I.A RÉACTION HO Y A LISTE
Cette tyrannie s’étendit de la vie publique aux moindres actes de la vie privée. Le Covenant ne liait pas seulement la nation, mais chaque citoyen individuellement, à un Dieu jaloux de toute superstition qui le privait du .culte auquel il avait seul droit, jaloux aussi des amusements et des plaisirs qui détournaient un moment les hommes de son service. L’absence d’esprit poétique et d’imagination qui caractérisait les puritains, leur faisait condamner, au nom de la religion, un grand nombre de coutumes et d’usages anglais : c’était superstition, d’après eux, de fêter Noël, d’orner à cette occasion les demeures de lioux et de lierre ; c’était superstition de danser autour du mai ; c’était un pur papisme de manger des mince ines. Tous les jeux bruyants, la gaieté et les ébattements de la « joyeuse Angleterre » , semblaient déplacés dans un pays appelé à une aussi sainte mission. Les combats de dogues, d’ours et de coqs, les courses de chevaux, les bombances villageoises et les danses sur la pelouse étaient interdits avec la même impitoyable sévérité. La longue lutte entre les puritains et les auteurs dramatiques se termina par la clôture définitive des théâtres.
La réaction royaliste. — A peine Charles II était-il entré à Whitehall, qu’une violente réaction changeait en peu de temps la physionomie de la société anglaise. Une explosion de haine populaire emporta le puritanisme, ses vertus et sa noblesse , aussi bien que ses mesquineries et sa tyrannie. La religion, qui avait servi d’instrument au despotisme politique et social d’une secte de fanatiques, disparut avec elle. Être taxé de piété devint une injure; la simplicité dans les manières, le langage et l’habillement, était tournée en ridicule comme un signe détestable de puritanisme. Butler, dans son Hudibras, prodigue l’insulte au passé avec plus de gaieté forcée et de pédantisme que d’esprit, et dut son succès bien moins à son talent qu’aux passions populaires. L’archevêque Sheldon assistait dans le hall de Lambeth au soi-disant sermon d’un cavalier qui parodiait la phraséologie et le nasillement des prédicateurs puritains. Le duel et le libertinage devenaient la marque distinctive du vrai gentilhomme, et l’on voyait de graves théologiens fermer les yeux sur les folies « de ces braves garçons » qui s’écharpaient, jouaient, juraient, buvaient, et allaient le plus souvent finir dans le ruisseau une journée passée dans les orgies. La vie d’un homme à la mode se partageait entre les plaisirs les plus frivoles et les débauches les plus effrénées ; une comédie du temps nous dit : « qu’un homme de cour doit savoir s’habiller avec goût, danser avec grâce, faire les armes selon les règles de l’art, tourner agréablement les lettres d’amour, posséder une jolie voix, être galant et discret... sans trop de constance. » A ces grâces mondaines, les libertins de la Restauration ajoutaient une grossièreté et une effronterie qui passaient toute imagination. Lord Rocliester était un poète à la mode sous Charles II, et il a écrit certaines pièces de vers dont les titres mêmes ne peuvent être cités. Sir