SYMPTOMES ANTÉRIEURS DE LA RÉACTION
de libre recherche. L’enthousiasme religieux qui avait brisé le joug de la tyrannie ecclésiastique se perdit par ses propres extravagances, et les jeunes gens se détournèrent avec dégoût du puritanisme pour essayer de fonder le gouvernement et la foi sur des bases rationnelles, plus sûres et plus solides que l’enthousiasme de leurs pères.
On peut observer les progrès rapides de cette tendance dans les familles des chefs puritains. Aucun des fils de Cromwell n’avait de prétentions à la piété, et le Protecteur lui-même sentit amèrement, dans ses dernières années, à quel point les puritains avaient manqué leur but. La noblesse provinciale, effrayée par leur despotisme et plus encore par les apparences d’une liberté religieuse à laquelle elle n’était pas préparée, s’éloignait chaque jour du puritanisme et se sentait de nouveau attirée vers l’ancienne Église qu’elle avait combattue autrefois. L’opposition de la nation presque tout entière devenait de plus en plus menaçante, et la tentative de faire servir la force au triomphe de la religion avait échoué comme échouent toutes les tentatives du même genre. Le puritanisme s’effondra devant l’indifférence et l’hostilité du grand nombre, de tous ceux qui, bien que n’étant ni libertins ni fanatiques, restaient attachés aux vieilles traditions d’ordre social, et dont le bon sens se révoltait à la fin contre la conception fausse de la vie préconisée par les puritains et contre leurs tentatives pour l’imposer légalement à la nation. La corruption des puritains eux-mêmes lui porta le dernier coup. Comment distinguer entre les saints et les hypocrites, du moment que la piété offrait tant d’avantages? Ashley Cooper, débauché et sceptique, était au nombre « des cornemuses les plus criardes de cette troupe glapissante » . Même chez les puritains sincères on rencontrait à l’heure de la prospérité un orgueil, une frivolité, une dureté qu’ils avaient dû dissimuler au temps de la persécution.
Le ton des derniers discours de Cromwell montre qu’il sentait le sol se dérober sous lui ; il a renoncé à son rêve de faire une Angleterre puritaine, une nation devenant tout entière le peuple de Dieu. Il revient aux conceptions de sa jeunesse; les saints ne sont plus qu’une élite, une exception au milieu de la nation. Mais il ne pouvait guère soupçonner le caractère des influences qui l’avaient empêché d’atteindre à son but et qui contribuaient peu à peu, sous ses yeux, à la formation de cette nouvelle Angleterre dont il se détournait avec horreur. Avant même le commencement de la guerre civile, un petit groupe d’esprits très-larges en matière théologique s’était réuni à Great Tew autour de lord Falkland; Hobbes publia son premier livre sur le gouvernement l’année même où Charles I* r dressait son étendard à Nottingham ; et les derniers royalistes venaient de mettre bas les armes, lorsqu’un petit cercle de savants, connu plus tard sous le nom de Société royale, se groupa autour de Wilkins, à Oxford. C’est chez ces savants et ces observateurs que nous surprenons le secret de la génération suivante. L’Angleterre, abandonnant les problèmes reli-