‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 111 sur 187 · LU NI O N AVEC L'ÉCOSSE · texte numérisé non relu

LU NI O N AVEC L'ÉCOSSE

se trouvait de nouveau libre d’agir à sa guise, lorsqu'il reparut dans les Flandres en 1706. Le maréchal Villeroy, qui commandait les Français, était aussi impatient que Marlborougli de livrer bataille; les deux armées se rencontrèrent le 23 mai, près du village de Ramillies , sur le terrain légèrement accidenté qui forme le point le plus élevé du Brabant. Les troupes françaises s’étaient formées en croissant, leur front était protégé par des marécages. Après une feinte sur l’aile gauche, Marlborough se lança lui-même sur leur droite, à Ramillies, la brisa par une brillante charge qu’il conduisit en personne, puis, se retournant contre le front de l’armée, il mit les Français en pleine déroute et les poursuivit jusque sous les murs de Louvain. En une heure et demie, les Français avaient perdu quinze mille hommes, leurs bagages, leurs fusils; toute la ligne de l’Escaut, Anvers, Bruxelles et Bruges, tombèrent aux mains des vainqueurs. Il suffit de quatre sièges heureux pour achever la délivrance de la Flandre.

L’union avec l’Écosse. — L’année de la bataille de Ramillies est l’année mémorable qui vit l’union définitive de l’Angleterre et de l’Ecosse. Le premier soin de la restauration avait été de détruire l’union antérieure; la première pensée du gouvernement de Guillaume fut de la rétablir. Des jalousies religieuses et commerciales s’opposèrent longtemps à la réalisation de ce projet. Les Ecossais refusaient catégoriquement de supporter une partie delà dette anglaise, et l’Angleterre refusait de céder aucune portion de son monopole commercial dans les colonies. Les anglicans désiraient ardemment le rétablissement de l’épiscoput en Ecosse, et les presbytériens écossais ne voulaient pas entendre parler de tolérance pour les anglicans. En 1703 pourtant, le vote par le Parlement écossais d’une loi organique avertit les hommes d’Etat anglais du danger qu’il y avait à attendre plus longtemps. Les udiigs, qui ne se souciaient que de l’indépendance de leur patrie, s’unirent sur cette question avec les jaeobites, qui n’étaient préoccupés que des intérêts du Prétendant. Les jaeobites firent rayer de cette loi de succession le nom de la princesse Sophie, et les whigs introduisirent un article spécial par lequel aucun souverain d’Angleterre ne pouvait être reconnu roi d’Ecosse, à moins qu’il ne garantît aux Ecossais la liberté religieuse et commerciale.

Malgré la gravité d’une pareille mesure, qui tendait à la reconnaissance du Prétendant en Ecosse après la mort de la reine Anne, ce qui aurait provoqué, sans aucun doute, une guerre entre l’Angleterre et l’Ecosse, la question ne fut résolue que trois ans plus tard, grâce à la sagesse et à la fermeté de lord Somers. 11 repoussa énergiquement la proposition des Écossais de former une sorte d’union fédérative plutôt que législative, ne tint pas compte des jalousies égoïstes des commerçants anglais, et fit passer un Acte d'union qui déclarait que les deux royaumes seraient désormais

MÜRLBOROUGH (1G98-1712).

réunis en un seul, sous le nom de Grande-Bretagne , et que la succession au trône aurait lieu conformément à la loi organique anglaise. On ne toucha ni à l'organisation législative de l'Ecosse, ni à l’Eglise presbytérienne; mais les privilèges commerciaux furent étendus aux deux pays, et un système monétaire uniforme fut adopté. Désormais, le Itoyaume-Uni devait être représenté par un seul Parlement; quarante-huit représentants de l’Ecosse venaient s’ajouter aux cinq cent treize députés anglais à la Chambre des communes, et seize pairs écossais aux cent huit pairs anglais qui formaient déjà la Chambre des lords.

En Ecosse, l’opposition commença par être très-violente et presque universelle. On essaya de calmer les craintes des presbytériens, en votant une Loi des garanties, sorte d’appendice au Traité d'union, qui exigeait de tout souverain, à son avènement, la promesse solennelle de maintenir l’Eglise presbytérienne. Mais aucune garantie ne pouvait satisfaire les patriotes enthousiastes ou les caméroniens fanatiques. Les jacobites sollicitaient l’aide de la France et complotaient en faveur des Stuarts ; les nationalistes parlaient de se séparer de l’assemblée qui avait voté l’union, et de former un Parlement rival. Le bon sens des classes commerçantes et leur fidélité au protestantisme finirent cependant par triompher. Le Parlement écossais donna son adhésion à la nouvelle mesure, et le Traité d'union devint, en 1707, une loi du royaume, que la reine Anne sanctionna par ces nobles paroles : « Je désire et j’espère que mes deux peuples agiront l'un envers l’autre avec tout le respect et la bienveillance possible, pour que Je inonde entier puisse constater qu'ils ont vraiment à cœur de ne plus former qu'une seule nation. »

Les événements ont dépassé ses espérances. Les deux nations que l’Union a rapprochées sont toujours depuis lors demeurées étroitement associées. L’Angleterre n’eut plus désormais à craindre d’être sans cesse attaquée ou trahie, et l'Ecosse vit s’ouvrir devant elle de nouvelles sources de prospérité dont sa population sut merveilleusement profiter. Les fermes du Lothian devinrent des modèles de culture agricole; une ville de pêcheurs, sur la Clyde, se transforma et devint la riche et populeuse Glasgow; enfin les sauvages membres des clans des Hautes Terres, adoucis par la paix et la civilisation, se transformèrent en patres et en fermiers. On aurait pu craindre qu’une pareille transformation n’étouffàt l’esprit national; loin de là, jamais peuple n’a eu de développement plus rapide et plus conscient que l’Ecosse après l’Union. Seule la jalousie, cette jalousie qui avait séparé depuis le temps d’Edouard I er ces deux peuples de même race et de même langue, disparut entièrement. L’Union entre l’Écosse et l’Angleterre a été solide et durable, parce qu’elle fut la réalisation et la reconnaissance légale d’un fait historique.

Marlborough et les whigs. — Après la défaite de Ramillies , les

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