LE RÉVEIL RELIGIEUX
paysans, que 1 abus des lois sur les pauvres réduisait rapidement à la mendicité, étaient abandonnes sans enseignement moral ou religieux d’aucune sorte. « Nous ne vîmes dans la paroisse de Clieddar » , dit plus tard Hannali Alore, ^ qu une seule Bible, et l’on s’en servait pour soutenir un pot de fleurs. » A 1 intérieur des villes, tout allait plus mal encore. La police n était pas organisée, et l’on voyait par moments la populace de Londres ou de Birmingham se soulever, brûler des maisons, ouvrir les prisons, piller et saccager en toute liberté. Les lois impitoyables que la société terrifiée leur opposa ne firent qu’augmenter le nombre et la hardiesse des criminels. Ces lois punissaient de mort l’homme qui coupait un cerisier; on vit pendre en un même jour vingt jeunes voleurs en face de Neivgate ; en même temps, l’introduction du gin donnait une nouvelle impulsion à l’ivrognerie. Dans les rues de Londres, des échoppes de gin invitaient chaque passant à s’enivrer pour un penny ; pour deux pence, on était ivre mort.
Le réveil religieux. — En dépit de ces tristes réalités, le sentiment religieux n’était pas mort en Angleterre. Les classes moyennes avaient conservée intacte la piété des ancêtres, et ce fut dans leur sein que prit naissance le réveil religieux qui éclata à la fin du ministère Walpole et changea en quelques années le ton de toute la société anglaise. L’Eglise reprit vie et retrouva son ancienne activité. La religion pénétra toutes les classes, régénérant les cœurs, les pénétrant de l’amour du bien, et, en même temps, elle purifia la littérature et les mœurs. Une nouvelle philanthropie réforma les prisons, adoucit et améliora les lois pénales, abolit la traite et donna la première impulsion à l’éducation du peuple.
Le réveil commença à Oxford, parmi un petit groupe d’étudiants. Indignés de l’engourdissement religieux, ils s’étaient soumis à des observances sévères, se faisaient remarquer par une dévotion enthousiaste et par une régularité de vie qui leur valut le surnom de a méthodistes » . Lorsqu’en 1738 ce groupe d’étudiants se .transféra à Londres, il attira l’attention publique par la ferveur et même l’extravagance de la piété. On remarqua plus particulièrement trois d’entre eux ; chacun joua un rôle spécial dans l’œuvre générale, qui consistait à prêcher leurs idées morales et religieuses aux populations agglomérées dans les villes, et aux ouvriers des mines et des houillères du Cornouailles et du Nord. IVhitfield, un serviteur de Pembroke College, était le prédicateur du réveil. L’éloquence ;
gouvernait alors la politique anglaise, et l’influence de l’éloquence religieuse devint si grande, que, par peur de 1’ a enthousiasme » , on fit fermer aux nouveaux apôtres les chaires de l’Eglise établie. Ils se virent réduits à prêcher dans les champs. Leur voix fut bientôt entendue dans les coins les plus sauvages et les plus barbares du royaume, sur les landes désertes du Northumberland ou dans les antres de Londres, ou
WILLIAM P ITT (1742-1762).
encore dans les longues galeries où dans ses moments de repos le mineur du Cornouailles entend les sanglots de la mer. La prédication de Whitfield ne ressemblait à rien de ce que T Angleterre avait entendu jusque-là : théâtrale, extravagante, souvent vulgaire, mais désarmant toute critique par sa sincérité intense, par le sérieux de sa foi et par la sympathie vibrante et profonde pour les péchés et les douleurs de l’humanité. Un enthousiaste ordinaire n’aurait « pu comme lui arracher de For à la main fermée d’un Franklin, et exciter l’admiration du dédaigneux Moi *acc Walpole ; ni voir, tandis que du haut d’un talus 1 à Kingswood il prêchait devant vingt mille houilleurs noircis par les mines de Bristol, les larmes couler, et creuser des lignes blanches le long de leurs joues noircies « .
L ? effet produit par Whitfield et scs amis sur ces masses ignorantes et rudes fut immense; il en sortit à la fois du bien et du mal. Leur prédication excita une violente haine parmi leurs opposants. Leurs vies furent souvent en danger ; ils sc virent parfois entourés par une foule hostile qui les plongeait dans l’eau, les attaquait à coups de pierres, les couvrait d’ordures. Mais l’enthousiasme qu’ils provoquèrent fut également passionné. Des femmes étaient prises de convulsions, des hommes forts tombaient à terre, subitement frappés; l’orateur était interrompu par des rires ou des sanglots hystériques : tous ces phénomènes de violente excitation spirituelle, si familiers à notre temps, mais étranges et nouveaux alors, suivaient chacun de leurs sermons. La conviction du péché, la crainte de l’enfer, l’espérance du salut, saisissaient vivement les âmes et prenaient des formes â la fois grotesques et sublimes. Charles Wesley, un élève de Christ-Church, vint apporter la douceur de sa nature à ce mouvement si violent et si soudain. 11 en était le « doux chanteur ». Ses hymnes expriment les ardentes convictions de ses coreligionnaires en termes si purs et si beaux qu’elles en effacent pour ainsi dire les bizarreries. Les sauvages accès d’enthousiasme hystérique se transformèrent en une passion pour le chant religieux, et ce fut le point de départ d’un mouvement musical qui graduellement changea la forme des cérémonies religieuses en Angleterre. -
John Wesley. — Ce fut son frère aîné, John Wesley, qui incarna en lui-même, non pas tel ou tel côté de ce vaste mouvement, mais le mouvement tout entier. Déjà à Oxford, où il avait résidé comme fellow de Lincoln, on le considérait comme le chef d’un groupe de méthodistes; et, plus tard, à son retour d’une mission aventureuse auprès des Indiens de Géorgie, il reprit la direction de la petite société, qui, dans l’intervalle, s’était transportée à Londres. Comme prédicateur, il était presque égal à Whitfield, et son frère seul lui était supérieur comme compositeur (le chants religieux. Mais tandis qu’il réunissait les qualités de tous deux, il