‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 98 sur 187 · XX · texte numérisé non relu

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GUILLAUME D’ORANGE

l’empire des mers. La France avait seule profité de la ruine générale. Grâce à la sage politique de Henri IV et à l’édit de tolérance pour les protestants, les fâcheux vestiges des guerres civiles avaient été promptement effacés; les huguenots, toujours nombreux au sud de la Loire, mais sans places fortes, s’étaient entièrement consacrés à l’industrie et au commerce ; Richelieu avait énergiquement réprimé les insurrections féodales, et, par sa politique de centralisation excessive, qui devait être si fatale à la France, il lui donna pendant quelque temps l’apparence d’un bon gouvernement et les moyens de faire valoir les ressources de son sol, supérieures à celles de toutes les autres puissances. Son territoire compacte et fertile, l’activité naturelle de la nation et son esprit d’entreprise, le rapide développement du commerce et de l’industrie étaient des sources naturelles de richesses que les plus lourds impôts ne pouvaient épuiser. Aussi, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, la France était-elle considérée comme la première puissance de l’Europe. Le revenu annuel de la couronne de France était le double de celui de l'Angleterre, et Louis XIV comptait autant sur les ressources de son trésor que sur la gloire de ses armes : et Après tout » , disait-il lorsque la fortune commença à lui être contraire, « c’est la dernière pièce d’or qui l’emportera. ^

C’est à cette supériorité de richesse qu’il dut de pouvoir mettre sur pied des armées comme on n’en avait jamais vu depuis la chute de l’Empire romain. A l’avénement de Louis XIV, l’armée française se composait à peine d’une centaine de mille hommes; lors de la guerre de Hollande, le Roi en leva près de deux cent mille; enfin, au moment de sa lutte contre la Grande Alliance, il disposait de près de cinq cent mille soldats. Mais la suprématie continentale ne suffisait pas à la France. Depuis la décadence de l’Espagne, les flottes anglaises et hollandaises se disputaient seules l’empire des mers; c’est à peine si la France, sous Richelieu et Mazarin, comptait comme puissance maritime; mais, dès les premières années de Louis XIV, on créa une marine de plus de cent vaisseaux de guerre, et les forces navales françaises purent tenir tête aux escadres réunies de Hollande et d’Angleterre.

Louis XIV. — Une puissance aussi formidable eût été dangereuse de tout temps, mais elle le devint d’autant plus que les hommes d’Etat français étaient sans rivaux en Europe; quel diplomate pouvait-on comparer à Hugues de Lionne? Aucun ministre de la guerre, aucun ministre des finances n’approchait de Louvois et de Colbert. Leur jeune maître, Louis XIV, esprit étroit, bigot, sans élévation de vues et sans droiture, inaccessible à la reconnaissance et à la pitié, fou d’orgueil, insatiable d’éloges, égoïste jusqu’à la brutalité, possédait cependant plusieurs des qualités qui font les grands rois; il se montrait habile, patient, résolu, très-ferme dans ses desseins, capable de discerner le talent et de s’en servir ; il était plein de

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