiers catholiques, et on la porta à 50,000 hommes. En peu de mois la prépondérance des Anglais fut anéantie, la vie et la fortune des colons furent à la merci de ceux qu’ils foulaient aux pieds depuis Cromwell. La fuite du Roi et la fermentation qui s’empara des Irlandais à cette nouvelle répandirent la terreur dans l’ile . On crut à un prochain massacre; quinze cents familles protestantes, établies pour la plupart au sud de l’Irlande, s’enfuirent au delà des mers, tandis que les protestants du Nord se concentraient à Enniskillen et Londonderry, et se mettaient sur la défensive.

La lutte fut cependant encore différée, et pendant deux mois Tyrconnell négocia avec le gouvernement de Guillaume; mais son unique but était de gagner du temps. Il invitait en secret Jacques à revenir en Irlande; à la nouvelle qu’il arrivait avec des officiers, des munitions et des subsides du roi de France, Tyrconnell jeta le masque. Un étendard fut hissé sur le château de Dublin avec ces mots brodés dans ses plis : « Maintenant ou jamais. » C’était le signal attendu par les catholiques. Les Irlandais affolés se ruèrent sur tout ce que leurs maîtres avaient laissé derrière eux, et

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