‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 42 sur 187 · LA LIBERTÉ 0 E CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ 0 E CONSCIENCE

d’un tribunal laïque supérieur placé comme juridiction d’appel au-dessus de tous les tribunaux et assemblées ecclésiastiques.

La liberté de conscience. — Si ce changement avait eu lieu lorsque les membres des Communes, « les mains levées au ciel 55 , juraient fidélité au Covenant dans l’église de Sainte-Marguerite, il aurait été probablement accepté de la nation entière; mais, à la fin de la guerre, les circonstances avaient complètement changé; malgré les votes répétés du Parlement exprimant le désir de le voir adopté dans tout le royaume, le système presbytérien ne s’implanta qu’à Londres et dans le Lancashire. Tandis que les théologiens, réunis dans, la chambre dite de Jérusalem, formulaient leur programme de foi et de culte uniforme, les sectes dissidentes étaient devenues une véritable puissance. A la fin de cette terrible et longue guerre civile', les spéculations théologiques devenaient de plus en plus hardies, et la conviction individuelle l’emportait de beaucoup maintenant sur la tradition religieuse. Quatre ans après le début de la guerre, un pamphlétaire constatait avec horreur l’existence de seize sectes religieuses, au mépris des dépenses formelles de la loi; quoique très-différentes les unes des autres, elles s’unissaient pour repousser tout contrôle de l’Eglise et du clergé en matière de culte et de foi. Milton, qui avait abandonné le presbytérianisme, 11e voyait plus dans Xopresbyter ou pasteur qu’un prêtre déguisé.

Cette question des progrès de l’esprit sectaire prit, pendant la guerre, une portée pratique; car la classe particulièrement infectée du nouvel esprit de liberté religieuse était justement la classe sur le zèle et l’énergie de laquelle le Parlement était obligé de compter pour vaincre dans la lutte.

Xous avons déjà constaté que cet esprit avait prévalu parmi les fermiers dont Cromwell avait composé ses régiments des Côtes de fer, et l’engagement de ces sectaires fut la première violation flagrante de l’ancien système de conformité. Cromwell avait signé le Covenant, et il n’y avait aucune raison de croire qu’il eût aucun éloignement pour le presbytérianisme comme doctrine ou comme organisation ecclésiastique. Il n’agit tout d’abord que par des considérations purement pratiques, sous la pression des nécessités de la guerre ; son libéralisme en matière de recrutement était justifié, à ses propres yeux, par sa sympathie pour ceux qu’il qualifiait d’ « honnêtes gens « , et par la vague conception qui se formait en lui d’une large communion entre les chrétiens en dehors de l’unité de culte et de doctrine. Mais les craintes et les reproches des presbytériens l’obligèrent à accentuer ses idées religieuses. « L’Etat en choisissant ses serviteurs « , écrivait-il à la veille de Marston Moor, « ne fait aucune attention à leurs opinions et se montre satisfait s’ils remplissent leur devoir avec fidélité. « Après Marston Moor, il se crut en mesure de conseiller au

Parlement de tolérer au moins les dissidents et réussit à former un comité chargé de trouver les moyens de mettre ce projet à exécution. Mais cette initiative et le rapide développement des sectes réveillèrent l’esprit conservateur du clergé presbytérien. « Nous détestons et abhorrons» , écrivait le clergé de Londres en 1645 , ce cette tolérance que J’on veut nous imposer. » La municipalité de Londres fit une pétition au Parlement demandant qu’il supprimât « les sectes sans exception ». Le Parlement avait luimême des tendances très-conservatrices, mais les circonstances semblaient déjouer tous les projets des conservateurs. Essex et les presbytériens marchaient de défaite en défaite ; il fallait à tout prix reformer les cadres de l’armée; aussi autorisa-t-on Fairfax, chargé de la levée des nouvelles troupes, à dispenser les soldats de se soumettre au Covenant.

