WILLIAM PITT
Révolution, avait perdu toute influencé politique. Les évêques, tous choisis parmi le petit nombre des ecclésiastiques uhigs, voyaient leurs efforts paralysés par les méfiances et souvent la haine de leur clergé, qui tout entier appartenait au parti tory, mais se gardait de toute intervention dans les affaires politiques. La prudence des hommes d’Etat whigs favorisait cette immobilité. Ils évitaient soigneusement tout ce qui aurait pu éveiller les forces endormies de la bigoterie et du fanatisme. Quand les dissidents demandèrent le rappel des lois sur le Test et les corporations, Walpole déclara qu’il craindrait d’exciter les passions religieuses en prenant une telle mesure; il se contenta de publier annuellement une amnistie pour toutes les infractions à ces lois. En même temps il interdisait les assemblées générales du clergé et le privait ainsi de son centre naturel d’agitation et d’opposition. Cette impuissance politique n’était pas compensée parle zèle religieux. La plupart des prélats n’étaient partisans des uhigs qu’en vue de leur avancement. Ils affluaient aux réceptions ministérielles. Un évêque du pays de Galles avoua n’être allé visiter son diocèse qu’une seule fois et avoir sa résidence habituelle près des lacs de Westmoreland. La faculté de donner plusieurs bénéfices à un seul ecclésiastique encourageait le haut clergé à vivre dans le luxe et l'égoïsme sans s’inquiéter des paroissiens, tandis que la masse des prêtres végétaient dans l’indolence et la pauvreté, et ne jouissaient d’aucune considération. Un observateur malveillant, mais pénétrant, flétritle clergé anglais, disant qu’il est le moins vivant de toute l’Europe, « le plus négligent dans son travail, le moins austère dans ses mœurs » . Il y avait aux deux extrémités de la société anglaise un esprit de révolte contre la religion et les églises. « Dans les hautes classes « , dit Montesquieu pendant sa visite en Angleterre, « tout le monde rit quand on parle de religion. « La plupart des hommes d’Etat du temps étaient opposés à toute forme de christianisme et se faisaient remarquer par la grossièreté et l’immoralité de leur vie. Walpole ne diminuait en rien son crédit par ses propos obscènes et ses habitudes d’ivrognerie. Un autre premier ministre, le duc de Grafton, avait l’habitude de se montrer à la comédie avec sa maîtresse à ses côtés. La pureté des mœurs et la fidélité conjugale étaient raillées comme des choses passées de mode, et lord Chesterfield, dans ses lettres à son fils, lui enseigne l’art de la séduction comme faisant partie de toute bonne éducation. A l’autre extrémité de l’échelle sociale se trouvait la masse des pauvres. Leur brutalité et leur ignorance dépassaient toute idée, car, tandis que la population augmentait rapidement et venait s’agglomérer dans les villes et autour des manufactures, aucune mesure n’était prise afin de pourvoir à son éducation et à son développement moral. On n’avait créé aucune paroisse nouvelle. Point d’écoles, sauf les écoles de grammaire fondées par Edouard et Elisabeth, et quelques écoles ambulantes dans le pays de Galles, destinées à enseigner le catéchisme. Les