‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 62 sur 187 · LORD BACON · texte numérisé non relu

LORD BACON

gieux qu’elle avait creusés si vainement pendant tant d’années, se tourna vers le monde visible, s’occupa de l’observation des phénomènes physiques et des lois qui les gouvernent. On renonça à s’occuper exclusivement d’objets inaccessibles à l’esprit humain, et l’on se passionna pour l’étude des sciences et pour les nouvelles méthodes d’observation, de comparaison et d’expérimentation. En religion, en politique, dans l’étude de l’homme et de la nature, les mots d’ordre de l’avenir devaient être la raison et non la foi, le libre examen et non la tradition; on ne se sentait plus accablé par le poids du passé, et la nouvelle Angleterre entendit enfin et comprit l’appel de François Bacon.

Lord Bacon (1561-1626). — Si dans notre esquisse de la littérature sous Elisabeth nous n’avons pas nommé lord Bacon, c’est que son influence scientifique ne se fit sentir que sous la Restauration : « Je confie » r disait-il à la fin de sa vie, « ma renommée et ma mémoire à l’indulgence des hommes, aux nations étrangères et à la génération future. » Si l’on rendit immédiatement hommage à sa sagesse et à sa haute intelligence, ce fut la génération nouvelle, en effet, qui comprit seule la méthode scientifique de Bacon ; les contemporains ne connurent que les côtés les moins élevés et les moins féconds de son génie. Né au commencement du règne d’Elisabeth (1561), trois ans avant Shakespeare, il était le plus jeune fils du lord garde du sceau privé et le neveu de lord Burleigh ; il sut s’attirer, dès sa première jeunesse, les bonnes grâces de la Reine, par son intelligence et sa vivacité. Elisabeth « aimait beaucoup à causer avec lui et à l’embarrasser par ses questions, auxquelles il répondait avec une gravité et une maturité tellement au-dessus de son âge, que Sa Majesté l’appelait souvent le petit, garde des sceaux * . Ces précoces espérances de succès à la cour s’évanouirent bientôt. Orphelin de bonne heure et sans fortune, il se heurta contre le mauvais vouloir des deux Cecil, qui l’empêchèrent de s’insinuer dans la faveur de la Reine. Il entra à Gray’s Inn, peu d’années avant l’arrivée de Shakespeare' à Londres, et devint bientôt l’un des avocats les plus renommés de son temps.

Entré à vingt-trois ans membre de la Chambre des communes, son éloquence et sa haute raison le mirent bientôt au premier rang. Ben Jonson nous dit ^ que ses auditeurs n’avaient qu’une crainte en l’écoutant, c’est qu’il n’aclievât trop tôt son discours » . Sa réputation s’accrut encore par la publication des Essais (1597), ouvrage remarquable, non-seulement par la force de la pensée, unie à une précision et à un charme de style bien rares, mais aussi par la puissance avec laquelle Bacon applique à la vie humaine cette méthode d’analyse expérimentale dont il devait faire plus tard la clef des sciences. Sa réputation commençait déjà à se répandre à l’étranger aussi bien qu’en Angleterre, mais Bacon ne se contentait pas de cette pure gloire. Conscient de sa propre valeur et persuadé de l’excel-

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