LES INDEPENDANTS
l’unité religieuse et de la liberté de culte, antagonisme qui subsiste toujours.
Les querelles religieuses donnèrent naissance à la lutte politique. Nous avons déjà signalé la naissance, sous Elisabeth, de différentes sectes qui ne visaient pas seulement, comme les presbytériens, à un changement dans le gouvernement de l’Eglise, mais qui rejetaient tout à fait le principe d’une Eglise nationale, et insistaient sur le droit de chaque congrégation à une complète indépendance en matière de culte et de foi. A la fin du règne, cependant, les brownistes , appelés ainsi du nom de leur chef, le pasteur Brown, disparurent presque entièrement. Quelques-uns, comme nous l’avons vu à l’époque de l’émigration des Pères pèlerins, avaient trouvé un refuge en Hollande; mais la plupart s’étaient soumis de nouveau à l’Eglise établie : « Quant à ceux que nous appelons brownistes » , dit Bacon, a qui n’étaient qu’un petit nombre d’hommes ignorants et vulgaires, dispersés çà et là dans des coins, ils sont maintenant supprimés et détruits (Dieu merci!), grâce aux mesures énergiques prises contre eux, de sorte que l’on sait à peine ce qu’ils sont devenus. »
Pourtant, dès que le primat Abbot, connu pour sa douceur, eut été nommé au siège archiépiscopal de Canterbury, les réfugiés dissidents commencèrent à essayer timidement de revenir en Angleterre. Pendant leur séjour en Hollande, la majorité d’entre eux, qui obéissaient à l’autorité de Robinson, s’étaient contentés de développer leur système de congrégations indépendantes, chacune formant une Église à part ; c’est à eux qu’on donna plus tard le nom & indépendants. Un petit nombre cependant se séparaient encore plus profondément de l’Eglise établie, surtout en ce qui concerne le baptême : ils ne le donnaient qu’aux adultes. Cette doctrine fit donner le nom de baptistes aux membres de l’obscure congrégation de Leyde. Ces deux sectes établirent une église à Londres au milieu du règne de Jacques I er . Mais, sous Charles I er , les persécutions de Laud les empêchèrent de répandre leurs doctrines. C’est seulement au moment de l’ouverture du Long Parlement qu’ils s’accrurent tout à coup par le retour d’un grand nombre d’émigrants de la Nouvelle-Angleterre, sous la conduite de Hugli Peters.
Les congrégationalistes ou indépendants commencèrent alors à attirer l’attention. Lilburne et Burton se déclarèrent bientôt partisans de ce qu’on appelait la doctrine de la Nouvelle- Angleterre ; et, plus tard, on vit se former, rien qu’à Londres, quatre groupes de congrégations « de sectaires dirigés», selon les expressions dédaigneuses de l’évêque Hall,
« par des chefs, des hommes dignes d’eux, savetiers, tailleurs, chapeliers et autre racaille » * Mais l’influence religieuse du mouvement congrégationaliste était encore presque insignifiante. Baxter ne connaissait: pas l’existence des indépendants ; Milton n’en fait aucune mention dans ses premières brochures. Parmi les cent cinq pasteurs présents à l’assemblée de
L’ARMÉE ET LE PARLEMENT (lG4G-1649).
Westminster, on ne comptait que cinq çongrégationalistes, qui se trouvaient tous être d’anciens réfugiés de Hollande, et sur les cent vingt prédicateurs de Londres, en 1643, trois seulement étaient suspects de sympathies pour les sectaires.
L’Angleterre presbytérienne. — La lutte contre Charles I er ne fît que retarder le triomphe de la liberté religieuse. Pym et ses collègues avaient commencé la guerre civile dans des sentiments purement conservateurs aussi hien en politique qu’en matières ecclésiastiques. Ils ne se proposaient que de rétablir l’Eglise d’Angleterre, telle qu’elle avait été sous Elisabeth, et de la débarrasser des « innovations et modifications sans nombre introduites par Laud et ses collègues » . La grande majorité du Parlement était opposée à tout changement à la constitution ou à la doctrine de l’Eglise même, et ce n’est que le refus des évêques d’accepter aucune diminution de leur puissance et de leurs revenus, le rapide développement d’un parti religieux hostile à l’épiscopat, la nécessité d’acheter l’aide des Écossais en promettant l’unité religieuse et politique, et surtout l’obligation absolue de former un nouveau système ecclésiastique à cause de l’attitude des évêques royalistes, qui obligèrent les deux Chambres à accepter le Covenant . Le changement parut tout d’abord de peu d’importance à la majorité de la nation anglaise ; la doctrine de Laud sur la nécessité de l’épiscopat n’était acceptée que d’un très-petit nombre de gens; les modifications apportées par le Covenant, et qui rapprochaient l’Église d’Angleterre de l’Eglise d’Écosse et des autres communions réformées du continent, avaient été généralement approuvées; mais personne ne pensait que ces changements administratifs détruiraient l’Eglise anglicane. La théorie des Tudor sur les rapports de l’Église et de l’État, sur le droit de l’Église de considérer tous les Anglais comme lui appartenant, et de leur imposer des articles de foi et la forme de leur culte, restait hors de question pour les hommes les plus distingués du parti national.
La lutte avec le Iloi n’avait fait que fortifier les sentiments sur lesquels reposait toute cette théorie : la puissance de la tradition, la crainte de la dissidence considérée comme un danger pour l’Etat, l’instinct de l’ordre si puissant chez les Anglais, leur antipathie pour les nouveautés et leur horreur de l’indifférence et de la tiédeur en matière de foi. Aussi le Parlement avait-il beaucoup poussé à l’adoption du nouveau système ecclésiastique au moment le plus critique de la guerre civile. Une réunion de théologiens, à Westminster, reçut l’ordre de reviser les Trente-neuf articles, de rédiger une nouvelle confession de foi et de modifier les cérémonies du culte (1643). Les deux Chambres acceptèrent le plan d’organisation ecclésiastique qu’ils rédigèrent, organisation qui ne différait de celle de l’Église d’Écosse que par une addition assez significative, celle