La victoire de Naseby souleva une question bien plus importante: il ne s’agissait plus de tolérance seulement pour les Églises dissidentes, ce D’honnêtes gens vous ont fidèlement servi » , écrivait Cromwell du champ de bataille au président de la Chambre des communes ; « on peut compter sur eux; aussi je vous en supplie, au nom de Dieu, de ne pas les décourager, car je voudrais que celui qui sait risquer sa vie pour la liberté de sa patrie ait confiance que Dieu lui donnera la liberté de conscience. » La prise d’assaut de lîristol lui permit de proclamer ses principes avec plus de force que jamais, ce Presbytériens et indépendants, tous ont le même esprit de foi et de prière, la même confiance en Dieu, et s’accordent à dire que là-dessus ils ne diffèrent pas de croyance. Quel malheur qu’il n’en $oit pas ainsi partout ailleurs! Tous ceux qui ont la même foi possèdent la seule véritable unité, la plus glorieuse, l’unité intérieure et spirituelle, du corps et de l’esprit. En ce qui regarde les formes extérieures du culte (ce qu’on appelle vulgairement uniformité ), tous les chrétiens feront leur possible, par amour de la paix, pour £e rapprocher, autant que la conscience le permet à des frères en l’esprit; nous ne pouvons chercher à agir sur eux que par de la lumière et de la raison. »

Charles I er et les presbytériens. — La fermeté du langage de Cromwell croissait en raison de l’irritation de ses adversaires presbytériens. La division des deux partis devenait de plus en plus tranchée. Les ministres presbytériens se plaignaient amèrement de la multiplication des Eglises dissidentes et blâmaient la tolérance dont elles jouissaient. L’armée écossaise, toujours campée devant Newark, insistait sur la nécessité d’exécuter le Covenant, et d’imposer partout le système presbytérien. Sir Harry Vane, d’un autre côté, luttait pour décider le Parlement à se montrer moins rigide, et à admettre, dans son sein deux cent trente nouveaux membres, qui rempliraient les sièges laissés vacants par les défections royalistes, et parmi lesquels on comptait des hommes comme Ireton et Algernon Sidney, qui inclinaient du côté des indépendants. L’attitude de

CHARLES I er ET LES PRESBYTÉRIENS.

la nouvelle armée et les remontrances de son représentant Cromwell empêchèrent tout retour sérieux au système de persécution.

Charles I er , malgré ses malheurs et la ruine de ses espérances, continuait à intriguer avec les deux partis, et promettait à Vane et aux indépendants la liberté de conscience, tout en négociant avec les presbytériens d’Ecosse pour trouver refuge au milieu d’eux. La marche de Fairfax sur Oxford hâta les négociations. Chassé de son dernier refuge, le Roi, après avoir erré quelque temps au hasard, parut tout à coup dans le camp écossais. Lord Leven se replia immédiatement sur Newcastle avec sa royale capture (mai 1046). Le parti de la liberté religieuse semblait bien compromis. En butte, comme l’étaient les indépendants, à la haine des Ecossais, des lords et des bourgeois de Londres, l’apparente alliance de Charles avec leurs ennemis ruinait toutes leurs espérances, car la perspective d’une paix prochaine entre Charles et les presbytériens avait immédiatement grossi le nombre de leurs adversaires dans la Chambre des communes. Le Parlement présenta au Roi ses conditions de paix sans admettre un instant qu’un homme, réduit pour ainsi dire à merci, pût résister à ses demandes. Il réclamait la direction de l’armée et de la flotte pendant vingt ans, l’interdiction de tous les emplois civils et militaires aux malignants ou royalistes ayant pris part à la guerre, l’abolition de l’épiscopat, et l'établissement de l’Eglise presbytérienne. Pas un mot sur les questions de tolérance et de liberté de conscience.

