‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 276 sur 348 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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Ce qui caractérise, en effet, les lois que cette époque ajouta au Digeste mosaïque, c'est leur caractère spéculatif et chimérique. Ce ne sont pas les expédients de gens pratiques aux prises avec la nécessité, et faisant ce qu'ils peuvent pour parer aux exigences d'une situation qui leur impose des mesures claires. Ce sont des indications générales, qui deviennent puériles quand elles veulent en venir à quelque netteté, des plans comme ceux qu'on pouvait élaborer autour de M. le comte de Chambord ou ceux qu'on discute dans les clubs socialistes.

Le code de la restauration fut ainsi ébauché cinquante ans d'avance. Ce n'est pas au moment de la reconstruction du temple que ces pages ont été écrites; c'est à une époque où les espérances de la nation n'étaient que des rêves, où le pays s'offrait comme une carte blanche et où l'on pouvait confier au papier les solutions les plus hardies, parce qu'on n'avait pas à craindre le contrôle de la réalisation.

Ce qui est bien frappant, en tout cas, c'est l'intime connexion qu'il y a entre les neuf derniers chapitres d'Ézéchiel et les parties sacerdotales et lévitiques delà Thora. De môme que, à côté de Jérémie, naît en quelque sorte spontanément le

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Deutéronome, comme forme codifiée de ses idées; de même, à côté d'Ëzéchiel, apparaît cette Thora . sacerdotale que nous appellerions le Lévitique, si ses membres épars ne se trouvaient également dans l'Exode, dans les Nombres et dans Josué. Les procédés de construction idéale, si Ion peut s'exprimer ainsi, sont bien les mêmes. Le tabernacle et le camp israélite dans le désert sont dessinés sur une espèce de papier quadrillé, qui les rend tout à fait analogues au temple d'Ézéchiel et à sa carte de Palestine, où toutes les lignes sont droites. La raideur, Va priori^ Timpossibililé, sont les mêmes de part et d'autre. Dans beaucoup d'endroits, surtout dans certaines parties du Lévitique, le style a une forte ressemblance avec celui du prophète. Qu'on change le tour des instructions censées données par Dieu à Ézéchiel, dans les visions de l'an 575, qu'on les présente comme dictées par Dieu à Moïse sur le Sinaï, on pourra croire, en lisant ces visions, qu'on a sous les yeux des chapitres du Lévitique.

Le livre de l'Alliance, le Décalogue, le Deutéronome restaient à la base des institutions religieuses de la nation; mais quelques idées nouvelles, très importantes, tendaient à s'établir. La situation des lévites était une plaie toujours saignante, et on n'y

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voyait, après le retour, aucune amélioration possible. On visait de plus en plus, d'après la théorie d'Ézéchiel, à séparer les prêtres des lévites. Selon cette manière de voir, les prêtres seuls servent lahvé ; les lévites servent les prêtres ^ ; leur fonction est celle d'hiérodules, occupés aux grosses besognes du temple. Gomme les institutions modernes devaient avoir leur racine dans les temps mosaïques, la Vie de Moïse fut enrichie de légendes destinées à prouver que toute tentative de la part des lévites pour usurper les fonctions sacerdotales est un crime digne de la mort. Les chantres et les musiciens paraissent avoir occupé parmi les lévites une sorte de rang d'honneur. Ces fonctions étaient censées avoir été, du temps de David, entre les mains d'une sorte de tribu lévitique qu'on appelait les Beni-Qorah, ou fils de Goré^ On leur supposait, peut-être se supposaient-ils à eux mêmes un auteur de leur nom du temps de Moïse. Une légende terrible se forma sur ce Qorah. Il avait prétendu h des pouvoirs sacerdotaux égaux à ceux d'Aaron. Une sorte de jugement de Dieu fut ordonné. Les Aharonites, d'un côté, les Qorachites, de l'autre, s'appro-

i. Nombres, m, iv, xvui, etc.

2. I Chron., vi, 33 et suiv.; ix, 19; xxvi, 1 ; H Chron., xx, 19 ; titres de onze psaumes.

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chèrent du tabernacle avec leurs encensoirs. Le feu du ciel dévora Qorah et sa bande, ainsi que leurs encensoirs ^

Ézéchiel, pas plus que Jérémie, le deutéronomisteetles anciens prophètes, ne parle jamais d'Aaron comme souche du vrai sacerdoce. Les vieilles histoires connaissaient Aaron, mais simplement comme frère et prophète de Moïse. L'idée d'Aaron grand prêtre est, au contraire, l'idée dominante du dernier code sacerdotal. Les prêtres y sont tous fils d'Aaron ; Aaron est à leur tête comme un président naturel. Le rôle presbytéral d'Aaron et l'idée de grand prêtre naquirent ainsi en même temps. Les temps anciens, même ceux d'Ézéchias, n'avaient pas de grand prêtre'. Le commencement de cette fonction apparaît sous Josias ; l'armée de prêtres groupée autour du temple devait avoir un chef. En 575, cependant, Ézéchiel, comme nous l'avons vu, évite de faire entrer dans son programme un prêtre supérieur aux autres. II est très possible que, dans ses méditations ultérieures, il soit arrivé

d. Nombres, xvi, où Ton voit clairement renchevêtrement du vieux récit jéhoviste sur Datan et Abirara et de la légende moderne hostile aux Qorachites.

2. L'histoire de Joas, pleine d'invraisemblance, a été retouchée après la caplivité dans un esprit sacerdotal. Les Chroniques l'ont tout à fait léviliséc.

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à en voir la nécessité, ou que ses disciples y aient été amenés. Quoi qu'il en soit, leuiythe d'Aaron et la constitution officielle d'un cohen en chef étaient deux idées tout à fait voisines et à deux pas de celles d'Ézéchiel. Nous sommes persuadés qu'elles suivirent de très près le programme de 575 \ Le signe delà prééminence par désignation était l'onction % Le grand prêtre fut conçu comme oint, installé solennellement, vêtu d'habits d'apparat, obligé à un grand décorum, à ce point qu'il ne pouvait porter le deuil, même de son père et de sa mère^

Une idée plus analogue encore à celle d'Ézéchiel fut l'invention de Vohel moëd, ou tabernacle, sorte de temple portatif que Moïse était censé avoir fabriqué dans le désert, qu'on repliait en quelque sorte et qu'on réassemblait à chaque campement*. C'est là, vraiment, une imagination puérile, et, sur ce point, les plaisanteries de Voltaire étaient pleinement justifiées. Rien ne ressemble plus à ces visions liturgiques d'Ézéchiel, caractérisées par l'invraisemblance et le mépris absolu de la réalité.

1. La lisle des graads prêtres (I Chron., v, 30 et suiv., Es4r., vu, 1 et suiv.) est pleine de difficultés insolubles.

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