LA SECONDE GUE H HE CIVILE
des Ecritures, la résurrection des corps et le jugement dernier, et qui refuse d abjurer ses lierésies devant un tribunal, sera condamné à mort. Seront passibles de la prison tous ceux qui refusent de croire que 1 homme est libre de donner son cœur à Dieu, qui admettent le purgatoire, le culte des images, et repoussent le baptême des enfants, qui ne S^3 ent ^ observer le jour du Seigneur et affirment que l’organisation presbytérienne est condamnable et antichrétienne. » Et nous ne citons là qu’une partie des hérésies visées par cette ordonnance. Il était évident que le parti presbytérien comptait sur le succès du Roi pour reprendre sa politique étroite et tyrannique en matière religieuse, et que si Charles avait été libre ou l’armée de Cromwell dispersée, ces espérances se seraient probablement réalisées. Mais Charles, tout désireux qu’il fût de s’évader, était toujours sous bonne garde à Carisbrook, et l’armée tenait tête courageusement aux dangers qui la menaçaient de toutes parts. Ce renouvellement perfide des hostilités, au moment où tout annonçait un apaisement dans les esprits, effaça, chez Cromwell, Fairfax et la majorité des officiers de l’armée, tout désir de réconciliation avec le Roi. Chefs et soldats semblaient animés d une même résolution. A la veille de se mettre en marche, ils s’assemblèrent en une solennelle réunion de prières et reconnurent comme leur devoir, dans le cas où le Seigneur leur accorderait la victoire, de citer Charles Stuart, cet homme sanguinaire, devant un tribunal, pour rendre compte du sang versé par lui et du mal qu’il avait fait au peuple et à la cause de Dieu.
En peu de jours, Fairfax avait écrasé l’insurrection du comté de Kent* enfermé les rebelles des comtés de l’Est dans les murs de Colchester, tandis que Cromwell poursuivait les Gallois jusque dans ceux de Pembroke. Les deux villes résistèrent longtemps avec énergie; et, bien qu’un soulèvement royaliste, organisé par lord Holland près de Londres, eût été facilement réprimé par les troupes, il ne restait plus de forces suffisantes pour s’opposer aux Ecossais, qui, franchissant la frontière au nombre de vingt mille hommes, se répandaient comme un torrent dans le nord de l’Angleterre. Heureusement, la capitulation de Pembroke vint, à cet instant critique, rendre la liberté à Cromwell. S’avançant rapidement vers le nord, il appela à lui les troupes de Lambert, occupé à harceler les flancs de l’armée écossaise; et, passant les collines du Yorkshire, il pénétra dans la vallée de la Ribble. Le duc de Hamilton, avec trois mille hommes de renfort, s’était avancé jusqu’à Preston ; Cromwell lança son armée, forte de dix mille hommes, sur les troupes disséminées de l’armée royale, attaqua les Ecossais comme ils se retiraient derrière la Ribble, passa la rivière avec eux, tailla en pièces leur arrièregarde à Wigan, força le défilé de Warrington, où l’ennemi avait tenté désespérément une dernière résistance, et obligealeur infanterie à se rendre, tandis que Lambert dispersait la cavalerie d'Hamilton (17 août 1648).
Enivrés de leur victoire, les soldats de Cromwell franchirent la frontière et pénétrèrent jusqu’en Ayrshire , où les paysans se soulevèrent en leur faveur. Marchant sur Edimbourg, ils dispersèrent les royalistes et rétablirent le duc d’Argyle 1 .
La mort du Roi. — - Argyle salua Cromwell comme un libérateur; mais le général victorieux était à peine entré dans Edimbourg qu’il fut rappelé à Londres par des nouvelles inquiétantes. Le Parlement, comme nous l’avons vu, avait accueilli l’insurrection royaliste dans un tout autre esprit que l’armée ; il avait rappelé tous les députés exilés et voté le décret d’hérésie. Au moment de la victoire de Preston, les lords discutaient une accusation de haute trahison contre Cromwell, tandis qu’on expédiait des commissaires à Pile de Wight, malgré l’opposition des indépendants, pour traiter avec le Itoi ; royalistes et presbytériens s’entendaient pour supplier Charles d’accepter les conditions très-modérées qui lui étaient offertes. Mais le Roi, déçu dans ses espérances en Ecosse, s’imaginait maintenant recevoir bientôt des secours de l’Irlande, et quarante jours se passèrent en misérables chicanes, a Rien » , écrivait Charles I er à ses amis, ce rien n’est changé dans mes plans. » La capitulation de Colchester et le traité d’alliance avec Argyle rendirent à l’armée sa liberté d’action, et l’on vit affluer au Parlement des suppliques des différents régiments, demandant avec instance la « mise en accusation du Roi » . Le conseil des officiers réclamait à nouveau la dissolution du Parlement, la réforme électorale, la reconnaissance de la souveraineté des représentants du peuple, sans veto suspensif pour le chef de l’Etat, la transformation de la royauté en un office électif dont le titulaire serait nommé par les Chambres ; il insista enfin u pour que le grand et principal auteur des troubles intérieurs, par l’ordre et dans l’intérêt de qui ont éclaté toutes les insurrections et guerres civiles, accompagnées de si horribles misères, fût cité à comparaître en justice pour être puni de sa trahison, du sang versé par son ordre et de tous ses méfaits». Le Parlement répondit en acceptant les concessions du Roi, quelque insuffisantes qu’elles fussent, comme base de réconciliation.
Un pareil procédé était un défi à l’armée; aussi Charles fut-il enlevé par un corps de cavalerie et emmené à Hurst Castle, pendant qu’une lettre de Fairfax annonçait larnarche de son armée sur Londres. vNousallons voir » , dit Vane en plaçant ses troupes autour du Parlement, a qui est pour le Roi et qui est pour le peuple. » Mais le dévouement à la personne du souverain l’emporta encore sur la terreur de l’armée, et la Chambre vota le traité
1 Ce soulèvement des paysans de l’Ëcosse occidentale reçut îe nom de Whiggam ore raid. C’est la première fois qu’on voit apparaître le terme IVhig , peut-être synonyme de IVhey, qui aurait servi à qualifier les figures, couleur de lait tourné, des fanatiques de f Ayrshire.