AI A R S T O N AI O O R
la superstition, le schisme et l’impiété, de défendre les droits et privilèges du Parlement et les libertés nationales, de punir enfin les méchants et les ennemis de la réforme de l’Eglise et de l’Etat, et d’unir les deux royaumes par une étroite alliance qui se puisse perpétuer de génération en génération. » Le Covenant se terminait par une sorte de confession des péchés et la promesse d’une réforme prochaine. « Nous désirons sincèrement et ardemment?), disait-il, « et nous nous proposons en notre nom et au nom de ceux qui dépendent de nous, comme chefs de l’État et simples particuliers, et tout en remplissant nos devoirs envers Dieu et envers les hommes, de réformer notre vie et d’offrir à nos compatriotes l’exemple d’un changement complet. »
Marston Moor. — La conclusion du Covenant avait été la dernière œuvre de Pym, mais ce n’était qu’une partie du vaste plan conçu par ce grand patriote, et qui fut exécuté par le Comité des Deux Royaumes, chargé après sa mort (décembre 1643) de la conduite de la guerre et des affaires étrangères. Trois armées considérables, comprenant à peu près une cinquantaine de mille hommes, avaient été levées pour la campagne qui allait s’ouvrir. Essex, au centre du royaume, était chargé de surveiller le Roi enfermé dans Oxford, et de le suivre, si, comme on s’y attendait, il s’avancait vers le nord pour attaquer les Ecossais. Waller, à l’ouest, devait tenir en échec le prince Maurice, en Dorsetshire et en Devonsliire ; enfin, les quatorze mille hommes fournis au Parlement par le zèle des comtés de l’Est, et parmi lesquels Cromwell s’était déjà fait un nom comme chef militaire, furent placés sous le commandement de lord Manchester et envoyés en Yorkshire pour soutenir sir Thomas Fairfax et les Ecossais. Charles se trouvait réduit à la défensive. Les troupes irlandaises, dont il s’était assuré le secours en signant une trêve avec les rebelles, essuyèrent deux sanglants échecs dès leur arrivée en Angleterre; ils furent écrasés au sud par Waller, et en Cheshire par sir Thomas Fairfax. Ce dernier s’était trouvé libre, grâce à la marche en avant de Newcastle jusqu’à la frontière, que les Ecossais étaient sur le point de franchir «par un temps de neige et de gelée épouvantable * . Après avoir dispersé les troupes irlandaises, Fairfax remporta une victoire sur les troupes que le marquis avait laissées pour protéger York, et l’obligea à revenir en toute hâte sur ses pas.
Le plan de Pym se réalisait avec une rapidité prodigieuse ; Essex et Waller se réunirent pour bloquer Oxford, tandis que Manchester et Fairfax opéraient leur jonction avec les Ecossais sous les murs d’York (janvier 1644). Le cri de détresse de Newcastle fut entendu, et l’on envoya d’Oxford le prince Rupert pour réunir des troupes sur la frontière galloise. Ce brillant chef de partisans, après avoir fait lever les sièges de Newark et de Lathom-House, et franchi les collines du Lancasliire, pénétra
LA GUERRE CIVILE
dans le Yorkshire, et échappant à Farinée parlementaire, il entra a York sans coup férir.
Le succès de ce hardi fait d'armes l’engagea à tenter plus encore ; il résolut de livrer une bataille décisive ; les deux armées se rencontrèrent à Marston Moor. Une décharge de mousqueterie .amena, à la tombée de la nuit, un engagement qui devint bientôt une véritable mêlée (2 juillet 1644). Une charge de la cavalerie royale rompit les rangs des Ecossais, tandis qu’à l’autre aile, la brigade de Cromwell, dite Côtes de fer, remportait un succès complet sur les soldats de Rupert, a Grâce au Dieu tout-puissant, ils se sont couchés comme du chaume, au vent de nos épées 75 , écrivait le général à la fin de la journée. Il rappela ses hommes, qui voulaient, dans l’enivrement de la victoire, poursuivre l’ennemi, afin de soutenir Manchester dans sa lutte contre l’infanterie royale et de mettre en déroute la cavalerie qui revenait toute haletante de la poursuite des Écossais. Ce fut le moment le plus chaud de la journée. Un jeune puritain, étendu blessé mortellement sur le champ de bataille, dit à Cromwell, qui se penchait sur lui, qu’il y avait une chose qui pesait sur sa conscience, a Comme je lui demandais ce que c’était » , écrivit plus tard Olivier, « il me répondit qu’il regrettait que Dieu ne lui eût pas permis d’être plus longtemps le bourreau de ses ennemis. « La nuit mit fin au combat, et la cause royaliste se trouva ainsi, d’un seul coup, perdue dans le Nord. Newcastle s’enfuit sur le continent; York se rendit, et Rupert rentra à Oxford presque sans soldats.
Cette catastrophe était d’autant plus terrible pour Charles, qu’elle survenait au moment où il remportait presque partout ailleurs des succès aussi brillants qu’inespérés. Après un mois de siège, le Roi s’était échappé d’Oxford, et après avoir attendu qu’Essex se fût engagé dans l’Ouest, il s’était tourné avec impétuosité contre Waller à Cropredy-Bridge, et l’avait chassé jusqu’à Londres, trois jours avant la bataille de Marston Moor. Charles profita de ces avantages en traquant Essex, qu’il espérait écraser entre ses propres troupes et celles du prince Maurice, que le comte avait l’intention d’attaquer.
Par une erreur qui devait lui être fatale, Essex s’aventura dans le Cornouailles, entièrement dévoué à la cause royale ; Charles l’enferma dans les défilés de ce pays montagneux > et le serra de si près que toute l’infanterie parlementaire fut obligée de se rendre à merci. La cavalerie put se frayer un chemin au travers des ennemis, et Essex s’enfuit par mer jusqu’à Londres. Le jour même de la capitulation, les royalistes remportèrent encore en Ecosse un éclatant triomphe qui promettait de réparer le désastre de Marston Moor.
Lë débarquement de soldats irlandais dans le comté d’Argyle avait fait revivre le projet, formé depuis longtemps, de reconquérir l’Ecosse. Montrose, se jetant dans les Hautes-Terres, appela aux armes tous les