WATERLOO
le temps à \l ellington d’amener troupes sur troupes jusqu’à ce que Xey, se voyant à la fin de la journée bien inférieur en nombre aux ennemis, se retira du champ de bataille. Chacun des adversaires avait perdu environ cinq mille hommes dans ce combat acharné; cependant, malgré l’importance des pertes de Wellington, la résolution et la fermeté de l’armée anglaise avaient puissament contribué à déjouer la tentative de Napoléon de rompre les lignes des alliés.
La retraite de Blücher laissait les flancs de l’armée anglaise à découvert ; aussi le jour suivant, lorsque les Prussiens se repliaient sur Wavre, \\ ellington, à la tête de près de soixante-dix mille hommes, se retira-t-il en bon ordre du côté de Waterloo, suivi par le gros des troupes françaises commandées par l’Empereur en personne. Napoléon avait détaché le maréchal Grouchy avec trente mille hommes pour harceler l’arrière-garde prussienne, pendant qu’il essayait avec ses quatre-vingt mille hommes d’amener Wellington à lui livrer bataille. Dès le matin du 18 juin, les deux armées se rencontrèrent dans la plaine de Waterloo, à l’entrée de la forêt de Soignies, sur la grande route de Bruxelles. Napoléon avait craint de voir Wellington se retirer devant lui sans combat. « Je les tiens! » s’écria-t-il en voyant les Anglais se ranger en ligne de bataille sur la faible élévation de terrain qui coupe la grande route située entre le château de Hougomont, à droite de la ferme, et le hameau de la Haie-Sainte à gauche. 11 avait de bonnes raisons pour croire au succès. On comptait des deux côtés soixante-dix à quatre-vingt mille hommes; mais les Français étaient supérieurs en artillerie et en cavalerie, et une grande partie des troupes de Wellington consistait en recrues belges qui se débandèrent et s’enfuirent dès le début du combat. Une furieuse attaque contre Hougomont commença la bataille à onze heures du matin ; mais ce n’est qu’à midi que le corps de d’Erlon s’avança vers le centre auprès de la Haie- Sainte, qui dès lors porta tout l’effort de la journée. Jamais on ne vit un pareil héroïsme de part et d’autre, soit dans l’attaque, soit dans la résistance. Les colonnes de Drouet d’Erlon, repoussées par les fantassins anglais, avaient été culbutées par les cavaliers gris d’Ecosse; mais les vainqueurs furent écrasés à leur tour par les cuirassiers français; le gros de la cavalerie française, forte de douze mille hommes, chargea à plusieurs reprises le front des lignes anglaises, emportant des canons, balayant avec la bravoure du désespoir les carrés formidables dont le feu nourri éclaircissait leurs rangs. Les colonnes françaises du centre s’avancèrent avec une bravoure presque égale sur la ferme de la Haie-Sainte, qu elles finirent par arracher à leurs adversaires, et, sous la conduite de Ney, poussèrent une attaque vigoureuse, quoique inutile, contre les troupes massées au delà. Mais à ce moment les chances de la journée tournèrent contre Napoléon. Pour vaincre, il aurait fallu qu’il écrasât l’armée anglaise avant l’arrivée de Blücher, et l’armée anglaise n’était pas écrasée. Malgré les pertes terribles
qu'il avait subies (plusieurs de ses régiments étaient réduits à une poignée d'hommes), Wellington, défendit sa position avec énergie, tandis que les Prussiens, partis de Wavre à travers des forêts, par des chemins pleins d'une houe épaisse, marchaient à son secours, sans s’inquiéter des attaques d’arrière-garde par lesquelles Groucliy espérait les retenir loin du champ de bataille. A quatre heures et demie leur avant-garde sortit du bois, mais le corps principal était encore assez loin; aussi Napoléon défendit-il longtemps sa position jusqu’à ce que leur nombre eût augmenté dans une telle proportion, que l'Empereur se trouva contraint de tenter un effort désespéré contre le front de l’armée anglaise. La garde impériale (sa seule réserve, et qui n’avait pas encore pris part à la bataille) fut alignée à sept heures en deux colonnes d'attaque. La première, commandée par Ney luimême, balaya tout devant elle en gravissant la hauteur derrière la Haie- Sainte, où les lignes anglaises, quoique décimées, tenaient ferme; elle avait à peine atteint le front de l'armée ennemie qu’elle fut reçue par un terrible feu de mousqueterie et se vit obligée de se retirer devant une charge des Anglais. La seconde, forte de trois mille hommes, s’avança avec le même courage sur une pente près de Hougomont pour être repoussée et traitée de la même manière.
Au moment ou elles se retiraient lentement pas à pas, descendant la fatale colline, les Prussiens s’avancèrent au nombre de quarante mille hommes contre la droite de l’armée de Napoléon; leurs canons balayèrent la route de Charleroi, et Wellington choisit ce moment pour mettre toutes ses troupes en mouvement. Dès lors tout était perdu. Seule, la vieille garde restait ferme dans ce désastre de l’armée française, et ce 11e fut qu’à la nuit que les Anglais, épuisés de fatigue, cessèrent de poursuivre les troupes ennemies dispersées qui se sauvaient éperdues du champ de bataille. La cavalerie prussienne continua la poursuite pendant toute la nuit. Une quarantaine de mille Français avec trente canons seulement repassèrent la Sambre. Napoléon lui-même s'enfuit précipitamment à Paris. Sa seconde abdication fut suivie de la triomphante entrée des armées prussienne et anglaise dans la capitale. La guerre se termina par l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène et le rétablissement de Louis XVIII sur le trône des Bourbons.