‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 32 sur 187 · LE L O N G PARLEMENT (1G40-1G · texte numérisé non relu

LE L O N G PARLEMENT (1G40-1G

d’Edimbourg leur ordonnant d’agir, et ils s’intitulaient « Armée du Roi « . Ce décret était fabriqué, mais on y crut en voyant le mépris affiché par Charles pour l’honneur national.

Cette révolte ne semblait au Roi qu’une heureuse diversion qui tenait ses ennemis en échec. «J’espère»’, écrivait-il froidement en apprenant, ces tristes nouvelles, « que ces événements d’Irlande empêcheront de nouvelles folies en Angleterre. » C’était surtout pour lui une occasion de lever une nouvelle armée et de redevenir ainsi maître du Parlement. Les parlementaires, de leur côté, voyaient dans la révolte irlandaisela révélation d’un vaste plan de réaction dont la, retraite de l’armée écossaise, l’apparente réconciliation de Charles avec les presbytériens d’Ecosse, les intrigues d’Edimbourg, la joie des royalistes au retour du Roi à Londres et leur réapparition au Parlement étaient les premiers symptômes. A la tête du nouveau parti, on remarquait lord Falkland, homme de beaucoup d’instruction et de talent, et qui comptait parmi ses amis les esprits les plus libéraux de son temps; cet habile orateur, plein de finesse et de raison, que ses convictions poussaient du côté du Parlement, se laissait entraîner par son caractère impressionnable et prime-sautier, son attachement à l’Eglise alors menacée, son amour de la paix et sa sympathie pour les vaincus, à défendre un roi dont il se méfiait, et à mourir pour une cause qui n’était pas la sienne. Il avait derrière lui des intrigants comme Hyde, de chevaleresques soldats comme sir Edmund Varney, qui disait : « Puisque j’ai mangé le pain du Roi et l’ai servi depuis bientôt trente ans, je ne serai pas assez vil pour me séparer de lui « , ou des hommes effrayés de la marche rapide delà révolution et des dangers qui menaçaient l’épiscopat.

En face de ce Parlement désorganisé et des dangers toujours croissants au dehors, Pym résolut de faire appel à la nation elle-même. Il soumit aux deux Chambres une solennelle remontrance y où étaient énumérés en détail tout ce que le Parlement avait fait, les difficultés qu’il avait surmontées et les nouveaux obstacles qu’il y avait encore à vaincre. Le Parlement, accusé de vouloir l’abolition de l’épiscopat, déclara qu’il désirait seulement abaisser la puissance des évêques; il répudiait en politique les solutions radicales et ne demandait que le respect des lois existantes contre le papisme, des garanties pour la bonne administration de la justice et l’appel au ministère d’hommes ayant la confiance du pays (novembre 1641). Le nouveau parti royaliste lutta avec acharnement, les discussions succédaient aux discussions, les séances se prolongeaient au delà du jour, ce qui ne s’était jamais vu jusque-là.

C’est au milieu de la nuit, et avec onze voix seulement de majorité, que la Remontrance fut définitivement adoptée, après une séance d’une violence inouïe. Quelques membres de la minorité ayant voulu formuler une protestation en forme, ce fut une étincelle qui mit le feu aux pas-

l/arrestation des cinq membres.

sions endormies; a quelques-uns agitaient leurs chapeaux- au-dessus de leurs têtes; d’autres tiraient leurs épées, encore au fourreau, hors du ceinturon et les tenaient à la main par le pommeau, la pointe en bas » . Grâce au sang-froid et au tact de Hampden, on put éviter un conflit.

Le vote de la Remontrance était d’une importance capitale dans la crise actuelle. On le comprit dans les deux partis. « Si elle avait été repoussée r> , dit Cromwell en sortant de la séance, a j’aurais vendu demain tout ce que je possède et j’aurais quitté l’Angleterre pour toujours. » Charles I er écouta la lecture de la Remontrance d’un air ennuyé; mais le pays l’accueillit avec des transports de joie, et Londres jura de vivre et de mourir pour le Parlement. On forma partout des associations pour la défense des Chambres, et lorsque la garde qui leur avait été donnée par lord Essex leur eut été retirée par le Iloi, le peuple se porta en foule à Westminster pour la remplacer.

L’arrestation des cinq membres. — C’était surtout la question ecclésiastique qui avait mis le feu aux poudres. Tout le monde était d’accord sur la nécessité d’une réforme de l’Eglise; car, depuis la chute de Laud, le parti de la haute Église avait été réduit à l’impuissance par la force des événements, et l’un des premiers actes du Parlement avait été de nommer une commission ecclésiastique. Au dedans comme en dehors du Parlement, l’opinion était, en général, favorable à une réduction du pouvoir et des revenus de l’Eglise, sans pour cela apporter de profondes modifications à sa constitution même. Parmi les évêques, les plus haut placés voyaient la nécessité de supprimer les chapitres et les tribunaux des évêques. L’archevêque Uslier avait même conseillé de créer un conseil de pasteurs dans chaque diocèse pour contre-halancer l’autocratie épiscopale. L’évêque Williams de Lincoln présenta un projet de ce genre à la Chambre, mais il ne parut pas satisfaire la majorité des Communes ; Pym et lord Falkland proposèrent plusieurs articles additionnels écartant les membres du clergé de toute fonction civile ou politique et expulsant les évêques de la Chambre des lords. Cette dernière demande était appuyée par une pétition signée de sept cents pasteurs.

La division qui régnait parmi les anglicans donnait une force nouvelle à ceux qui réclamaient l’abolition immédiate de l’épiscopat. Les doctrines de Cartwright s’étaient répandues dans le peuplé, grâce aux persécutions dont ses adhérents avaient été l’objet de la part de Laud, et le presbytérianisme régnait désormais dans presque toute la classe moyenne. Il dominait surtout à Londres et dans les comtés de l’Est, où quelques pasteurs, tels que Calamy et Marshall, avaient formé un comité spécial pour la diffusion de la doctrine. Il était représenté au Parlement par lord lîrooke, lord Mandeville, lord Sayc et Sele. Sir Harry Vane, dans la Chambre des communes, personnifiait le parti extrême des réformés, appelés plus tard

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