DANBY
pour le futur Jacques II. 11 entretint ainsi pendant quatre mois, sur le seul témoignage de Titus Oates, les craintes des protestants ; au bout de ce temps, le complot commençait à trouver moins de créance, lorsqu’un misérable nommé Bedloe, alléché par la promesse d’une récompense, raconta des histoires auprès desquelles celles de Titus Oates étaient bien pales. Les deux dénonciateurs, excités par une sorte de rivalité honteuse, furent poussés à faire des révélations de plus en plus fantastiques. lîedloe affirma sous serment qu’il existait un projet de débarquement d’une armée papiste et d’un massacre général des protestants. Oates renchérit encore sur Bedloe en accusant la Reine elle-même, devant la Chambre des lords, d’avoir eu connaissance de la conspiration contre la vie de son mari. Si absurdes que fussent ces accusations, elles surexcitèrent encore la frénésie du peuple et des deux Chambres. Les pairs arrêtés furent accusés de haute trahison. Une nouvelle proclamation ordonna l’arrestation de tous les catholiques du royaume, et une série de meurtres juridiques, dont le seul souvenir est une honte, commença par le procès et l’exécution de Coleman.
Cette panique n’aurait pas duré longtemps, si elle n’avait été provoquée que par défaussés accusations; mais la découverte d’un véritable complot donna de la vraisemblance à la conspiration imaginaire. L’ambassadeur anglais à Paris, Edmond Montagu, ayant été rappelé à cause de sa mésintelligence avec Danby, obtint un siège à la Chambre des communes, et, malgré la saisie de ses papiers, déposa sur la table de la Chambre la dépêche envoyée par Charles à Louis XIV, pour lui demander le payement des services rendus à la France pendant les dernières négociations. Ce fut un coup de tonnerre; car jusqu’alors, malgré les soupçons qu’on avait conçus, les preuves mêmes de la dépendance de l’Angleterre vis-à-vis de l’étranger étaient restées inconnues. Danby, dont le nom se trouvait au bas de la lettre, fut accusé de haute trahison ; mais Sliaftesbury était plus désireux d’obtenir de nouvelles élections parlementaires que de punir un rival, et Charles était résolu à empêcher à tout prix un procès qui ne pourrait que jeter un jour fâcheux sur sa politique étrangère. Il se trouvait à la merci de Shafteshury, et il accepta le marché que celui-ci lui proposait. Le comte promit de laisser tomber la mise en accusation, et le Roi, deson côté, s’engagea à convoquer bientôt un nouveau Parlement et à former un nouveau ministère.