Les Ecossais pressèrent le Roi, avec larmes, d’accepter ces conditions; ses amis et la Reine elle-même se joignirent à leurs prières. Mais Charles ne cherchait qu’à gagner du temps ; il espérait que les dissensions intestines de ses ennemis serviraient sa cause. « Je n’ai pas perdu l’espoir n , écrivait-il froidement, « de décider les presbytériens ou les indépendants à se mettre avec moi pour détruire leurs adversaires, et de redevenir vraiment roi. » Son refus d’accepter les conditions proposées par les Chambres était un échec pour les presbytériens. « Que deviendrons-nous, maintenant que le Roi a rejeté nos offres? » demanda l’un d’entre eux. — « Que serions-nous devenus s’il les avait acceptées? » répliqua un indépendant. Grâce à l’énergie de Holles et des chefs du parti conservateur, on tenta un suprême effort ; tant que l’armée écossaise restait campée à Newcastle, le Parlement ne pouvait songer à licencier la sienne; si, au contraire, elle évacuait l’Angleterre et livrait aux Chambres la personne du Roi, celles-ci pouvaient s’affranchir de toute pression extérieure en licenciant la nouvelle armée. Désespérant de se mettre d’accord avec le Roi, et comprenant qu’il était impossible d’emmener en Ecosse un souverain que l’Assemblée générale se refusait de reconnaître parce qu’il n’acceptait pas le Covenant, l’armée écossaise livra Charles I er pour 400,000 livres aux commissaires du Parlement; puis elle repassa la frontière.

Une fois maîtres du Roi (janvier 1647), les presbytériens commencèrent leur attaque contre les dissidents. Iis votèrent la dissolution de l’armée existante et la levée d’une armée nouvelle pour écraser la révolte irlandaise, qui ne devait avoir, comme officiers, que de rigides presbytériens. Des soldats protestèrent, ne voulant pas, disaient-ils, être séparés « de chefs qu’ils aimaient » ; le conseil des officiers essaya de gagner du temps en menaçant le Parlement d’une mutinerie militaire, mais ce fut en vain. Ilolles et ses amis tinrent bon, et leur conduite vis-à-vis de leurs adversaires religieux montra le but auquel ils tendaient. Comme il était impossible d’exiger cette unité de croyance tant que l’armée de Cromwell existait encore, le Parlement se hâta de poursuivre son œuvre pour que tout fût réorganisé au moment du licenciement de l'armée. Des votes successifs établirent dans tout le pays le système presbytérien; l’organisation presbytérienne à Londres, et la première réunion du synode à Saint-Paul, furent les premiers résultats visibles de ces nouvelles mesures. Les officiers de Fairfax reçurent même l’ordre de signer le Covenant.

L’armée et le Parlement. — Tout dépendait du licenciement de l’armée, et l’armée ne paraissait nullement disposée à se dissoudre. On ne peut juger sa conduite avec équité qu’en se rappelant ce qu’étaient les vainqueurs de Naseby; soldats sortis de tous les rangs de la société et animés d’un esprit tout différent de celui des armées qu’on avait vues jusqu’alors, ils étaient presque tous de jeunes fermiers ou de petits commerçants, vivant sur leur pécule, leur paye se trouvant de dôuze mois en arrière. Tous ces hommes religieux et honnêtes, et choisis comme tels, avaient su, malgré leur ardeur fanatique, commander le respect, même à leurs ennemis, par leur piété et leur discipline. Aussi ne se considéraient-ils pas comme de vulgaires soudards, que l’on peut prendre et rejeter selon le caprice de celui qui les paye, mais comme des hommes qui avaient abandonné fermes et négoce pour obéir à la voix même de Dieu. Une grande œuvre leur avait été donnée à accomplir, et ils ne voulaient pas se séparer qu’elle n’eut été exécutée. Charles I er espérait que le respect des Anglais pour la royauté lui permettrait de rétablir la tyrannie. Un danger plus imminent encore menaçait cette liberté de conscience, qui était l’origine même de la lutte pour laquelle a leurs amis étaient morts et eux-mêmes avaient si souvent donné leur propre sang « ; aussi ne voulaient-ils se disperser qu’après avoir assuré à leurs coreligionnaires la jouissance de ces libertés; s’il le fallait, ils sauraient combattre encore pour les conquérir. Cette résolution ne venait pas d’une confiance exagérée dans le pouvoir de la force brutale ; au contraire, ils ne cessaient de représenter avec chaleur aux Communes « qu’en devenant soldats, ils n’avaient pas renoncé pour cela à leurs droits de citoyens » . Et, comme tout bon citoyen, ils ne désiraient qu’une chose, une fois leur mission remplie, rentrer paisiblement dans leurs foyers.

l’armée et le parlement.

