‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 173 sur 348 · On peut le supposer né vers 620 avant Jésus-Christ · texte numérisé non relu

On peut le supposer né vers 620 avant Jésus-Christ

[(JOS av. J.-C] LE ROYAUME DE JUDA SEUL. 271

de lutter avec courage contre la désorganisation nationale. Mais il est dangereux pour une nation de porter une religion dans son sein. Nabuchodonosor et Titus furent bien les instruments, sinon de Dieu, du moins d'une loi divine. La nation qui travaille pour Thumanité est toujours victime de rœuvre universelle qu'elle accomplit. De toute façon, l'existence d'un pouvoir laïque à Jérusalem était devenue une impossibilité. Au premier coup d'œil, on trouve, dans l'histoire de la race juive, deux éléments qui présentent entre eux un contraste étrange : d'une part, de brillants héros à la façon des anciens cavaliers arabes, des Gédéon, des Saûl, des David; d'une autre part, des saints, à l'aspect morose, sordide, monacal. L'un des éléments a tué l'autre. La lutte qui a définitivement éliminé d'Israël la tradition mâle et guerrière eut lieu après la mort de Josias, durant les années de crise qui nous restent à raconter.

Nous avons vu que Joachaz, durant son règne très court, excita fortement l'antipathie des amis de son père. La haine de Jérémie et de ses adeptes fut bien plus vive encore contre Joïaqim. Un parti religieux qui a été au pouvoir et qui en est tombé passe à l'état d'enragement contre ceux qui ne veulent pas se soumettre à ses exigences.

272 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [007 av. J.-C]

Joïaqim avait sans doute tort de ne pas prendre l'extérieur de désolation que comportaient les circonstances; mais il est des cas où il y a du courage à réagir contre la tristesse générale. On accusait Joïaqim de se faire bâtir des palais, au milieu de la détresse publique, au moyen de la corvée. Dès les premiers jours du règne de ce prince, parut un manifeste de Jérémie, où tous les regrets du passé, toutes les rancunes contre le présent se manifestent avec une sorte d'aigreur concentrée*.

Voici ce que dit lahvé : « Descends à la maison du roi de Juda et là parle en ces termes : Écoule la parole de lahvé, roi de Juda, qui sièges sur le trône de David, toi et tes serviteurs et ton peuple qui entre par ces portes ! Voici ce que dit lahvé : Faites justice, agissez selon l'équité, arrachez celui qu'on dépouille des mains de Toppresseur, ne faites pas violence à l'étranger, à l'orphelin, à la veuve, et ne versez point de sang innocent en ce lieu-ci. Si vous voulez agir selon celte parole, il entrera encore par les portes de cette maison des rois de la race de David, héritiers de son trône, montés sur des chars et des chevaux, entourés de leurs officiers et de leur peuple. Mais si vous n'écoutez point ces avertissements, je jure par moimême, dit lahvé, cette maison deviendra une ruine... Toi, qui es aujourd'hui un Galaad, un sommet du Liban, je ferai de toi, je le jure, un désert, une ville inhabitée. J'ai dressé contre toi une liste de destructeurs, chacun avec ses armes, pour qu'ils abattent tes beaux cèdres, et les jettent au feu. Et quand les gens en foule passeront près de cette ville et se demanderont les uns aux autres : « Pourquoi lahvé en a-t-il agi ainsi à l'égard de

Page 1