CHAPITRE PREMIER
LES PREMIÈRES ANNÉES DE l'EXIL.
L'affreux spectacle que le voyageur en Afrique rencontrait fréquemment sur son chemin, au temps de la traite des noirs, ces chaînes de malheureux, conduits par le fouet du marchand d'esclaves, liés l'un à l'autre, Ninive et Babylone en rendaient constamment le monde asiatique témoin, au temps où la puissance leur était dévolue. Les bas-reliefs assyriens * nous montrent avec un réalisme effrayant
i. Layard, Jtfowwm. of Nineveh, 2' sérié, pi. xviii et suiv. jusqu'à L.
378 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [585 av. J.-C]
les files de captifs, les bras attachés derrière le dos d'une façon qui devait être une affreuse torture, marchant courbés et humbles sous le bâton, pour la plus grande gloire de vainqueur. C'est dans cette posture que les notables de Juda firent ce long et cruel voyage de Jérusalem à Ribla (plus de quatre-vingts lieues!) La foule exilée fut aussi sans doute conduite d'abord à Ribla, puis de là menée à travers le désert de Palmyre, au confluent de TEuphrate et du Gobar*. C'est alors que le monde, les voyant passer, dut souvent dire : « Où est leur Dieu? » et que le pieux Israélite murmura au fond de son cœur : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Si l'on excepte les hommes de guerre, pour la plupart tués ou réfugiés en Egypte, et les hommes de basse condition restés en Judée, la nation juive (nous voulons dire ce qui fait vraiment une nation, c'est-à-dire la tête) se trouva ainsi transportée presque tout entière sur les bords de l'Euphrate vers l'an 585 avant Jésus-Christ. L'organe essentiel de la nation était avec eux, je veux dire les vieilles écritures, formant un volume déjà consi-
1. Le retour apparaît dans Isaïe, ch. xxxv (morceau de la fin de l'exil), comme se faisant à travers le dôscrL Le second Isaïe conçoit les choses de la même manière.
[580 av. J.-C] LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE. 379
dérable. Les exilés avaient sûrement des bagages, portés sur des ânes ou des chameaux. Le sort de l'humanité fut attaché durant quelques jours au pied plus ou moins sûr de la bête qui portait le livre sacré de l'avenir. Ne resta-t-il pas, néanmoins, quelque volume d'écritures en Judée, entre les mains des pauvres gens que le conquérant avait jugés assez peu dangereux pour ne pas s'occuper d'eux? C'est ce qu'on ne saurait dire^ Ce qui est sûr, c'est que la tradition littéraire se fit par les familles emmenées en Orient.
La plupart des transportés furent internés à Babylone; d'autres dispersés dans les villes et villages qui s'échelonnaient le long des canaux" de la Basse-Chaldée. Babylone était une province plutôt qu'une ville ^ De nombreux centres de population, séparés les uns des autres par des vergers, des prairies, des saules*, étaient comme semés dans un espace énorme, enclos de murs. Cela devait rappeler l'agglomération constantinopolitaine de nos jours. Les races les plus diverses, rapprochées par la