‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 45 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le conseil d’État. — La nouvelle de la mort du Roi excita l'horreur et l'indignation de l'Europe entière. Le tsar de Russie chassa de sa cour l’envoyé d’Angleterre ; l’ambassadeur de France fut rappelé lors de la proclamation de la République; les puissances protestantes se montrèrent encore plus empressées à rompre tout rapport avec des coreligionnaires qui avaient fait monter leur roi sur l’échafaud . C’est la Hollande qui donna l’exemple d’une hostilité ouverte envers le nouveau gouvernement, dès que la nouvelle de l’exécution fut parvenue à la Haye. Les Etats Généraux firent une réception solennelle au prince de Galles, qui avait pris le nom de Charles II, et lui reconnurent le titre d e Majesté, tandis qu’ils refusaient audience aux chargés d’affaires anglais. Le stathouder Guillaume II, prince d’Orange et beau-frère de Charles II, se sentait soutenu par la sympathie et l’approbation de ses concitoyens dans l’aide et les encouragements qu’il donnait au nouveau roi. Les onze vaisseaux de la flotte anglaise, réfugiés en Hollande depuis leur rupture avec le Parlement,

1 Sources: Le Recueil de Riislnvorth finit avec le procès du Roi ; Thurloe Whitelock et Ludlow doivent être complétés par Y Histoire du Parlement qui commença le 3 wovembre 1640, composée par ÎVIay (1647), par le recueil des Procès d'Etat qu’ont formé Gobbett et Hoivell le 1 er octobre (va jusqu’en 1660), enfin les Papiers d'Etat analysés dans les Calendars of State Papers. On trouve des biographies particulières de Vanc et Alartyn dans les Statesmen of the Commonwealth 9 de M. Forster, et une vigoureuse défense du conseil d’État dans Y Histoire de la République, de M. Risset. Consulter, pour les affaires d’Irlande, les Papiers et lettres du duc d' Ormond, recueillis par Carte, auxquels on peut ajouter les dépêches de Cromwell publiées par Carlyle et Y Histoire des affaires d* Irlande, de 1640 à 1652, publiée par M. Gilbert en 1879-1885. Le récit de la guerre d’Ecosse, dans Carlyle, est peu!-être la plus remarquable partie de son œuvre. La politique étrangère et les guerres de ce temps ont été admirablement exposées à l’aide d’abondants documents par AI. Guizot (la République et Cromwell, t. I). AI. Hepworth-Dixon a publié une biographie de Rlake. M. A*. Stern a aussi donné dans Y Histoire universelle d’Oncken (en ail.) une Histoire de la Révolution d' Angleterre qui est, pour toute cette période, l’ouvrage le plus complet et le plus impartial que l on puisse lire..

obtinrent l’autorisation de mettre à la voile et d’aller, avec l’autorisation du Roi, sous le commandement du prince Rupert, faire de la piraterie dans les mers anglaises et gêner le commerce de. la République.

Le danger était plus menaçant encore dans l’ile même. Les Écossais avaient proclamé Charles II dès qu’ils eurent appris la mort de son père, et ils envoyèrent immédiatement une ambassade à la Haye pour l’inviter à venir prendre possession de son trône. Ormond, qui avait réussi à unir les innombrables factions qui déchiraient l’Irlande, à savoir les vieux catholiques irlandais ou parti national, sous Owen Roe O’Neil, les catholiques anglais de l’Enceinte, les royalistes épiscopaux et les presbytériens monarchistes du Nord, invitait, de son côté, Charles à débarquer dans un pays où les trois quarts des habitants étaient fidèles à sa cause. Le Parlement, très-amoindri par l’épuration de Pride, ne sut pas faire face à ces périls pressants avec énergie et résolution : il hésita et tergiversa. Ce n’est qu’un mois entier après l’exécution de Charles I* r que la monarchie fut formellement abolie, et qu’on pourvut au gouvernement en créant un conseil d’Etat de quarante et un membres choisis parmi les députés des communes et revêtus de la plénitude du pouvoir exécutif. Il fallut deux mois de plus pour faire passer l’acte mémorable qui déclarait : « que les peuples d’Angleterre et de tous les empires et territoires lui appartenant, seront désormais, et pour toujours, constitués en République et Etat libre, et gouvernés en conséquence par la nation souveraine, c’est-à-dire par les représentants du peuple réunis en Parlement. Ceux-ci seraient chargés aussi de pourvoir aux emplois publics pour le bien de la nation et sans le secours d’un roi et d’une chambre des lords. »

