‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 130 sur 187 · LA CONQUÊTE DU CANADA · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE DU CANADA

les manières gauches et les gasconnades du jeune soldat de trente-trois ans, qui avait déjà combattu à Dettingen, à Fontenoy et à Lawfeld, et à qui Ton avait dû en grande partie la prise de Louisbourg. Pitt lui confia le soin de porter le coup décisif. Mais, tout d’abord, sa sagacité parut être en défaut. Aucun effort ne pouvait faire sortir Montcalm des rochers inaccessibles qui, à ce point, bordent la rivière, et pendant six semaines Wolfe vit ses hommes s’user dans l’inaction, et lui-même était accablé parla maladie et le désespoir. II finit cependant par prendre une résolution, et formant une longue ligne de bateaux, il dirigea son armée vers l’ embouchure du fleuve jusqu’au pied des hauteurs d’ Abraham, où se trouvait un passage étroit qui conduisait au sommet. Pas une voix ne troubla le silence de cette nuit, sauf celle de Wolfe lui-même, qui se récitait les strophes de Gray, V Elégie dans un cimetière de campagne, et remarquait en finissant « qu’il aimerait mieux être l’auteur de ce poème que de prendre Québec » . Mais c’était une nature aussi brave que sensible ; il fut le premier à débarquer et à s’engager dans, le chemin étroit où deux hommes ne pouvaient pas passer de front. Ses hommes le suivirent, s’accrochant, pour monter, aux buissons et aux saillies des rochers, et le 12 septembre, dès l’aurore, l’armée se trouvait en bon ordre devant Québec. Montcalm s’empressa d’attaquer, bien que son armée, composée surtout de milices recrutées au hasard, fût très-inférieure en discipline aux Anglais; il fut reçu par un feu roulant. Wolfe chargea à la tête de ses hommes et réussit à rompre les lignes françaises, mais une balle le frappa en pleine poitrine au moment de la victoire. « Ils fuient » , cria l’officier qui prit le mourant dans ses bras, .« j’atteste qu’ils fuient ! » Wolfe rassembla ses forces pour demander qui fuyait. On lui répondit : « Les Français. « « Alors » , murmura-t-il, «je meurs content. « Montcalm aussi fut mortellement atteint dans la lutte ; sa mort permit aux Anglais de compléter leur victoire, et la soumission du Canada, achevée par la prise de Montréal, par Amherst, en 1760, mit fin au rêve d’un empire français en Amérique.

L’INDÉPENDANCE DE L’AMÉRIQUE L (l *761-1 785)

L’histoire et la guerre. — Jamais l’Angleterre n’avait joué dans l’histoire du monde un rôle aussi important. L’année 1759 fut une année de triomphes extraordinaires. En septembre, arrivait la nouvelle de Minden et d’une victoire devant Lagos. En octobre, on apprenait la prise de Québec, et en novembre, la défaite des Français à Quibcron. « Nous sommes obligés » , disait en riant Horace Walpole, « de demander chaque matin quelle victoire il y a, de peur d’en manquer une. » Mais c’est moins le nombre que l’importance de ces triomphes qui donne à cette guerre une si grande portée. Il n’est pas exagéré de dire que trois de ces nombreuses victoires eurent sur les destinées du monde une influence qui se fera sentir pendant des siècles. La victoire de Kosbach ressuscita l’Allemagne, lui rendit la vie politique et intellectuelle, et prépara son union sous la direction île la Prusse et de ses rois. Avec la victoire de Plassey, nousvoyons, pour la première fois depuis Alexandre, l’Europe prendre la haute main en Orient. Comme le disait Burke, une des races du Nord introduira au centre de l’Asie des mœurs nouvelles, de nouvelles doctrines et de

1 Sou RC k s : Lord Stanhope, dans son History of En gland f rom peace of Utrecht, et M. Bancroft , dans son Hislonj of the United States , nous font connaître la guerre d’Amérique avec une égale recherche de justice et de vérité, mais à des points de vue différents. L’histoire de M. Bancroft est beaucoup plus détaillée, beaucoup plus pittoresque; celle de lord Stanhope est plus pondérée et peut-être plus impartiale. Pour l’Angleterre même, nous pouvons ajouter aux ouvrages indiqués dans le dernier chapitre la remarquable Histoire de M. Massey ( History of England from the accession of George ///), les Mémoires de Walpole ( Memoirs oftheearly reign of George III), ceux de Rockingham ; les Papiers de Grenville, la Correspondance de Bedford, celle de George III avec lord Xorth ; les Lettres de Junius et l’ouvrage de lord Russell : Life and Correspondance of C. J. Fox. Les Discours et Pamphlets , de Burke, et surtout ses Thoughts on the causes of the présent discontents , sont indispensables pour l’étude de cette période. L’ Histoire constitutionnelle de sir Erskine May, si complète et si pénétrante dans son impartialité, nous console, autant qu’il est possible, de n’avoir plus, pour cette période, les Commentaires de M. Hallam. Voyez aussi Lecky, History of England in the XUIII th cenlury .

Page 1