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D'un autre côté, la conception d'une pareille fable avait quelque chose de très logique*. L'unité du lieu de culte était devenue, depuis Josias, le dogme fondamental d'Israël. On voulait que ce dogme remontât à Moïse. Par une faute de critique qui ne soulevait aucune objection, on reportait facilement un tel état de choses jusqu'à la construction du temple sous Salomon. Avant le temple, il était plus difficile d'imaginer un culte centralisé et solennellement organisé. On comptait peu alors avec l'invraisemblance. On supposa un temple avant le temple, sans se soucier des impossibilités que l'on soulevait. Nous n'affirmons pas que cette invention soit d'Ézéchiel; mais il faut avouer que les descriptions détaillées que nous avons de ce bizarre outillage sont bien conçues dans l'esprit même qui dicta à ce prophète tant de plans irréalisables et de combinaisons chimériques. On s'adressait évidemment à des lecteurs peu assidus des anciennes histoires; car une telle conception était en contradiction flagrante avec les récits anciens de l'histoire de Moïse. Mais l'absence de critique et surtout le manque d'assemblage des textes laissaient place à tous les à-peu-près. Ce que l'un connaissait, l'autre ne le connaissait pas, et, de la sorte, le corps

1. Sur ses racines dans les textes antérieurs, voir t. I, p. 209,

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des écritures religieuses se grossissait de parties étrangères les unes aux autres et profondément contradictoires.

La disposition, en carré parfait comnae un damier, du camp d'Israël se rattache de très près à la conception de ïohel moëd\ Si Ézéchiel ii*a pas écrit cette description, il a dta sûrement concevoir une distribution analogue. Le tabernacle est au centre; lahvé trône ainsi au milieu de son peuple. La tribu de Lévi remplit autour de Tarche la position d'une garde et aussi d'une équipe de porteurs. Symétriquement, à Tentour, sont rangées les douze tribus. Juda, comme on devait s'y attendre, occupe la place d'honneur. L'auteur du Deutéronome avait eu un concept anologue% et en avait déduit des règles de propreté, très particulières et qui font sourire. Chez le rédacteur du code lévitique, cela devient un plan géométral, absolument semblable à la carte de Palestine et à l'esquisse de la Jérusalem nouvelle d'Ézéchiel.

La description des habits sacerdotaux est de la même provenance que celle du tabernacle. Tout cela suppose un art du tapissier et du décorateur

i. Nombres, ch. i, ii, m.

:2. Deut., xxiii, 10-15. U y a peut-être là quelque interpolation lévitique.

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poussé assez loin. Les influences égyptienne, assyrienne, tyrienne, s'y croisent; les données égyptiennes, cependant, l'emportent. Le goût égyptien dominait encore dans tous les ouvrages d'art et d'industrie. Un culte somptueux, un riche système de fêtes, étaient essentiellement dans l'esprit des organisateurs religieux de ce temps.

Nous avons vu Ézéchiel* cantonner les lévites dans une partie déterminée du domaine sacré (évidemment aux environs de Jérusalem), où ils auront des villages pour demeures. Cette idée fut développée et aboutit, dans la nouvelle Thora, à la conception bizarre des villes lévitiques, autre impossibilité qui n'a jamais rien eu à faire avec l'ordre de choses réelles^ On supposa que Moïse avait ordonné qu'après la conquête du pays de Ghanaan, on séparât des difl'érentes tribus quarante-huit villes, qui seraient réservées aux lévites; il fut admis que Josué avait exécuté cet ordre. Voilà sûrement une rêverie sacerdotale de premier ordre,, une des recettes les plus singulières qu'on ait imaginées pour sortir d'un embarras social intolérable. Loin d'être les déshérités, les lévites, en supposant un tel arrangement, eussent été les plus riches des

i. Ézéch., xLV, 5.

2. Lévit., XXV, 32 et suiv.; Nombres, xxw, 1 et suiv.; Josué, xxL.

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Israélites. C'est là un expédient de la dernière heure, ou plutôt une solution sur le papier qui ne fut jamais exécutée. Si une institution de ce genre avait existé avant la captivité, comment est-il possible que le Deutéronome n'en ait rien su? Les villes qui, au chapitre xxi de Josué, sont données pour lévitiques figurent, dans l'histoire d'Israël, à la façon de villes comme d'autres; plusieurs n'étaient pas même conquises du temps de Josué. Après le retour des captifs, nous voyons bien les lévites parqués dans les villages voisins de Jérusalem*, mais jamais avec la régularité et le caractère légal que supposent les interpolations lévitiques du livre des Nombres et de Josué. Il est évident que la conception dont il s'agit n'a eu qu'un objectif, résoudre dans le sens indiqué par Ezéchiel ce problème lévitique, qui, depuis Josias, était la préoccupation constante des organisateurs religieux de Juda. Les impossibilités géométriques du passage Nombres, XXXV, 4-5, rappellent bien celles qui sont familières à Ezéchiel,

L'année jubilaire^ est la plus hardie des utopies qu'engendra, en ses derniers jours, l'esprit hau-

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