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bureaux de la Compagnie. Les premiers temps qu’il passa là-bas furent des jours de misère et de désespoir. 11 était pauvre, d’une timidité hautaine qui éloignait tout le monde de lui, fatigué du travail de bureau et hanté par le mal du pays. Deux fois il tenta de se tuer. La seconde fois, voyant qu’il avait encore manqué son coup, il jeta son pistolet, en se disant qu’il était sans doute destiné à de plus grandes choses.
Dupleix. — La guerre et la captivité vinrent changer sa vie. Dès que la guerre de la succession d’Autriche éclata, les Français, se croyant les plus forts, essayèrent d’expulser les Anglais de l’Inde. Labourdonnais, le gouverneur français de l’ile Maurice, vint mettre le siège devant Madras, la rasa et emmena les commis et les commerçants prisonniers à Pondichéry. Clive fut parmi les captifs, mais il réussit à s’échapper sous un déguisement. Retournant alors à Madras, il quitta sa position de commis pour entrer comme enseigne dans les troupes que la Compagnie s’empressait d’organiser. La prise de Madras avait donné une haute opinion des forces françaises, et Dupleix, gouverneur de Pondichéry, conçut l’espérance d’établir un empire français dans l’Inde. Lorsque du temps d’Elisabeth les commerçants anglais apportaient leurs marchandises à Surat, l’Inde tout entière, à l’exception du Midi, était soumise au pouvoir des empereurs mogols de la descendance d’Akbar. Mais après la mort d’Aureng-Zeyb, sous le règne d’Anne, l’empire des Grands Mogols tomba en décadence. Des princes vassaux s’étaient rendus indépendants à Rajpoutanali, elles lieutenants de l’Empereur fondèrent des royaumes séparés à Lucknow et à Haïderabad, au Karnatic et au Bengale. La plaine de l’Indus supérieur était occupée par une race de fanatiques religieux appelés Sikhs. Des envahisseurs persans et afghans traversèrent l’Indus et réussirent à saccager Delhi, la capitale des Mogols. Des bandes de pillards, qu’on appelait Malirattes, et qui, en réalité, étaient des natils longtemps maintenus en esclavage, descendaient des montagnes le long de la -côte occidentale ; ils ravagèrent tout le pays jusqu’à Calcutta et Tanjoré, et fini-' rent par établir des gouvernements indépendants à Pounah et à Gvvalior.
Dupleix profita habilement de tous ces désordres. Il offrit à l’Empereur de lui prêter son appui contre les rebelles et les envahisseurs qui avaient réduit à néant tout son pouvoir. L’Empereur accepta, et ce fut en son nom que Dupleix prit part aux luttes qui éclatèrent au centre et au sud de l’Inde, se rendit maître du gouvernement d’Haïderabad et plaça une de ses créatures sur le trône du -Karnatic. Tricliinopoly ellemême, la seule ville qui eût su résister à ce nabab du Karnatic, était sur le point de se rendre, lorsqu’en 1751, Clive conçut l'audacieux projet de la délivrer. A la tête de quelques centaines d’Anglais et de cipayes, il entra par surprise, pendant un orage, dans Avcot, la capitale du nabab; il s’enferma dans l’immense forteresse de la ville et tint tête cinquante
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jours à (les milliers d’assaillants. Touchés de sa bravoure, les Mahraltes, qui n’avaient pas cru les Anglais capables de se battre, vinrent à leur secours et firent lever le siège. Clive, délivré par eux, montra la même énergie sur le champ de bataille. Malgré l’insuffisance de sa petite armée, avec des recrues qui fuyaient au premier coup de fusil et des cipayes qui se cachaient quand les canons ouvraient le feu, il attaqua et défit à deux reprises les Français et leurs alliés, fit échouer tous les efforts de Dupleix, et rasa la fière colonne que le gouverneur français avait élevée en souvenir de ses premières victoires.