L’entière liberté de penser et de discuter avait transformé l’armée en un vaste Parlement qui se considérait comme représentant « les hommes pieux au même titre que le Parlement de Westminster, et qui devenait de plus en plus conscient de sa supériorité sur son rival dans les questions politiques » . Ireton, Pâme même de la nouvelle armée, n’avait dans les Chambres aucun rival qui put lui être comparé comme homme d’État, et les vues larges et profondes des chefs de l’armée contrastaient étrangement avec la politique étroite et aveugle des parlementaires. Quoi que nous puissions penser des moyens employés par l’armée pour atteindre son but, il est nécessaire de se rappeler que ce but était juste. Pendant les deux siècles précédents, tous les efforts de l’Angleterre avaient tendu à réaliser, lentement et timidement, les réformes poliliques et religieuses que l’armée exigeait à la fin de la guerre civile.

Elle ne se décida à agir qu’après le rejet des propositions des officiers; mais son action fut énergique et rapide. Ce ne fut pas le conseil des officiers qui fut investi des fonctions politiques ; on élut pour cela un a Conseil d ’ adj uteurs ou assistants ^ (chaque régiment ayant droit à deux représentants), qui convoqua une assemblée générale de l’armée à Triploe Heatli, où l’on ne répondit aux propositions du Parlement qui voulait payer les soldats et les licencier que par les cris de : « Justice, justice! » Pendant cette réunion générale de l’armée, les adjuteurs avaient pris une résolution qui rendait désormais toute soumission impossible. Le bruit avait couru que le Roi allait être conduit à Londres, que l’on allait lever une nouvelle armée, et qu’une nouvelle guerre civile était imminente. Ces nouvelles excitèrent une indignation indescriptible parmi les soldats; cinq cents d’entre eux paraissent tout à coup devant Holmby House où résidait le Roi, sous la surveillance de commissaires du Parlement, et changent la garde (janvier 1647) : a Où est le mandat qui vous autorise à en agir ainsi? » demanda Charles au sous-lieutenant qui les commandait. — « Derrière moi » , dit Joyce en indiquant ses soldats. — « Il est écrit en caractères excellents et très-clairs « , repartit le Roi en riant. Ces mesures avaient été en réalité arrangées à l’avance entre lui et les adjuteurs. « Je suis prêt à partir « , dit-il à Joyce, « si les soldats confirment tout ce que vous m’avez promis, et si vous n’exigez rien de moi qui blesse mon honneur et ma conscience. » — ce Nous n’avons pas l’habitude de violenter la conscience de qui que ce soit » , repartit le sous-lieutenant, « et encore moins celle de notre roi. »

Le premier moment de terreur passé, le Parlement se retourna avec colère contre Cromwell, qui avait abandonné son commandement et l’armée avant la fin de la guerre, et s’était depuis lors employé comme médiateur entre les deux partis. Il prouva par ses énergiques protestations qu’il n’était pour rien dans la mutinerie, mais il fut obligé de se réfugier dans l’armée, et trois jours après il marchait sur Londres. Une Humide

Pétition , où étaient très-clairement exposées les réclamations (les soldats, fut adressée aux Chambres : « Nous désirons » , disaient les signataires, u rétablissement de la paix dans le royaume et la garantie de nos libertés, conformément aux votes et déclarations du Parlement. Nous ne désirons aucun changement dans la direction des affaires civiles, ni ne voulons nous mêler en rien de l'organisation de l'Eglise presbytérienne. » Ils demandaient la tolérance, « mais non la licence, sous prétexte de ne pas effaroucher les consciences timorées ; nous déclarons » , ajoutait la Pétition, « qu’en ces choses-là, lorsque l’Etat a décidé, nous 11 ’avons rien à faire qu’à courber la tête et à nous soumettre » . Pour obtenir ces concessions, l'armée exigeait l’expulsion de onze membres de la Chambre des communes, Holles en tête, que les soldats accusaient de jeter la mésintelligence entre l’armée et le Parlement, avec l’idée de recommencer la guerre civile. Après des négociations infructueuses, les habitants de Londres effrayés obligèrent les onze à se retirer, et les deux Chambres nommèrent des commissaires chargés d’examiner les propositions de l’armée.