L’armée et le Parlement Croupion. — Parmi tous les dangers qui menaçaient la nouvelle République, il y en avait de plus apparents que réels. La rivalité de l’Espagne et de la France, toutes deux très-désireuses de conserver son alliance, la mettait à l’abri des attaques des grandes puissances du continent, et l’on espérait endormir le mauvais vouloir de la Hollande, sinon le conjurer entièrement, par d’habiles négociations. L’Ecosse tenait beaucoup à ce que Charles acceptât le Covenant avant d’être ouvertement reconnu comme souverain ; mais il aurait fallu une nécessité absolue, impérieuse, pour le décider à se soumettre à une pareille exigence. Du côté de l’Irlande, cependant, le péril était imminent, et douze mille hommes furent destinés à y réprimer la révolte. La République, d’un autre côté, se trouvait en face dé grandes difficultés intérieures ; la mort de Charles I er avait donné une vigueur nouvelle à la cause royaliste, et les sentiments monarchiques étaient surexcités au plus haut degré par la publication de Y Eikon Basilikè, dû à la plume habile du D r Gauden, ministre presbytérien. On l’attribua au Roi lui-même, qui l’aurait composé pendant les derniers temps de sa captivité. Cette brochure

reflétait admirablement les espérances, les souffrances et la* piété du royal martyr. L’espoir d’un prochain soulèvement royaliste fut, il est vrai, brutalement anéanti par l’exécution du duc de Hamillon et des lords Holland et Capell qui étaient restés jusqu’alors enfermés à la Tour; mais l’éloignement du peuple pour la République rendit difficile l’organisation du conseil d’Etat; la majorité refusa même, à la première réunion, d’approuver solennellement la mort du Roi et l’établissement de la République ; la moitié des juges se démirent de leurs fonctions, et des milliers de membres du clergé et de fonctionnaires civils refusèrent de prêter serment de fidélité au gouvernement républicain. Aussi ne fut-ce qu’au mois de mai suivant que le conseil osa se prononcer ouvertement et proclamer la République à Londres, malgré l’attitude hostile des citoyens. I

L’égoïsme des membres du Parlement menaçait de devenir fatal à la cause qu’ils servaient : ce grand corps de l’Etat se trouvait réduit à n’être plus qu’un débris de l’ancienne Chambre des communes. Le Parlement Croupion, comme on l’appelait, comptait à peine cent membres, dont une cinquantaine seulement prenaient part d’ordinaire aux délibérations. En épurant ainsi la Chambre des communes, au point d'en faire une sorte de fantôme, l’armée n’avait jamais songé qu’elle pût se constituer en assemblée permanente, et avait exigé au contraire, comme condition expresse à son maintien temporaire, qu’elle se hâterait de préparer, avant sa dissolution, un bill de convocation du nouveau Parlement. Le système auquel le conseil des officiers s’était arrêté pour les nouvelles élections, offre encore un certain intérêt, car il a servi de base plus tard à maint projet de réforme parlementaire; le Long Parlement devait être dissous au printemps, et la Chambre, élue tous les deux ans, devait se composer de quatre cents membres nommés par tous les chefs de famille payant la taxe des pauvres; on aurait remanié la distribution des sièges de manière à assurer la représentation de toutes les villes importantes ; enfin, les fonctionnaires civils et militaires rémunérés étaient inéligibles.

Ce plan parut un instant devoir être accepté par les Communes, qui consacrèrent de longues séances à discuter le bill de réformes; mais la nation comprit bientôt que le Parlement n’avait jamais sérieusement songé à prononcer sa propre dissolution. Un brave soldat, qui avait la tête chaude, John Lilburne, se fit l’interprète du mécontentement populaire, et l’armée indignée se révolta contre le Parlement. « 11 faut tailler ces gens en pièces » , s’écria Cromwell en plein conseil, « ou c’est eux qui vous anéantiront. » Et, grâce à une marche forcée de cinquante milles, il arriva à Rurford , tomba à l’improviste au milieu de la nuit sur les rebelles et étouffa la révolte.

Malgré ce coup d’autorité contre les mécontents, Cromwell se joignait à l’armée pour demander que l’on renouvelât le Parlement. 11 croyait, et il s’en était porté garant vis-à-vis des insurgés, que la Chambre se disposait

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