SH A F T E S B U R Y
lorsque ses sujets la désiraient; enfin, dans un temps où tout bon Anglais détestait la France, il s'était fait l’humble serv iteur de Louis XIV. Le remède à cet état de choses était assez simple, comme on le vit plus tard. Par une lente évolution, que nous étudierons, le ministère était devenu une simple commission de hauts fonctionnaires choisis par la majorité de la Chambre des communes parmi les membres les plus savants du Parlement, et chargés d’exécuter ses volontés. Tant que celle-ci représentait le véritable courant de l’opinion publique, il est évident que le ministère se trouvait être aussi le miroir de la volonté nationale. Si simple que nous paraisse ce système, il n’avait encore été compris d’aucun homme d’Etat anglais. Temple lui-même ne voyait d’autre remède que le rétablissement des prérogatives anciennes du conseil royal. Ce corps, composé de hauts dignitaires de la cour, du trésorier royal, des secrétaires d’Etat, et d’un petit nombre de personnages de l’aristocratie désignés par le souverain, formait depuis le règne d’Elisabeth une sorte d’assemblée délibérante à laquelle la couronne soumettait les plus importantes affaires administratives. Mais les rois avaient toujours eu l’habitude de soumettre préalablement toutes les mesures graves à une assemblée plus restreinte, formée des plus importants conseillers -, sous Jacques 1 er , le comité secret, connu sous le nom de Cabale , avait à peu près supplanté le conseil proprement dit. Lorsque, au lendemain de la Restauration, le conseil fut reconstitué sur la large base d’une représentation de tous les partis, l’autorité réelle avait été concentrée dans les mains de la Cabcde de « Clarendon, Monk, Ormond, Soutliampton » et des deux secrétaires d’Etat; à la chute de Clarendon, Clifford, Arlington, Buckingham, Ashley et Lauderdale les remplacèrent. Par une étrange coïncidence, les initiales de leurs cinq noms formaient le mot Cabal , qui prit un sens sinistre dans l’imagination populaire. Ces comités restreints eurent l’avantage d’affranchir le Roi de la tutelle du grand conseil qui représentait plus fidèlement les idées de la masse de la nation. Les projets scandaleux de Clifford et de ses collègues, qui ont attaché à leur association le nom de cabal pris dans son plus mauvais sens, n’auraient jamais pu être exposés devant une réunion de grands seigneurs et de fonctionnaires héréditaires. C’est pourquoi Temple voyait dans l’organisation meme du conseil privé un obstacle au pouvoir personnel plus sûr que le Parlement lui-même. C’est pourquoi la Cabale, ou plutôt le Cabinet (cette expression commençait à devenir courante pour désigner le comité secret), fut supprimée, et le conseil fut réduit à une trentaine de membres dont les revenus réunis ne devaient pas être inférieurs à trois cent mille livres sterling (7,500,000 francs), somme presque égale au revenu total de la Chambre des communes tout entière. Ce corps de seigneurs et de grands propriétaires, assez peu nombreux pour garder leurs délibérations secrètes et assez riches pour tenir la balance égale entre la couronne et les Communes, devait, Temple l’espérait du moins, opposer