LES COLONIES AMÉ HIC AINES
nouvelles institutions. Avec le triomphe du général Wolfe sur les hauteurs d’ Abraham, commence l’histoire des États-Unis. En écartant un ennemi qui tenait en échec les colons de la mère patrie, en rompant la barrière que les Français leur opposaient dans le bassin du Mississipi, Pitt jeta les fondements de la grande République.
Ces victoires eurent pour l’Angleterre même des résultats prodigieux. La guerre de Sept ans décida de son avenir comme de l’avenir du monde. Jusqu’alors la puissance respective des États européens dépendait de leurs possessions dans l’Europe même. Mais après la fin de cette guerre, peu importa à l’Angleterre sa position relative vis-à-vis de ses voisins. Elle n’était plus une puissance purement européenne, une rivale de l’ Allemagne, de la Russie ou de la France. Maîtresse de l’Amérique du Nord, future maîtresse de l’Inde, réclamant l’empire des mers comme son domaine propre, la Grande-Bretagne se trouva tout à coup placée à une incommensurable hauteur au-dessus des nations que leur puissance purement continentale semblait condamner à ne plus jouer qu’un rôle secondaire dans l’histoire du monde.
La guerre à peine terminée, le peuple anglais montra qu’il avait conscience des hautes destinées ouvertes devant lui; il n’eut pas de repos qu’il n’eût pénétré dans les mers les plus reculées; L’Atlantique n’était plus qu’un détroit au milieu de l’empire britannique, mais au delà, vers l’Occident, il y avait des mers où le pavillon anglais était presque inconnu. L’année qui suivit la paix de Paris (1764), deux navires anglais firent un voyage de découverte au détroit de Magellan; trois ans plus tard, le capitaine Wallis toucha les récifs de corail de Tahiti. En 17(5.8 le capitaine Cook traversa le Pacifique d’un bout à l’autre, et partout ou il débarqua, en Nouvelle-Zélande, en Australie, il prit possession du sol pour la couronne d’Angleterre, et ouvrit un monde nouveau à l’expansion de la race anglaise. Les hommes d’Etat anglais sentaient avec une égale vivacité le changement survenu dans laposition du pays. Par la voix de Burke, le Parement britannique affirma son caractère impérial, «parce qu’il surveille, comme du haut du ciel, de nombreuses assemblées législatives de second ordre, les dirige et les contrôle, sans les annihiler » . Le peuple, nourri des idées commerciales de P époque, vit dans le développement immense des colonies, où la mère patrie conservait le monopole du commerce, une source inépuisable de richesses. Les échanges avec l’Amérique étaient à eux seuls en 1772 aussi considérables que ceux que l’Angleterre faisait an commencement du siècle avec le monde entier. Garder et accroître des possessions aussi vastes et aussi lucratives sera désormais le but des hommes d’Etat et la ferme volonté du peuple anglais.
Les colonies américaines. — Depuis le moment où l’émigration puritaine avait ajouté les quatre États de la Nouvelle-Angleterre, Massa-
chussetts, New-Hampshire, Connecticut et Rliode-Island, au Maryland et à la Virginie, le développement des colonies anglaises en Amérique s’était lentement, mais continuellement poursuivi. Des émigrants venaient s’y établir, en petit nombre il est vrai, et deux nouvelles colonies, au sud delà Virginie, reçurent de Charles II le nom de Carolines. La guerre avec la Hollande fit passer à la domination anglaise le district qui s’étend de l’Hudson aux lacs intérieurs (16G4). Charles II s’empressa de placer son frère à la tête de ce district, qui changea alors son nom de Nouvelle- Amsterdam contre celui de New-York. Ce vaste territoire fut bientôt divisé pour former, en dehors de New- York, les colonies de New-Jersey et de üelaware. En 1682, une troupe de quakers suivit William Penn à travers le Delaware jusqu’au centre d’une forêt vierge, et ils formèrent une colonie dont le nom de Pensylvanie rappelle à la fois son fondateur et les bois où elle prit naissance. Ce ne fut que beaucoup plus tard, sous George II, qu’un nouvel établissement fut fondé par le général Oglethorpe sur la Savannah. Il reçut le nom de Géorgie et devait servir de refuge aux débiteurs anglais et aux protestants persécutés de l’Allemagne. Malgré la lenteur de leur développement, ces colonies grandissaient en nombre eten richesse. A l’avénement de George III, les colons formaient une population de près de 1,200,000 blancs et 250,000 nègres; c’était le quart de celle de l’Angleterre, et leurs richesses avaient augmenté dans une proportion plus grande encore. Les colonies du Sud étaient les plus productives. La Virginie était fière de ses plantations de tabac, la Géorgie et les Carolines de leur maïs, de leur riz et de leur indigo. New-York et la Pensylvanie se contentaient de leurs pêcheries, de leur commerce de blé et de bois. Mais les colonies du Nord et celles du Sud ne différaient pas seulement dans leur industrie. Dans les Etats du Sud la prédominance de l’esclavage fait naître un esprit aristocratique et favorise la création de vastes propriétés. Nous voyons même le système anglais des substitutions s’introduire parmi les riches planteurs de la Virginie, et plusieurs des anciennes familles anglaises y étaient représentées, par exemple celle des Fairfax et des Washington.
Dans toute la Nouvelle-Angleterre, au contraire, l’esprit des puritains dominait, et les colons conservaient leur piété, leur intolérance, leur simplicité de vie, leur besoin d’égalité, leurs tendances démocratiques des premiers jours. Par ses principes d’éducation comme par son activité politique, la Nouvelle -Angleterre avait une supériorité incontestable; car l’établissement des puritains avait immédiatement amené la fondation d’un système scolaire qui est la gloire de l’Amérique. « Chaque ville », disait l’acte, « dès que le Seigneur lui aura accordé de se développer assez pour posséder cinquante maisons, en mettra une à part pour enseigner aux enfants a lire et à écrire; et quand la ville possédera cent maisons, elle fondera une école secondaire. »