‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 83 sur 187 · DAN B Y · texte numérisé non relu

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terre était perdue. Les puissances européennes accédèrent les unes après les autres aux nouvelles conditions de la France, et le triomphe définitif de Louis XIV fut assuré par la paix de Nimègue (juillet 1678).

Le complot papiste (1678). — Le traité de Nimègue ne laissait pas seulement la France l’arbitre de l’Europe, mais Charles se trouvait à la tête d’une armée de vingt mille hommes levés pour la guerre qu’il avait refusé de déclarer, et avec près d’un million d’argent français dans son trésor. Sa conduite réveilla les anciens soupçons sur sa perfidie et sur un complot avec Louis XIV contre la liberté et la religion du royaume. Nous savons que ce complot existait, et que les espérances des catholiques augmentaient autant que les craintes des protestants. Coleman, secrétaire de la duchesse d’York et intrigant de la pire espèce, était assez au courant des véritables projets du Roi et de son frère pour l’eiigager à demander à Louis XIV de l’argent pour faciliter ses intrigues dans le Parlement. Un passage d’une de ses lettres nous donne une idée des folles espérances qu’avaient conçues les plus ardents catholiques de ce temps-là : a Nous avons une grande œuvre à accomplir » , écrivait-il, « rien moins que la conversion de trois royaumes, et par là nous pourrions vaincre peut-être complètement l’hérésie pestilentielle qui a si longtemps dominé dans une grande partie du Nord. Notre succès porterait à la religion protestante le couple plus terrible qu’elle eût encore reçu depuis sa naissance. » La lettre était secrète, mais les espérances des catholiques étaient connues, et l’alarme se répandit bientôt dans le pays tout entier. Sur ces entrefaites, un de ces vils imposteurs comme il en surgit toujours dans les temps de crise politique, profita de cette terreur universelle pour inventer la Conspiration papiste. Titus Oates, pasteur baptiste « avant la Restauration, plus tard vicaire, puis chapelain de la flotte, destitué pour cause d’immoralité et tombé dans une extrême misère » , avait cherché à se tirer d’affaire par une conversion au catholicisme et avait été admis dans les maisons jésuites de Valladolid et de Saint-Omer. Pendant son séjour dans cette dernière ville, il apprit que les Jésuites allaient tenir à Londres une assemblée secrète, qui n’était probablement que la réunion ordinaire de l’Ordre. Expulsé de la maison de Saint-Omer à cause de sa mauvaise conduite, ce simple fait prit dans sa fertile imagination les proportions d’un complot contre le protestantisme et la vie du Roi. On rapporta cette histoire à Charles II, qui la reçut avec indifférence et incrédulité; mais Oates fit sa déclaration par écrit et en affirma la vérité par serment devant un magistrat de Londres, sir Edmundsbury Godfrey ; il obtint enfin de paraître devant le conseil. Il déclara qu’on lui avait confié des lettres exposant tout au long le plan des Jésuites; il s’agissait d’exciter une insurrection en Irlande, de s’introduire en Écosse sous le costume de eaméroniens et d’assassiner le Roi pour faire monter le duc d’York sur le trône. Mais

CHUTE DE DANBY (l670).

comme il n’apportait aucun document à l’appui de ces accusations monstrueuses, Oates allait être renvoyé avec mépris, lorsqu’on saisit la correspondance de Coleman. Ces lettres donnaient une couleur de vraisemblance au complot. Danby lui-même, pressentant que Charles cachait des desseins qu’il n’osait avouer, ébranlé dans sa résolution première de repousser purement et simplement les révélations d’Oates, inclinait maintenant à s’en servir comme d’une arme pour contrarier la politique catholique de son souverain. Mais un homme moins scrupuleux encore avait déjà mis à profit l’émotion publique. Sliaftesbury, relâché après un long emprisonnement et désespérant d’atteindre son but par d’autres voies, accepta avec empressement la fable du complot catholique : « Que le trésorier crie aussi fort qu’il lui plaît contre le papisme» , disait-il en riant, « je crierai encore plus fort que lui. » Mais l’exaltation populaire fut portée à son comble lorsqu’on apprit que sir Edmundsbury Godfrey, le magistrat devant qui Oates avait fait sa déposition, avait été trouvé près de Londres dans un champ, le cœur percé de sa propre épée. On supposa que cette mort était « un meurtre commis par les Jésuites pour étouffer l’affaire » . De solennelles funérailles ajoutèrent encore à l’émotion universelle, et les deux Chambres nommèrent des commissions chargées de faire une enquête sur les accusations de Titus Oates.

Chute de Danby (1679). — Sliaftesbury en prit la direction, et quelle que fût son ambition personnelle, il faut reconnaître qu’il montra dans cette occasion autant de sagesse que de clairvoyance. Son but était de forcer Charles à dissoudre le Parlement et à faire appel à la nation, de lui imposer un ministère qui l’affranchirait de sa dépendance à l’égard de la France et donnerait à sa politique un caractère constitutionnel. Sentant de plus qu’on ne possédait pas de garanties suffisantes contre le danger permanent d’un souverain catholique, il résolut d’exclure le duc d’York du trône. Le complot devint le levier de sa politique. Il augmenta encore la terreur populaire en acceptant sans examen de nouvelles dépositions de Titus Oates, qui accusaient cinq pairs catholiques de connivence avec les Jésuites. Les lords furent envoyés à la Tour, et deux mille personnes suspectes remplirent les prisons. Une proclamation ordonna à tous les catholiques de quitter Londres; les milices furent appelées aux armes, et des patrouilles parcoururent les rues pour réprimer l’insurrection papiste dont Oates annonçait la prochaine explosion.

Pendant ce temps, Sliaftesbury profitait de cette panique pour faire passer au Parlement, malgré l’énergique résistance du parti de la cour, un bill qui excluait les catholiques des deux Chambres ; cette mesure devait rester en vigueur pendant un siècle et demi ; mais elle manqua en partie son but, qui était surtout d’éloigner Je duc d’York : une clause spéciale, introduite malgré l’opposition de Sliaftesbury, faisait une exception

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