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LA POLITIQUE DU ROI

déjà interdit à rassemblée générale de se réunir, on supprima les conseils presbytéraux et les synodes ; les évêques reprirent leur suprématie spirituelle et rentrèrent au Parlement. Une condamnation inique envoya à l’écbafaud le comte d’Argyle, le seul noble assez puissant pour braver la volonté royale. Le gouvernement fut confié à une poignée de politiciens dissolus dirigés par lord Lauderdale, Pun des ministres les plus habiles et les moins scrupuleux de Charles. Ce nouveau gouvernement avait deux buts politiques hien arrêtés, l’abaissement du presbytérianisme (seule force capable de ramener l’Ecosse à la liberté et de soutenir les libéraux anglais dans une lutte contre la couronne) et la levée d’une armée royale prête, en cas de danger, à franchir la frontière et à venir en aide au Roi.

En Irlande, la rupture de l’union avait ramené les évêques dans leurs diocèses, mais tous les efforts de Charles pour rétablir la balance entre catholiques et protestants, et pour fortifier ainsi le gouvernement, échouèrent par suite de la résistance opiniâtre des colons protestants aux projets de restitution des confiscations de Cromwell. Après cinq ans d’une lutte acharnée entre les loyalistes dépossédés et les nouveaux venus, l’ascendant des protestants resta aussi puissant qu’autrefois, et, malgré la cession nominale d’un tiers des domaines confisqués à leurs anciens possesseurs, lin sixième à peine du sol fut abandonné aux catholiques. Les réclamations du duc d’Ormond obligèrent Charles 11 à lui confier l’autorité suprême dans bile, mais Ormond était trop modéré et trop constitutionnel pour se prêter à des plans de tyrannie comme le fit, sous le règne suivant, lord Tyrconnell. La séparation entre les deux royaumes et l’Angleterre fortifia d’ailleurs l’autorité royale et permit à Charles II de se consacrer entièrement à la création d’une armée anglaise. L’idée seule d’avoir une armée permanente était devenue tellement odieuse à la nation, surtout aux royalistes souvent foulés aux pieds par les soldats de Cromwell, qu’on ne pouvait songer à la rétablir légalement ; Charles II et son frère, de leur côté, étaient convaincus que l’absence d’une armée disciplinée, prête à écraser la moindre velléité de résistance, avait été cause de la chute de leur père; aussi, tout en licenciant l’armée cromwellienne, Charles profitat-il du soulèvement insensé des a Hommes de la cinquième monarchie » (Fifth monarchy menj à Londres, sous la conduite d’un vieux soldat nommé Venner, pour conserver cinq mille fantassins et cavaliers à sa solde, connus sous le nom de garde royale . Un corps de gentilshommes et de vétérans, bien équipés, bien montés et commandés par d’excellents officiers, se trouvait ainsi à La disposition du Roi, qui continua à en augmenter peu à peu l’effectif avec précaution, mais sans s’inquiéter du mécontentement général . Vingt ans plus tard, ce corps s’élevait en Angleterre à sept mille fantassins et mille sept cents cavaliers et dragons, et, sur le continent, Charles avait une réserve de six magnifiques régiments au service des Provinces-Unies.

Charles II et la France. — Charles II était trop perspicace pour s'imaginer, comme son frère Jacques/ qu'il pourrait, avec quelques milliers d’hommes et par un coup d’autorité, détruire F ancienne liberté politique de l'Angleterre. Il lui aurait été plus difficile encore de venir à bout du protestantisme comme il le désirait. Qu’il eût abjuré ou non le protestantisme pendant son exil, il y avait longtemps qu’il n’était plus protestant de cœur. Toutes ses sympathies religieuses le tournaient vers le catholicisme; il encourageait les conversions parmi ses courtisans, et le dernier acte de sa vie fut une adhésion formelle à l'Eglise romaine. Mais il agissait moins par sentiment religieux que par calcul politique ; il voyait que le despotisme dans l’État ne pouvait guère coexister avec la libre recherche et la liberté de conscience, et que Je gouvernement, d’après ses propres paroles, « était bien plus facile et bien plus sûr dans les pays où l’autorité est considérée comme infaillible et où la confiance et la soumission du peuple sont aveugles » . Charles comprenait d’autant moins l'impossibilité d'imposer à l'Angleterre un changement de religion, qu’il avait longtemps vécu à l’étranger, où l’on avait vu plus d’une fois des peuples changer de religion avec leur souverain. Il comptait beaucoup sur les dissentiments entre les épiscopaux et les indépendants, et avait envoyé, deux ans après son avènement, un agent secret à Rome pour négocier la réconciliation avec la papauté; mais il vit que, pour réussir dans ses projets politiques et religieux, il devait chercher des secours endehors de l'Angleterre.

La France était alors la puissance prépondérante en Europe ; son jeune roi, Louis XIV, se déclarait le champion du catholicisme et du pouvoir absolu contre la liberté civile et religieuse dans l’Europe entière ; ses finances étaient en pleine prospérité, et ses subsides pouvaient aider le roi Charles à se débarrasser de la tutelle du Parlement ; les armées françaises faisaient l’admiration du monde entier, et elles auraient facilement pu venir à bout de la résistance des patriotes anglais. Il fallait donc à Charles II l’appui du roi de France pour réaliser ses secrets desseins, et nous savons que Charles était trop étr anger à tout sentiment de honte et à tout scrupule moral pour ne pas payer ce secours à n’importe quel prix. On exigea de lui son concours tacite aux projets de Louis contre l'Espagne. Celle-ci, privée de sa principale source de richesses par la révolte des Pays-Bas et par la décadence de la Flandre, affaiblie par les persécutions et les horreurs de l’Inquisition, par l’absence de toute liberté civile et la plus déplorable des administrations financières, avait cessé de menacer l’Europe et tremblait elle-même devant la France. Louis XIV voulait lui enlever les Pays-Bas, mais la présence des Français en Flandre était aussi odieuse aux Anglais qu’aux Hollandais, et l'Espagne se croyait assu rée, en cas de lutte, du secours de ces deux puissances comme de celui de l’Empire.

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