RE TOU U DE NAPOLÉON
du pays nouvellement conquise. Ces revers des États-Unis donnèrent une nouvelle autorité au parti qui avait etc toujours opposé à la guerre, et dont le mécontentement n'avait fait que croître devant la terrible misère causée parle blocus et la ruine du commerce américain. On commençait à entendre parler de sécession, et le Massachusetts eut même la hardiesse d’envoyer des délégués pour conférer avec des délégués des autres États de la Nouvelle-Angleterre « sur leurs griefs et communs intérêts » .
En 1814 cependant, la guerre fut reprise avec une nouvelle vigueur. Le haut Canada fut envahi de nouveau; mais l’armée américaine, après avoir infligé en juillet une terrible défaite aux forces britanniques à Chippewa, essuya elle-même peu de semaines après un grave échec et se trouva rejetée sur les frontières des Etats-Unis. La chute de Napoléon permit à l'Angleterre de se donner tout entière a cette lutte contre un ennemi qu’elle avait cessé de dédaigner. Le général Ross apparut sur le Potomac avec une armée de quatre mille hommes, s’empara de Washington, dont il brûla entièrement, avant de l’évacuer, tous les monuments publics. Il y a peu d’actes plus honteux que celui-là dans l’histoire d’Angleterre, et il l’est d’autant plus qu’il avait été ordonné parles ministres de George 111. Cette attaque de Washington n’avait été faite que pour frapper de terreur la population des Etats-Unis, et l’issue de la guerre dépendait en réalité des deux expéditions qui devaient pénétrer à la fois dans les États-Unis par le nord et par le sud. Elles échouèrent complètement. Une armée de neuf mille vétérans de la Péninsule qui s’était mise en marche en septembre pour attaquer Plattsburg, sur le lac Champlain, fut obligée de battre en retraite à la suite de la défaite delà flottille anglaise qui l’accompagnait. Le général Packenham parut à*Ia tête d’une seconde armée en décembre à l’embouchure du Mississipi et attaqua la Nouvelle-Orléans, mais il fut repoussé par le général Jackson et perdit la moitié de son effectif. La paix était déjà conclue. La fin de la guerre de France, sans supprimer les causes de la lutte, fit sentir aux Américains le danger de sa prolongation. L’Angleterre avait hâte de conclure la paix, et l'on donna satisfaction aux revendications réciproques des Anglais et des Américains par le traité de 1814.
Retour de Napoléon. — Cette paix venait fort à propos aii moment où l’Angleterre avait besoin de sa liberté d’action pour une nouvelle et dernière lutte avec la France. Par un traité passé avec les alliés, Napoléon fut autorisé à conserver un modeste débris de son magnifique empire, l’ile d’Elbe, sur la côte de Toscane; de là il avait assisté aux querelles qui s’étaient élevées entre les vainqueurs, au congrès de Vienne, dès que l’on s’était mis à discuter la réorganisation de l’Europe. La question la plus grave était soulevée par les prétentions de la Prusse sur la Saxe, et par celles de la Russie sur la Pologne. Leurs réclamations rapprochèrent l’Autriche et l’Angleterre de leur vieille ennemie la France, dont l’ambassadeur
Talleyrand cherchait à faire décider la question par les armes. Une guerre entre les grandes puissances semblait imminente, lorsque Napoléon, quittant l’ile d’Elbe, débarque près de Cannes, le I er mars 1815, traverse les Alpes dauphinoises à la tête d’un millier de soldats de sa garde et se dirige sur Grenoble et' Lyon. Il comptait, à bon droit, sur l’indifférence de la nation pour ses’ nouveaux princes, sur Tardent désir de l’armée de venger ses défaites dans une nouvelle guerre, et par-dessus tout, sur le pouvoir magique de son nom auprès de soldats qu’il avait si souvent conduits à la victoire.
Vingt jours après son débarquement, il entrait aux Tuileries, sans opposition, tandis que Louis XVIII abandonné de tous s’enfuyait à Gand. Les espérances que Napoléon avait fondées sur les divisions des puissances ail iées furent promptement dissipées par l’attitude énergique qu’elles prirent à la nouvelle de son débarquement en France; tous les dissentiments s’apaisèrent en face du danger commun. Files s’engagèrent à fournir un million d’hommes pour la guerre et rappelèrent leurs armées sur le Rhin. Ce fut la seule réponse faite aux propositions de Napoléon. L’Angleterre fournit onze millions de livres sterling (275 millions de francs) pour soutenir ces immenses armées et se hâta de placer des troupes sur la frontière des Pays-Bas. Les meilleurs soldats de l’armée d’Espagne se trouvaient de l’autre coté de l’Atlantique, et sur les huit mille hommes qui se rallièrent autour de Wellington, la moitié seulement étaient Anglais; le reste se composait surtout de recrues inexpérimentées venues de Belgique et de Hanovre. Le plan de Wellington était de se joindre aux cent cinquante mille Prussiens du maréchal Blücher, qui s’avançait vers le cours inférieur du Rhin, et d’entrer en France par Mons et Narnur, tandis que l’Autriche et la Russie marcheraient sur Paris par Belfort et l’Alsace.
Waterloo (18 juin 1815 }. — Mais Napoléon ne voulait pas entendre parler d’une guerre purement défensive. Grâce à des efforts vraiment prodigieux, il avait levé une armée de deux cent cinquante mille hommes, peu de mois après son arrivée à Paris; et au commencement de juin, cent vingt mille Français se concentrèrent sur la Samhre à Cliarleroi, tandis que les troupes de Wellington étaient cantonnées sur l’Escaut, entre Ath et Nivelles, et celles de Blücher sur la Meuse, de Nivelles à Liège. Les deux armées alliées avaient hâte d’opérer leur jonction à Quatre-Bras, mais elle était déjeà impossible. Blücher et ses quatre-vingt mille hommes furent attaqués par Napoléon à Ligny et forcés après une lutte désespérée de se replier sur Wavrc. Le même jour (1(> juin), Ney, à la tète de vingt mille hommes et appuyé par une réserve de nombre égal commandée par d’Erlon, parut devant Quatre-Bras, où vingt mille soldats anglais et belges, à peine, avaient pu se réunir. Les Belges cédèrent devant les charges de la cavalerie française, mais la résistance énergique de l’infanterie donna