Les colonies américaines. — Clive fut obligé, par la maladie , de retourner en Angleterre et remit à plus tard la continuation de la lutte pour l’empire de l’Inde. Mais tandis que la France s’efforcait de devenir maîtresse dans l’Hindoustan, elle essayait aussi, et avec un succès en apparence plus complet, de s’emparer de la suprématie dans le nouveau monde. Les colonies anglaises d’Amérique, si populeuses pourtant, ne s’étendaient encore, à ce moment-là, que le long des côtes; car si de rares troupes d’explorateurs avaient pénétré dans les Alleghanies, avant la guerre de Sept ans, les tribus indiennes continuaient à errer librement le long des lacs. Ce ne fut qu’après le traité d’ Aix-la-Chapelle, et devant les prétentions de la France, que les colons et les hommes (l’État anglais portèrent leurs regards sur l’intérieur du pays. Solidement établie en Louisiane et au Canada, la France revendiquait comme sien tout le pays situé à l’ouest des Alleghanies, et ses gouverneurs voulurent chasser tous les Anglais, colons ou marchands, des vallées de l’Ohio et du Mississipi, qui étaient encore au pouvoir des Indiens. I)e telles prétentions firent sortir Pelham lui-même de son inaction. Il chassa les colons français de l’Acadie ou Nouvelle-Écosse, et une colonie anglaise fonda l’établissement de Halifax. On forma une compagnie de l’Ohio, qui envoya des agents dans le bassin de cette rivière et au Kentucky ; et des délégués de la Virginie et de la Pensylvanie resserrèrent l’alliance entre ces colonies et les tribus indiennes établies au delà des montagnes.
Les Français n’hésitèrent pas à accepter la lutte, et ce fut en Acadie qu’on en vint aux mains. Un navire de guerre apparut sur le lac Ontario, et Niagara fut fortifié. Douze cents hommes, dirigés sur Érié, délogèrent les quelques colons anglais établis au confluent de l’Ohio et fondèrent, à l’endroit même où fut bâti plus tard Pittsbourg, un fort qui commandait sur toute la vallée, et auquel ils donnèrent le nom de Duquesne. Les Anglais, sous la conduite d’un jeune Virginien, George Washington, attaquèrent le fort; mais leur tentative échoua, et ils furent obligés de se retirer de l’autre côté des montagnes, et de laisser tous les pays de l’Ouest aux mains de la France. Les tribus indiennes établies entre le Canada cl le Mississipi se rattachèrent à la cause française, et ce fut grâce
à leur alliance qu’en 1 755 les Français purent résister à Braddock. Celui-ci, à la tête des forces anglaises et d’une milice américaine, avait attaqué le fort Duquesne; mais il fut tué, et son armée fut mise en complète déroute. Le marquis de Montcalm, qui, en 1756, commandait les Français au Canada, était doué d’un talent d’administrateur tout à fait remarquable. Il poursuivit avec plus de zèle encore que son prédécesseur l’annexion du pays, et il relia les trois principaux forts, Duquesne sur l’Oliio, Niagara sur le Saint-Laurent, et Ticonderoga sur le lac Cliamplain, par une chaîne de petits fortins qui barraient aux Anglais la route de l’Ouest.
Cette défaite fit comprendre à l’Angleterre le danger qu’elle courait; car il était certain que la guerre en Amérique serait suivie d’une guerre en Europe. Les ministres songeaient à une alliance avec la Prusse, comme au seul moyen de tenir la France en échec; mais Frédéric se tenait prudemment sur ses gardes, et les avances de l’Angleterre ne servirent qu’à lui aliéner Marie-Thérèse, qui ne songeait qu’à reprendre la Silésie. Les deux branches de la famille de Bourbon étaient toujours unies par le Pacte de famille, et, dès 1752, la reine de Hongrie, changeant subitement de politique, s’était secrètement alliée avec elles. La jalousie que faisait naître en Russie le pouvoir grandissant de l’Allemagne septentrionale, amena la tsarine Elisabeth à promettre son assistance %à la reine de Hongrie, et, en 1755, il se forma secrètement une ligue entre l’Autriche, la Russie, la France, l’Espagne et la Saxe. Ces négociations furent si habilement conduites qu’elles échappèrent entièrement à Henri Pelham et au duc de Newcastle, qui succéda, en 1754, à son frère Henri Pelham, comme chef du cabinet; mais Pœil perçant de Frédéric de Prusse démêla tout de suite ce qui se passait, et il se prépara à tenir tète aux lignes ennemies qui allaient se déployer contre lui depuis Paris jusqu’à Saint-Pétersbourg.
