LE AI I IV I S T ERE R O G K I N G H A AI
rence des actes de navigation, il constituait un changement radical dans les relations de l’Angleterre avec ses colonies. Aussi le reçurent-elles bien différemment. Pour les colons, un pays ne devait être taxé que lorsqu’il était représenté au Parlement, et l’Amérique n’envoyait pas un seul député aux Chambres britanniques. Les assemblées coloniales se réunirent alors ; elles protestèrent toutes, sauf la Pensylvanie, contre toute ingérence du Parlement dans leurs finances intérieures. Le Massachusetts marqua nettement le point de vue auquel il se plaçait. « Les prohibitions commerciales ne sont ni équitables ni justes; mais le droit de s’imposer soi-même est la base des libertés anglaises. Ce droit une fois nié, toute liberté est perdue. « Ce point de vue fut accepté par les assemblées de toutes les colonies, et elles envoyèrent en Angleterre, pour y porter leur protestation, Benjamin Franklin, un simple imprimeur de Philadelphie qui, par ses découvertes scientifiques, s’était fait un nom parmi les savants (1765). Franklin trouva peu de personnes, en Angleterre, disposées à soutenir la cause des colons. Gren ville ne voulait pas changer ses plans, à moins de recevoir l’assurance que les colonies s’uniraient en vue d’une taxation commune, assurance que Franklin ne pouvait lui donner. L’acte du timbre passa dans les deux Chambres aussi facilement que s’il s’était agi de voter un octroi quelconque.
Le ministère Rockingham. — A peine l’acte du timbre était-il voté qu’une injure faite à la Reine douairière, dont le nom fut omis dans une loi de régence, raviva la querelle qui couvait toujours entre le Roi et le ministère. George offrit encore le pouvoir à Pitt. Mais Pitt était pour ainsi dire isolé. Le seul ami qui lui restât, lord Temple, son beau-frère, refusa de l’aider à former un cabinet, et il se sentit trop faible, ainsi abandonné, pour faire aucune nouvelle combinaison avec les whigs. Le Roi n’eut plus d’autre ressource que de se tourner vers le marquis de Rockingham, alors à la tête du gros du. parti; mais la faiblesse du ministère Rockingham, formé en juillet 1765, se montra dans la lenteur qu’il apporta à régler les affaires d’Amérique. Franklin ne voyait pas d’autre issue pour les colonies, une fois l’acte voté, que la soumission; mais les colons ne voulaient pas entendre parler de soumission. Des émeutes éclatèrent dans toute la Nouvelle-Angleterre quand on apprit l’arrivée du papier timbré, et les collecteurs d’impôt effrayés abandonnèrent leurs postes. Les Etats du Nord et ceux du Sud se rapprochèrent dans le danger commun. L’assemblée de Virginie fut la première à refuser formellement au Parlement anglais le droit d’introduire des taxes dans les colonies, et à demander le retrait de la loi. Le Massachusetts non-seulement s’unit aux demandes de la Virginie, mais proposa un congrès de délégués de toutes les assemblées coloniales pour s’entendre en vue d’une action commune. En octobre 1765, ce congrès
répéta la protestation et les demandes de la Virginie. Quand cette nouvelle fut connue en Angleterre, à la fin de Tannée, tous les regards se dirigèrent vers Pitt. Gomme ministre, il avait, longtemps auparavant, rejeté un projet d’impôt sur les colonies. 11 était malade et absent quand l’impôt sur le timbre avait été voté; mais il prit entièrement le parti des Américains et défendit leurs droits constitutionnels. Il glorifia leur résistance, que le Parlement qualifiait de rébellion. « A mon avis 75 , ditil, « ce royaume n’a aucun droit de prélever des taxes dans les colonies... L’Amérique est obstinée! L’Amérique est presque en rébellion ouverte ! Sire, je me réjouis de voir que TAmérique a résisté. Trois millions d’hommes assez morts à tous les sentiments de liberté pour accepter volontairement la servitude, eussent été de dignes instruments pour asservir le reste de vos sujets. «
Abrogation de l’acte du timbre. — Tout le monde désirait que Pitt reprît le ministère; mais les négociations entamées entre lui et les whigs échouèrent. La différence radicale de leur politique et de celle de Pitt leur fut admirablement expliquée par le plus pénétrant penseur en politique de ce temps. Quand Edmond Burke était arrivé à Londres, en 1750, il n’était qu’un aventurier irlandais, pauvre et inconnu. L’étendue de ses connaissances lui gagna dès l’abord l’amitié de Johnson, et sa puissance d’imagination, qui imprimait un caractère original et vivant à ses connaissances, semblait lui promettre une carrière philosophique et littéraire; mais ses goûts le portaient vers la politique. Il devint secrétaire de lord Kockingham, et entra au Parlement sous son patronage, en 1765. Ses discours sur Y acte du timbre et la guerre d’Amérique le rendirent bientôt célèbre. Son extérieur massif de quaker, sa petite perruque, ses lunettes rondes, ses poches toujours pleines de papiers, toute son apparence ne laissaient guère deviner un grand orateur, ni surtout le caractère spécial de son éloquence. Il y avait en lui une ardeur passionnée, une fantaisie poétique., une étonnante richesse de ressources, une facilité inouïe a passer de l’ironie au pathétique, de l’invective à la douceur, des plus brillantes images aux arguments les plus serrés. Son genre d’éloquence était tout nouveau en Angleterre. La clarté d’exposition de IValpoïc, les appels émouvants de Chatham faisaient place à l’expression passionnée d’une véritable philosophie politique. « J’ai plus appris de lui que de tous les livres que j’ai lus! » s’écriait Fox dans un élan de généreuse admiration. Si le raisonnement de Burke avait un caractère philosophique, il n’en résultait aucune froideur de ton ou d’expression ; le fond m ême tic sa nature était poétique. Ses idées, conçues par la raison, étaient façonnées et colorées par la splendeur enflammée de son imagination. Une nation était pour lui une grande société vivante, complexe dans sa structure, et dont les institutions, fruit des âges écoulés, sont si