Nombres, v, 11 et suiv
Ui HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [015 av. J.-C]
vagantes destinées à être plus tard codifiées. Une remarque capitale, en effet, c'est que le Gode lévitique* n'a aucune unité, tandis que le Deutéronome dut être écrit d'une seule haleine, en quelques jours.
Un caractère de piété exaltée caractérisa toutes les œuvres de ce temps. L'esprit prophétique triomphait, l'esprit laïque subissait une éclipse momentanée. C'est à cette époque que nous attribuerions volontiers les agadas prophétiques, ensemble de compositions destinées à relever dans le passé le caractère des prophètes, à le présenter par le côté thaumaturgique et terrible, et à le mettre en tout fort au-dessus de la royauté. Une légende datée avec précision, par exemple, est celle du prophète de Béthel qui avait résisté, disait-on, à Jéroboam, avait été dévoré par un lion, et dont le tombeau fut respecté par Josias^ On supposa que ce prophète avait prédit Josias et annoncé ses réformes. Tout cela est exposé dans une narration analogue aux récits du temps des Juges, et qui prouve que le piétisme n'avait pas éteint le goût de ce qui était simple et grand.
Chaque prophète ancien eut ainsi son livre aga-
\. Épars en Exode, Lévitique, Nombres et Josué. 2. I Rois, xiii; II Rois, xxiii, 15 et suiv.
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dique. Ces midraschim ^ prophétiques (Paroles ou actes de Nathan le prophète, de Gad le voyant, d'Ahiah le Silonite, d'Iddo, de Semaïah, de Jéhou fils de Hanani^, et plus généralement Actes des Voyants^), étaient l'analogue des Kisas el-anbia, dont se délectent les musulmans, des vies de saints de bas étage, chères aux populations crédules. En d'autres termes, parallèlement aux livres des Rois, et quelquefois enchevêtrés avec eux*, existaient des livres de Prophètes, rapportant leurs actes et au besoin leurs paroles, avec ce sans-gêne, cet oubli de la chronologie, cette insouciance de la réalité qui, dans tous les temps et tous les pays, caractérise la légende. Ces midraschim ne furent pas conserves dans leur forme originale; mais ils eurent beaucoup d'importance ; car plus tard ils s'introduisirent dans le texte de l'histo-
1. Ce mot devenait déjà synonyme de légende. II Chron., xiii, 22; XXIV, 27.
2. I Chron., xxix, 29; II Chron., ix, 29; xii, 15; xiii, 22: XX, 34; xxvi, 22; xxxii, 32; xxxiii, 19. Il faudrait se garder de prendre tous ces midraschim pour des livres distincts. C'était les rubriques d'une histoire divisée par prophètes au lieu d'être divisée par rois. C'est ainsi qu'on dit encore : c Livres de Samuel. » Cf. I Chron., xxix, 29.
3. D^înn nm (Il Chron., xxxiii, 18, 19); "«nn est certainement pour D'»în.
i. Exemple d'Isaïe, ch. xxxvi-xxxix.
2i6 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [015 av. J.-C.j
riographic proprement dile. Le compilateur des livres actuels des Rois, après la captivité, reprit ces textes dénués de toute exactitude et pleins d'exagération, pour les fondre dans son exposé, ce qui abaissa considérablement Taloi historique des annales d'Israël. Il arriva, pour la vieille histoire d'Israël, comme si l'on s'avisait de trouver que l'histoire mérovingienne écrite d'après Grégoire de Tours est incomplète et qu'on cherchât à la compléter, sans souci des contradictions, avec Aimoinus et les plus faibles Vies de saints. L'auteur des Chroniques, dans la seconde moitié du iv' siècle avant Jésus-Christ, connut ces mêmes agadas prophétiques, et en fit ses délices. Il introduisit à pleins bords ces données vicieuses dans la contexture de l'histoire juive, et c'est là ce qui ôte à son livre presque toute valeur historique.
Moïse, étant un prophète, le premier et le plus grand des prophètes, eut sa place dans ces biographies écrites surtout en vue de l'édification. Pour raconter sa vie de la façon que voulait la piété du siècle, où puisa-t-on les documents? Naturellement dans l'Histoire sainte déjà consacrée. Nous regardons comme probable qu'il y a eu un midrasch sur la vie de Moïse, où presque toutes les données de l'Histoire sainte étaient reprises,
émoussées et chargées de fables. Après la captivité, le dernier rédacteur, entraîné par la' manie qu'ont les compilateurs de légendes de prétendre être complets, même quand leurs documents ne sont que des remaniements les uns des autres, releva ces récits et les réintroduisit transformés dans l'Histoire sainte. Il ne commettait pas, après tout, un délit critique beaucoup plus grave que celui de l'historien qui de nos jours complète les livres des Rois avec les livres des Chroniques, remaniements sophistiqués des livres des Rois. Ainsi s'expliquent ces répétitions, ajoutées à des répétitions ^ qui font de la Vie de Moïse dans THexatenque actuel le récit le plus incohérent et le plus mal ordonné qu'il y ait^ C'est comme si l'on réunissait dans un même livre tous les essais de ce livre, et de plus les notes