CHAPITRE XIX
JOIAQIM. — DISGRACE DES PIETISTES.
Le sentiment qui avait porté Josias à favoriser les réformes prêchées par Jérémie était si bien un sentiment personnel que trois de ses fils et un de ses petits-fils, qui régnent après lui, sont notés du même stigmate que les plus mauvais rois. Il ne faut pas se laisser égarer par de telles déclamations. Les dévots se montrent toujours incontentables. Ce qu'on fait pour eux leur était dû; €e qu'on ne fait pas est un crime. Il est clair que Joachaz, Joïaqim, Joïakin, Sédécias ne furent nullement des princes selon le cœur des anavim. Mais s'imaginer qu'ils supprimèrent le culte de lahvé, dont Josias avait été le promoteur, serait une très fausse conception. Là est Terreur capitale qui résulte du Livre des Rois. On dirait, en lisant
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ce médiocre ouvrage, que les rois de Juda se succédèrent comme le blanc et le noir, comme des amis et des ennemis du iahvéisme. Si les choses s'étaient passées d'une manière aussi tranchée, nous en verrions le reflet dans le livre de Jérémie. Le ton du livre de Jérémie est une colère perpétuelle, non une alternative de satisfaction et de colère. La vérité est que les rois de Juda admirent tous lahvé comme le dieu national. Leurs noms seuls suffiraient à le prouver. Il n'y avait pas d'impies parmi les souverains de ce temps. Nier le dieu national eût été se nier eux-mêmes. Seulement, il y avait des degrés dans le zèle. Pour les uns, le culte de lahvé était ce que le culte de Camos fut pour Mésa, ce que le culte de Salm était pour Salmsézab. Pour d'autres, disciples des prophètes, le culte de lahvé était gros de conséquences sociales, politiques; il entraînait une morale, une censure des mœurs publiques, un mépris des préparatifs militaires qu'aucun patriote sérieux ne pouvait approuver.
La réaction qui suivit la mort de Josias ressemble donc beaucoup à celle qui suivit la mort d'Ézéchias. La secte piétiste, maîtresse de la conscience du roi, avait excité chez les mondains de sourdes colères. Le roi avait agacé par sa bigot-
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terie ses femmes et ses fils. On était fatigué de l'hypocrisie officielle. La situation ressemblait à ce qu'elle fut en France à la fin du règne de Charles X. La condition du parti dévot, après la bataille de Megiddo, fut la même que celle de la coterie cléricale après 1830. Joïaqim, qui paraît avoir été un prince libéral et modéré, fut jugé comme Louis-Philippe l'est de nos jours par l'école catholique; il passa pour un impie, tout en n'ayant fait que défendre les droits les plus élémentaires de la royauté.
Ce qui prouve bien que le mouvement anavite ne fut pas persécuté, mais simplement qu'il n'eut plus la faveur de la cour, c'est que ce mouvement ne fut pas sérieusement entravé par la mauvaise humeur des fils et petits-fils de Josias, pas plus que le mouvement catholique ne fut arrêté par la révolution de 1830. Les vingt années qui s'écoulent de la mort de Josias à la ruine de Jérusalem sont aussi fécondes pour le développement du judaïsme que les années précédentes. La réforme religieuse avait tellement cause gagnée que le bon ou le mauvais vouloir des souverains n'avait plus qu'une importance secondaire. Le code découvert ou plutôt composé sous Josias, quoique non appliqué civilement, continue h exercer son influence.
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Jérémie a un rôle plus considérable que jamais. Autour de lui se forme le groupe qui emportera la pensée anavite dans Texil. Habacuc, Uriah, d'autres prophètes encore soufflent le feu, activent la fournaise. Hanan, fils d'Igdaliah, qualifié (( homme de Dieu* y>, réunissait autour de lui des fils nombreux dans une des liska du temple, au premier étage au-dessus de celle de Maaseïah fils de Sallum, gardien du seuil (près de Tentrée de la grande cour par conséquent). Ézéchiel se formait dans celte atmosphère ardentes L'affirmation exaltée que lahvé sauve toujours ses serviteurs, et cela d'autant mieux qu'ils emploient moins les précautions humaines, ce qu'on appelle le fatalisme musulman et ce qui est en réalité le fatalisme juif, devenait un dogme absolu, une frénésie. La dynastie, le parti militaire et patriote semblaient des forteresses isolées au milieu de la nation, entraînée ailleurs par ses zélotes. Usée par le piélisme, méprisée par les saints, la cour n'était plus qu'une aristocratie, sans lien avec ce qui passionnait réellement l'âme du peuple. Ce n'étaient pas, à ce qu'il semble, des hommes sans mérite que ces derniers princes de Juda, qui essayèrent