‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 21 sur 348 · Voir t. If, p. 476 et suiv · texte numérisé non relu

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lahvé exerce sa justice par le train ordinaire du monde, qu'il gouverne jusque dans le moindre détail, en maître absolu*. La réalité présentait ici d'étranges objections au penseur le plus facile à satisfaire, l'honnête homme étant souvent malheureux et le pervers souvent récompensé en apparence. Le iahvéisme s'abîmait dans ce gouffre, lahvé, questionné sur le chapitre de sa providence, ne répond à l'homme que par des coups de tonnerre. Le gouvernement du monde est parfaitement juste, sans que l'homme puisse savoir comment. Jamais le moindre appel n'est fait par les sages de ce temps à des récompenses ou à des châtiments d'outre-tombe. La justice de lahvé, d'ailleurs, est sommaire; il punit les sociétés malades, au risque d'atteindre plus d'un innocent. Cette justice est surtout intermittente. lahvé a ses jours; il laisse la malice humaine aller à son comble; alors il apparaît et punit.

Toute l'histoire du monde est le développement d'un plan conçu et voulu par lahvé. La race d'Israël est le pivot de cette histoire. lahvé l'a choisie dans la famille araméenne, comme une tribu privilégiée; il la suit des yeux depuis plus de mille ans. La

i. Voir t. II, p. 270-271.

grande marque d'affection qu'il lui a donnée fut delà tirer de l'Egypte par son serviteur Moïse, à qui il a fait, dans le désert duSinaï, diverses manifestations de ses volontés, sans que pourtant la source de ces oracles soit tarie. lahvé parle sans cesse par ses nabis, qui sont une révélation permanente. Au yiii° siècle, la divination par l'éphod avait à peu près disparu ; mais la nécromancie était plus en vogue que jamais; le qosem était presque aussi consulté que le nabi. Or, selon le iahvéiste pur, lahvé seul devait être consulté. Tout oracle autre que le sien était une injure à sa majesté, et impliquait la supposition qu'il existe quelque pouvoir fatidique et divin, inhérent à la nature.

L'Assyrie est la force que Tahvé met en mouvement pour l'exécution de ses plans secrets, lesquels ne sont autre chose que la réalisation d'un monde juste par Israël. Le royaume de Samarie, qui resta si loin de cette perfection, est déjà détruit; celui de Juda le sera aussi probablement. Mais les destinées de Sion sont éternelles. Sion sera le centre d'une humanité régénérée. Le vrai roi de la dynastie bethléhémite, le David idéal, qui ne s'est pas vu encore, apparaîtra et réunira dans sa main Israël tout entier. Roi et prophète à la fois, il conduira

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le peuple dans la voie du pur iahvéisme. Le monde alors reconnaîtra la supériorité de Sion; l'univers se fera iahvéïste; les sacrifices seront abolis: le vrai culte de lahvé sera la justice et le bonheur.

Tel est le rêve splendide dans lequel se concentra toute la puissance d'aimer et de croire des Judaïtes pieux, vers 720 et 710 avant Jésus-Christ. Le règne d'Ézéchias fut le moment où l'on fixa les traits de cet âge d'or. Le messianisme est une création de Jérusalem, non des tribus du Nord. Il y fallait David, Sion, une dynastie légitime. Le roi était nécessaire au nouvel idéal conçu par Juda. Ezéchias répondait à quelques-uns des traits du parfait roi davidique. A certains moments, on put croire que la grande destinée d'Israël se révélerait par lui*, surtout quand il serait entouré de gens pieux comme Éliaqim et sa famille. Les signes prochains étaient pourtant trop peu en vue; les temps étaient trop durs. Le roi théocrate fut relégué dans l'avenir; il devenait une sorte de soleil apparaissant à la fin des âges. Mais ce soir du monde devait être si beau qu'on se résignait à ne pas le voir. Il suffisait d'avoir travaillé à le préparer.

Ce système religieux étrange, le moins mytholo-

i. Voir ci-dessus, p. 5.

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gique et le moins métaphysique qu'ait jamais conçu un cerveau de grande race, n'était au fond que le vieil éloliisme patriarcal, devenu vivant, humanitaire et introduit dans l'histoire. Le déisme était si profond chez ces nomades incorrigibles qu'il parvint à expulser, par un travail d'élimination séculaire, la forte dose de paganisme qui était entrée en Israël avec le faux dieux lahvé, dieu essentiellement local et national. Les nabis, représentants obstinés du vieil esprit monothéiste, avaient réussi. lahvé n'était plus qu'un synonyme de Élohim \ Ce que l'on disait de Dieu, on le dit de lahvé, et, puisque Dieu a créé le ciel et la terre, lahvé aussi a créé le ciel et la terre. lahvé, en un mot, purement, simplement, sans nuance de différence, signifia ce Dieu ' ».

L'emploi des deux mots devint indistinct. On chercha au mot lahvé une étymologie qui en lit le nom du dieu unique. L'opinion très dominante était que le nom de lahvé fit partie de la révélation sinaïtique, que Dieu même en avait donné Texplication à Moïse, le tirant de la racine haut ou haiva

1. Voir t. I, 85 et suiv., 173 et suiv., 261 et suiv.; t. II, 268 et suiv.

2. C'est ainsi qu'au moyen âge, le Christ prit toutes les fonctions de Dieu et que, de nos jours, on a été accusé d'enlever Dieu des écoles parce qu'on enlevait les crucifix.

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(araméen), qui veut dire être\ Celte idée, fort belle assurément, n'était pourtant pas exclusive de deux autres systèmes, qui avaient leurs partisans. Les uns voulaient qu'Abraham eût déjà offert des sacrifices au nom de lahvé °; d'autres soutenaient que l'usage de ce nom solennel remontait aux premiers temps de l'humanité, au patriarche Seth, fils d'Adam ^

Dès l'époque, déjà passablement philosophique, où nous sommes arrivés, beaucoup d'esprits se disaient sans doute qu'il y avait en tout cela un sensible porte-à-faux, que ce lahvé, ayant sa politique et sa providence personnelles, était après tout un dieu particulier, fort distinct de l'El absolu des sages antiques, dont l'école se poursuivait chez les Thémanites et chez les Beni-Qédem \ La grande contradiction qui était au fond de la conscience d'Lsraël : — d'une part, le Dieu abstrait et universel de l'univers, — d'une autre part, le dieu particulier d'Israël, — était recouverte d'un palliatif grossier, qui suffisait. On ne voit pas que les élohistes purs, comme ceux qui écrivirent Job et les Proverbes, aient jamais protesté contre ce qu'il

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