La guerre de Sept ans. — L’Angleterre courait un danger presque aussi grand. La France entrait en scène avec une vigueur et une audace qui rappelaient le temps de Louis XIV. La faiblesse et la corruption de son gouvernement étaient voilées, pour ainsi dire, par la hardiesse de ses plans, par le talent de ceux qu’elle avait chargés de les accomplir.
En Angleterre, au contraire, tout était vague et indécision. Ce fut seulement à la fin de 1755 qu’un traité fut conclu avec le roi de Prusse. Cette alliance fut le signal de la guerre de Sept ans. Aucune guerre n eut des résultats plus importants dans l’histoire du monde; aucune ne valut à l’Angleterre de plus grands triomphes, et cependant les débuts en furent désastreux. Newcastle était trop faible et trop ignorant pour gouverner seul, mais aussi trop jaloux de son pouvoir pour rechercher 1 aide d’hommes plus capables que lui. Nous pouvons juger comment il s était préparé à la lutte gigantesque qu’il allait entreprendre, par le fait seul
WILLIAM P ITT (1742-1762).
qu’au commencement de 1756 il n’y avait en Angleterre que trois régiments en état de servir.
La France, au contraire, fut prompte dans son attaque. Port-Mahon, dans Pile Minorque, la clef de la Méditerranée, fut assiégée par le duc de Richelieu, et forcée de capituler. Pour comble de honte, une flotte envoyée au secours de Port-Mahon, sous la conduite de l’amiral Byng, battit en retraite devant les Français. En Allemagne, Frédéric s’était emparé de Dresde dès le début des hostilités, et avait forcé l’armée de Saxe à se rendre; il avait aussi, par sa victoire à Prague, en 1757, pris possession de la Bohême ; mais une défaite qu’il essuya à Kolin l'obligea à se retirer dans la Saxe. La même année, le duc de Cumberland, qui, pour défendre le Hanovre, s’était posté sur le Weser avec une armée de cinquante mille hommes, fut repoussé par les Français jusqu’à l’embouchure de l’Elbe, et se vit forcé, par la convention de Closter-Seven, de disperser ses troupes. En Amérique, les choses allaient encore plus mal. L’inaction des généraux anglais contrastait avec le génie et l’activité de Montcalm. Déjà maîtres de l’Ohio par la défaite de Braddock , les Français chassèrent les garnisons anglaises des forts qui défendaient les lacs Ontario et Champlain, et leur empire s’étendit sans interruption de la Louisiane au Saint-Laurent. Un découragement sans exemple dans l’histoire d’Angleterre s’empara des hommes d’Etat les moins impressionnables, et l’impassible Chesterfield lui-même s’écria désespéré : ce C’en est fait, nous ne sommes plus une nation. »
William Pitt. — Cette nation dont Chesterfield désespérait était, en réalité, à la veille d’un de ses plus grands triomphes, et ce fut l’incapacité même du duc de Xevvcastle qui mit en lumière le génie de William Pitt. Pitt était le petit-fils d’un riche gouverneur de Madras; il avait été envoyé au Parlement, en 1734, comme représentant d’un des bourgs pourris dépendants de son père, et il devint aussitôt le chef des jeunes cc patriotes » dans leurs attaques contre Walpole. En le destituant du poste militaire qu’il occupait, Walpole lui permit de se consacrer entièrement à la politique. Sa nature ardente avait été appelée aux affaires par le cabinet de coalition qui fut formé à la chute de Walpole; mais à la mort de Henri Pelliam, la jalousie de Xevvcastle rejeta Pitt dans l’opposition, et il perdit sa place. Le premier revers sur le continent amena la chute de Xevvcastle, et, au mois de novembre 1756, Pitt devint secrétaire d’Etat; mais au bout de quatre mois, il fut obligé de se retirer devant l’hostilité du Roi et de Xevvcastle. En juillet 1757, cependant, il fallut le rappeler au pouvoir, et Xevvcastle, devant l’insuccès de sa propre administration, se décida à s’unir à son rival. Heureusement pour l’Angleterre, ces deux hommes d’Etat étaient faits pour s’entendre. Pitt possédai toutes les capacités qui manquaient à Xeucastle ; il était fait pour prendre