‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 87 sur 187 · MOX MO UT H · texte numérisé non relu

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une barrière aux violentes aggressions de l’une et mettre un frein au despotisme de l'autre.

L’exclusion. — Le nouveau conseil et le nouveau ministère avaient fait espérer un gouvernement sage et patriotique. Mais les difficultés n'étaient pas moindres pour cela. La nation fanatisée voyait partout des sujets de terreur et de soupçon; les élections du Parlement, faites en pleine effervescence, avaient amené l’échec de tous les candidats de la cour. Les Communes se montrèrent si peu traitables que Sliaftesbury ne put remplir toutes ses promesses vis-à-vis du Roi ; elles mirent, par exemple, une •certaine âpreté à exiger la mise en accusation de Danby devant la Chambre des lords. Le choix des nouveaux ministres avait sans doute causé une satisfaction générale, mais le licenciement de l’armée et le départ du duc d’York pour la Hollande, sur un ordre du Roi, ne purent rendre à Charles II la confiance de ses sujets. Au fond, on craignait surtout l’avénement au trône d’un prince catholique, crainte que l’avenir devait tristement justifier plus tard. Sliaftesbury était très-désireux d’exclure Jacques du trône, mais la majorité du conseil reculait devant une pareille décision et appuyait le projet de Charles II, qui restreignait les prérogatives de son successeur. 11 enlevait au nouveau souverain le droit de présentation aux bénéfices ecclésiastiques ; le Parlement du règne précédent devait contitinuer à siéger, et la nomination des conseillers, juges, lords, lieutenants officiers de marine, était dévolue aux deux Chambres tant qu’un prince catholique occuperait le trône. L’importance de ces concessions montre bien quelle pression l’entourage de Charles II exerçait sur lui ; mais Sliaftesbury les rejeta, non sans raison, comme insuffisantes et impraticables. 11 continuait à plaider l’exclusion dans le conseil royal et faisait présenter aux Chambres, par ses partisans, un bill qui privait Jacques de tous droits à la couronne et les transmettait au prince protestant le plus proche du trône; ce bill fut voté par les Communes à une grande majorité; mais on savait que le Roi userait de « toute son influence pour le faire rejeter par la Chambre des lords » . Le comte eut recours alors à la tactique de Pym; les Communes eurent l’audace de préparer une llemontrance , et la ville de Londres prépara une pétition aux Chambres en faveur du bill. Tout ce que Charles put faire fut de proroger le Parlement pour quelques mois.

Monmouth. — Ce délai eût été inutile si le « country party» était resté uni; car la masse du peuple anglais et la Chambre des communes s’étaient prononcées si vivement en faveur de Y exclusion, que l’entente des ministres eût suffi à la faire triompher et à épargner à l’Angleterre la révolution de 1688. Les chefs les plus sages du parti penchaient déjà pour le changement de dynastie qui devait s’accomplir plus tard. Lue lois Jac-

ques écarté du trône, c’était Marie, femme du prince d’Orange, qui se trouvait être l’héritière légitime dans l’ordre de succession; aussi Temple, Essex et Halifax voulaient-ils appeler le prince en Angleterre pendant la prorogation, l'introduire dans le conseil et lui préparer ainsi le chemin du trône. Malheureusement Shaftesbury rêvait toute autre chose; pour des raisons demeurées obscures, il se méfiait du prince d’Orange; il voulait un changement beaucoup plus radical, suivant cet adage qu’on lui attribue : « Un mauvais sujet fait un bon roi. » Quelles que fussent ses raisons, il avait résolu de repousser Jacques aussi bien que ses enfants, et de les remplacer parle duc de Monmouth, l’aîné des bâtards de Charles II.

Ce faible et misérable débauché s’était acquis, grâce à sa beauté et à sa bravoure, une certaine popularité. Au moment où l'on faisait courir le bruit d’un mariage entre le Hoi et sa nièce pour légitimer ses prétentions au trône, il revenait en triomphe des comtés de l’ouest de l’Ecosse, où il avajt réprimé une insurrection des covenantaires. Shaftesbury embrassa presque ouvertement sa cause. Il insista auprès de Charles II pour qu’il lui confiât le commandement de la garde royale, la seule force militaire du pays. Abandonné par ses collègues* sur cette question délicate, lecomte se montra de plus en plus ardent à poursuivre les membres supposés du complot papiste. La répression fut impitoyable : trois catholiques furent pendus à Londres; on exécuta huit prêtres en province, et l’on jeta la terreur dans les familles papistes en les espionnant jusque dans leurs propres maisons. Shaftesbury comptait sur le Parlement pour terroriser le Roi lui-même; mais Charles II avait déjà vu quel parti il pouvait tirer de la scission produite dans les rangs du « country party » par la politique de Shaftesbury; Russell seul se montrait favorable à ses projets; Halifax, Essex et Temple croyaient possible de mettre Marie sur le trône sans révolution violente, mais ils pensaient qu’en méconnaissant à la fois les droits de Jacques et ceux de ses enfants protestants, on risquait la guerre civile. Toutefois, l’influence de Shaftesbury sur la Chambre des communes faisait croire à une prochaine reconnaissance des droits de Monmouth ; Temple réussit à l’empêcher en conseillant à Charles de dissoudre le Parlement.

Renvoi de Shaftesbury. — A cette nouvelle, Shaftesbury fut saisi d’un violent accès de colère et se répandit en menaces de mort contre les conseillers du Roi. Une maladie subite de Charles II vint encore augmenter le danger ; les modérés du conseil, comprenant que l’avénement de Monmouth serait leur perte, se rallièrent tous, avec plus ou moins d’empressement, autour de la candidature du duc d’York. Effrayés des menaces de Shaftesbury, Essex et Halifax demandèrent au Roi malade le rappel de Jacques ; et, bien que le duc se fût de nouveau retiré à Edimbourg après la guérison de son frère, les mêmes ministres décidèrent Charles à exiler Monmouth et à renvoyer Shaftesbury du conseil.

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