L’armée et le Roi. — Bien que Fairfax et Cromwell eussent été forcés de renoncer à leurs rôles de médiateurs entre les deux partis et de se tourner franchement du côté de l’armée, la direction des affaires politiques était en ce moment entre les mains du gendre de Cromwell, Henry Ireton, qui attendait le triomphe de sa cause, non du Parlement, mais du Roi : « 11 doit y avoir quelque différence», disait-il brusquement, centre vainqueurs et vaincus» ; mais les conditions qu’il offrait à Charles I er étaient aussi douces que possible. On n’y retrouvait rien de l’esprit vindicatif dont le Parlement avait fait preuve envers les royalistes et l’Eglise. L’armée se contentait de solliciter le bannissement des sept principaux « délinquants » (tous les autres devaient être compris dans une amnistie générale), l'abrogation de tout privilège judiciaire pour le clergé, et, pour le Parlement, le contrôle pendant dix ans sur toutes les forces navales et militaires, ainsi que le droit de nommer les grands officiers de l’Etat. A ces demandes s'ajoutait l'admirable et vaste plan de réformes qui avait déjà été esquissé dans Y Humble Pétition, présentée au Parlement lors de la marche de Cromwell sur Londres : complète liberté de croyances et de culte, abrogation des actes imposant le Prayer liook, assiduité aux offices, acceptation du Covenant. Les papistes mêmes, quelles que pussent être les contraintes auxquelles ils resteraient soumis, ne seraient plus astreints à aucune pratique religieuse; les Parlements devaient être triennaux; la répartition des sièges et le système des élections par la Chambre des communes seraient rendus plus équitables ; les impôts seraient révisés, la procédure simplifiée; une foule de privilèges politiques, commerciaux et judiciaires supprimés.

l’armée et le roi.

Ireton croyait « qu’avec des ménagements » , nous dit madame Hutebinson, « on pourrait fléchir l’indomptable volonté de Charles I er et le faire accéder aux réformes nécessaires pour le bien de ses sujets » . Mais Charles restait sourd à toute tentative de conciliation et ne pouvait comprendre la modération et la haute sagesse de ce grand Acte de Constitution . 11 ne vit dans cette crise qu’une occasion de faire échec aux deux partis, en les opposant l’un à l’autre, et se persuadait que l’armée avait plus besoin delui que lui de l’armée : a Vous ne pouvez rien faire sans moi; vous êtes perdus si je ne vous soutiens pas » , disait-il à Ireton qui le pressait d’accepter ses propositions. « Vous voulezètrc arbitre entre nouset le Parlement» , répliquait Ireton avec calme, « et nous, nous voulons jouer le même rôle entre le Parlement et Votre Majesté. » Un soulèvement de la populace de Londres, qui envahit la salle des séances à Wesminster et obligea de rappeler les onze, vint bientôt expliquer l’arrogance du Roi. Tandis, que quatorze pairs et cent membres de la Chambre des communes fuyaient pour rejoindre l’armée, les députés restés à leur poste se préparèrent à une lutte énergique et invitèrent Charles à rentrer à Londres. Mais l’armée marcha de nouveau sur la capitale. « Dans douze jours » , disait froidement Cromwell, ce la ville sera dans nos mains. » Les soldats entrèrent à Londres en triomphe, rétablirent les membres fugitifs, chassèrent de nouveau les onze membres proscrits, et leurs chefs rouvrirent des négociations avec le Roi. Les intrigues et les lenteurs de Charles I er indignaient les soldats et rendaient tout accommodement plus difficile d’heure en heure. Mais Cromwell, qui s’était ouvertemènt prononcé en faveur d’Ireton, s’attachait avec une singulière ténacité à l’idée d’un accommodement; conservateur par tradition et surtout très-pratique par nature, il voyait d’avance les difficultés que ferait surgir l’abolition de la royauté, et il persistait à négocier avec Charles, malgré sa mauvaise foi.

