LA TYRANNIE
la haine de son père contre les presbytériens; et, dès le commencement de son règne, il avait fait tous ses efforts pour rétablir le système épiscopal. Pour bien comprendre ce qui s’était passé et les relations existantes entre l’Ecosse et le Roi, reprenons l’histoire de ce pays à l’époque où nous l’avons laissée, c’est-à-dire au moment où Marie se réfugia sur le territoire anglais.
Ap rès quelques années d’une administration sage et paisible, le comte de Murray périt assassiné (1570); les protestants restés sans chef, on xdt renaître la faction de la Reine, et la guerre civile éclata de nouveau. Cette réaction catholique fut de courte durée, et l’horreur excitée par le massacre de la Saint-Barthélemy acheva la ruine des partisans de l’Eglise romaine ; Edimbourg, qui tenait encore pour Marie, se rendit à une armée anglaise envoyée par Elisabeth, et le commandant de la place, le chevaleresque Kirkcaldy de Grange, fut pendu, pour crime de haute trahison, sur la place du Marché. La population des Basses-Terres devint fervente calviniste; l’Église protestante d’Ecosse se développa rapidement après la mort de Knox, et devint une véritable puissance qui, à chaque crise politique ou religieuse, jetait de plus profondes racines dans le pays. Au moment de la lutte contre le catholicisme, les évéques s’étaient déclarés pour l’ancienne religion, et la nouvelle foi, méprisée par le haut clergé, répandue en Ecosse par Knox, disciple de Genève, emprunta à Calvin son système ecclésiastique comme elle lui avait déjà emprunté sa théologie. Le presbytérianisme, en se développant sans avoir reçu de sanction légale, unit peu à peu l’Écosse tout entière, grâce à son organisation administrative, à ses synodes, à ses assemblées générales ; en même temps, par les pouvoirs donnés aux anciens laïques dans chaque congrégation, il accordait au peuple une influence, et même une influence prépondérante sur les affaires de l’Église.
Le gouvernement des pasteurs donnait à l’Eglise d’Ecosse l’apparence d’un despotisme ecclésiastique, et cependant aucune Église ne s’est montrée en fait aussi démocratique que celle d’Ecosse. Grâce à l’influence du presbytérianisme, la nation prit conscience de. ses forces, comme le prouvent les profondes modifications que subirent le gouvernement et les mœurs du pays immédiatement après l’établissement définitif de la Réforme en Ecosse. Le pays cessa d’appartenir aux grands seigneurs qui s’en étaient servis comme d’un champ de bataille depuis le temps de Robert Bruce. Après l’exécution du comte de Morton (1581), qui avait mis fin à la guerre civile et gouverné le royaume pendant cinq ou six ans avec autant de fermeté que de sagesse, les principaux membres de l’aristocratie se disputèrent la tutelle du jeune monarque ; mais l’autorité du clergé se fit sentir de jour en jour plus fortement aux nobles et au Roi. Melville, successeur . de Knox, réclamait pour le corps ecclésiastique une entière indépendance vis-à-vis de la Couronne; Jacques VI osait à peine protester, accablé