Cromwell était presque seul de son avis ; le Parlement avait refusé de prendre les propositions d’Ireton pour base de la paix; Charles cherchait toujours des faux-fuyants, et dans l’armée l’agitation et la méfiance allaient grandissant. On réclamait une réforme plus radicale : l’abolition de la Chambre des pairs, par exemple, et la convocation d’une nouvelle Chambre des communes; les adjuteurs allèrent même jusqu’à agiter, en plein conseil des officiers, l’idée de la suppression delà royauté. Cromwell n’était jamais plus intrépide que lorsqu’il avait à braver une tempête ; il interdit la discussion, ajourna le conseil et renvoya les officiers dans leurs régiments respectifs. Mais la situation était trop tendue pour durer longtemps encore, et Charles persistait à jouer double jeu; au moment où Cromwell et Ireton risquaient leur vie pour lui, il dirigeait d’autres négociations aussi illusoires avec le Parlement, fomentant des désordres à Londres, préparant une nouvelle insurrection royaliste et une invasion des Écossais en sa faveur (mai 1647). ^ Les deux nations vont bientôt

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être aux prises » , écrivait-il joyeusement. Une seule chose manquait au succès de ses entreprises, il fallait qu'il fut libre. Au moment où Cromwell espérait arriver à ses fins, il s’aperçut avec stupeur qu’il avait été joué, et que le Roi avait pris la fuite.

La seconde guerre civile. — Cette fuite excita l’armée jusqu’à la fureur, et sans l’énergie de Cromwell il y aurait eu à Ware une insurrection militaire. Mais Cromwell ne pouvait plus désormais calmer les esprits; la perfidie du Roi avait causé un mal sans remède. « Le Roi » , disait-il, « est un homme d’une haute intelligence et d’une rare habileté, mais sa fausseté et sa dissimulation sont telles qu’il est impossible de compter sur lui, » Par une étrange aberration, Charles 1 er se réfugia dans l’ile de Wight, où il espérait probablement se concilier la sympathie du colonel Hammond, gouverneur de Carisbrook Castle, et où il se trouva, au contraire, de nouveau prisonnier. Déçu dans son projet de prendre en main la direction delà nouvelle guerre civile, il se mit à l’organiser, de sa prison ; et, tout en ouvrant de nouvelles et illusoires négociations avec le Parlement, il signait un traité secret avec les Ecossais pour les engager à envahir l’Angleterre. Les progrès de la secte des indépendants et la suspension du Covenant avaient produit une violente réaction au nord de la Tweed. Les nobles se rallièrent autour du duc de Hamilton et dirigèrent les élections contre Argyle et les partisans du Parlement; sur la promesse du Roi de rétablir le presbytérianisme en Angleterre, ils ordonnèrent de lever une armée pour soutenir sa cause. En Angleterre, le parti conservateur et plusieurs des chefs les plus marquants du Long Parlement se rapprochaient de Charles par horreur des bouleversements politiques et religieux qui semblaient menacer. Les nouvelles d’Ecosse donnèrent le signal de terribles insurrections dans plusieurs comtés. Londres ne put être contenu que par la force armée; d’anciens fonctionnaires du Parlement déployèrent l’étendard royal dans le sud du pays dé Galles et surprirent Pembroke; la prise de Berwick et de Carliste ouvrit le chemin à l’invasion écossaise. Les comtés de Kent, d’Essex et de Hertford se soulevèrent à leur tour; la flotte qui se trouvait aux Downs envoya ses officiers à terre, hissa l’étendard du Roi et bloqua la Tamise.

u L’heure est venue pour le Parlement >5 , s’écria Cromwell, « de sauver le royaume et de gouverner seul. » Mais le Parlement se montrait tout disposé à profiter de la crise pour témoigner de son attachement à la personne royale, à renouer les négociations rompues et à donner un coup fatal à la liberté religieuse. Les presbytériens revinrent en masse prendre part aux délibérations, et X Ordonnance pour la répression clés blasphèmes et hérésies que Vane et Cromwell avaient réussi pendant longtemps à écarter, passa à une très-forte majorité. « Tout homme » , dit la terrible loi, « qui nie la doctrine de la Trinité, la divinité du Christ ou l’inspiration

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